Le 12 septembre 2002
Il était une fois un clown...
Il était une fois un clown voyageur sans but qui avait perdu sa fleur longtemps auparavant. Il vivait au sein d'un univers de chagrin où le passé était nécessaire et la réalité secondaire. À ses yeux, plus rien n'avait de valeur, et jour après jour, nuit après nuit, le malheureux appelait sa fleur: « Où es-tu ? Où es-tu ? Je t'aime ! Je t'aime,... Pourquoi m'as-tu quitté ? Pourquoi m'as-tu oublié ? » Sa petite planète céleste, qui avait été si fertile et remplie de vie, n'était plus qu'un marais stérile sans vie, arrosé constamment de ses pleurs. Sans vraiment croire à un affranchissement qui le délivrerait de ses douleurs, il existait dans l'espoir de retrouver sa bien-aimée, sa fleur.

L'éveil
Durant une belle journée, entre deux infects torrents, l'affligé fut interrompu par le bruit des ailes saccadées d'un curieux insecte volant. Le papillon effronté tourna et tourna autour du nez du clown jusqu'à ce que celui-ci décide de lui parler. « Que fais-tu étranger dans ma demeure ? Comment oses-tu m'éloigner de ma fleur ? Qui es-tu pour me tourmenter d'aussi bonne heure ? » Le papillon vagabond lui dit: « Je suis venu pour te rencontrer et t'aider. Mon nom est Étoile Ailée et mon étoile d'adoption est Pollenée. »

Ils discutèrent et discutèrent
périodiquement pendant des heures et des heures. Le bouffon
désespéré et peu jasant était
bombardé de questions sur ses profonds tourments. Le papillon
dans les airs voulait connaître de tout son être pourquoi
le garçon, qui vivait dans la noirceur, s'acharnait à
essayer de retrouver le corps de sa fleur ; sachant très bien
qu'une fleur est très éphémère si elle
est abandonnée à son sort. Tout à coup, dans le
but d'être sincère et remplie de remords, il ne put
s'empêcher de lui demander: « Connais-tu le mot
"éphémère" ? Connais-tu le mot "mort" ?
»
Le clown au seuil de l'effondrement et la larme à l'oeil, lui
répondit sans vacarme: « Éphémère,
signifie qui vit peu de temps, et mort, de mourir, veut dire,
disparaître éternellement. Snif ! Snif ! J'aimerais me
taire, mais ma fleur, qui rayonnait de bonheur, n'était pas
éphémère, ou encore, menacée de mort.
Snif ! Snif ! Elle s'est seulement éloignée
temporairement, car j'ai été si méchant. Je suis
certain que demain elle sera de retour et nous serons main dans la
main pour toujours. »
Le papillon fonceur lui redemanda: « Connais-tu mon ami la
définition d'une fleur ? Je sais que tu ne peux et que tu ne
veux pas me l'expliquer, mais je t'ai amené un précieux
cahier, nommé encyclopédie. Cet outil contenant des tas
et des tas de pages a été écrit par des savants
et des sages qui ont étudié tout ce qu'il y a de vivant
dans la galaxie. Selon ces penseurs, une fleur est une partie
dominante d'une plante qui peut contenir une partie pouvant se
reproduire. Ainsi, une fleur, après s'être
épanouie pendant quelque temps, se flétri et meure.
»
Le clown étourdit l'interrompit: « Ma fleur, qui
était forte, n'est pas morte, elle est seulement cachée
de moi, moi, qui l'ai abandonnée. » Le papillon averti
poursuivi de front: « Un moment, prends une pause si tu l'oses !
Ce n'était pas à ta fleur que tu causais si souvent,
mais à une plante savante à fleurs faisant partie des
rosiers, nommée Rose. Avec prestige, si ta fleur rosée
était ici, tu verrais sa partie inférieure
nommée tige. Avant que tu ne figes, viens ici petit malin, il
y a une tige asséchée à cet emplacement magique,
et c'est l'unique vestige de vie t'entourant. Ne serait-ce pas ta
fleur ? Ne serait-ce pas ta fleur ? Prends soin de bien
étudier avec tous tes sens les faits avant de nier
l'évidence. »
Le gentil papillon poursuivit son sermon : « Tu sais, la mort
n'est pas un mauvais sort. Dès notre premier jour dans cette
ère, la nature, mère de notre futur, a
préparé notre dernier jour. Selon la loi de cette
entité, toute vie qui se nourrit doit nécessairement
cesser ses activités de consommation sinon toute la nourriture
serait mangée et, par le fait même, les survivants
seraient amenés à l'extinction. À la
croisée des chemins, après une vie bien remplie, un
destin sans lendemain nous attend pour nous amener vers une autre
destinée, un paradis sans fin. C'est un lieu bienheureux
où les esprits des absents si souvent oubliés des
vivants sont valorisés et où les souvenirs de ceux qui
se sont aimés sont prêts à se réunir
à tout jamais. Malgré la cendre des adorés sur
nos pieds, il faut savoir attendre son moment, apprécier dans
notre miroir chaque instant, et surtout, avant tout, ne rien
brusquer. Choisir son heure ou nier l'existence d'une telle fin ne
conduit que vers l'éternelle douleur, l'errance infinie avec
l'esprit malin. »
Le clown choqué nia et nia puis s'effondra devant la
déchirante réalité envahissante. En pleurs, le
démoralisé murmura tout bas avant de s'effondrer de
douleur: « Snif ! Snif ! Personne n'est aussi non-voyant que
celui qui vit dans le noir ! Personne n'est plus ignorant que celui
qui ne veut pas croire ! Personne n'est plus inintelligent que celui
qui croit tout savoir ! Papillon, tu devrais aussi réaliser
que tu es éphémère près de mon aire et
menacé d'extinction. Snif ! Snif ! »
Le papillon surpris par le ton du clown répondit: « Je
sais, mais... ! C'est pour ton bien que je suis ici sur ton terrain.
Il y a bien longtemps, avec ta sonde planétaire, tu as
visité sans peur plusieurs mondes légendaires. Un de
ces mondes extraordinaires, qui défit l'imaginaire,
était habité par un crapaud. Ce crapaud m'a
informé de ton épopée. Tu as aussi visité
le coeur inusité d'une autre planète avec des fleurs
aussi coquettes les une des autres. Sur cette planète majeure,
en vedette, il y avait des tas et des tas de fleurs à graines
comme la tienne avec des personnalités étonnantes et
des idées aussi différentes les unes que les autres.
Ces végétaux ne demandaient qu'à se joindre
à toi, te servir et combler tes moindres désirs
capitaux. Qu'elles étaient les qualités que tu
préférais chez ta dulcinée ? Qu'elles
étaient les gros défauts de ton aimé que tu ne
pouvais pas supporter ? À l'avance, fait la balance de ce que
tu aimes et de ce que tu n'aimes pas chez les fleurs en mettant
l'accent sur les qualités désirées et tu
trouveras là, je crois, la fleur de ta vie ! N'oublie surtout,
et surtout, pas les précautions que tu devras observer avant
de l'emporter, sinon si... » Le papillon déçu
n'eut pas le temps de terminer ses explications que son copain
impatient était déjà loin.
La planète des fleurs
Le clown incertain dans son engin spatial
s'éloigna en douceur de sa sphère astrale en songeant
aux milliers de qualités qu'une fleur idéale devait
posséder pour lui plaire. « Une fleur supérieure,
cela va de soi, doit être ravissante, intelligente, attirante,
raffinée, posséder une importante capacité
d'écoute et de jugement, mais avec des idées
avantageuses pour moi, et principalement, ne pas être
vaniteuse. » L'incertitude de trouver une fleur de valeur sur
cette terre ensoleillée le décourageait, car durant sa
dernière tournée, il était resté dans la
solitude. Malgré ses idées noires, l'espoir de trouver
la fleur des fleurs était à son apogée ce
soir.
La planète des fleurs, sous des cieux cléments, est une
planète de couleur bleue avec un passé
désastreux contenant d'instables continents sur de
considérables océans. Étant donné sa
flore prolifique et ses nombreux butineurs multicolores, c'est un
lieu charmeur et dynamique. Dès l'aurore, une lueur
rosée, devenant de plus en plus pénétrante et
aveuglante durant le milieu de la journée, envahit les cieux
bienfaiteur et nourrit la flore jusqu'à la nuit. Pas à
pas avec l'arrivée de l'obscurité, une lune toute
claire au sein d'une mer étoilée devient la
maîtresse de la voûte céleste. Curieusement, sous
la généreuse végétation
légèrement irradiée et parsemée de roses,
des vestiges, présence d'une somptueuse civilisation
assoiffée de prestige et de puissance, reposent
paisiblement.
Après une observation minutieuse de la planète dans sa
précieuse navette, notre explorateur, rarement jovial,
s'arrêta près des fleurs de sang royal, les seigneurs
constamment en admiration. Ces plantes de rangs élevés,
avec un emplacement princier, étaient influencées par
des conditions stables comparativement à la majorité
des plantes qui dépendaient du bon gré des saisons,
souvent instables. Au lieu d'apprécier leur copieuse
destinée et de remercier la nature, elles étaient de
nature prétentieuse et querelleuse, et,
généralement, elles se tenaient éloignées
de leurs consoeurs. Ces belles de leurs élévations
étaient en perpétuelle adoration de leur dentelle
corporelle.

Le clown, enivré par tant de beauté,
dit doucement aux jolies: « Mes chères fleurs à
miel, vous qui êtes colorés comme des millions
d'arcs-en-ciels et qui attirés l'attention de mes perceptions
sensorielles, pourriez-vous m'informer si l'une d'entre vous serait
disposée à bâtir une nouvelle vie sur une
chouette planète avec un clown charmeur qui désir plus
de compagnies ? Je suis prêt ce matin à lui distribuer
tous mes biens et à lui donner en retour de son amour tout
l'amour qu'elle désirera. Elle aura avec moi une vie de
princesse remplie d'allégresse. »
« Petit prétentieux, qui es-tu pour venir nous offrir si
peu ? Comparer une saine reine à une princesse, c'est manquer
de sagesse et un signe indigne de faiblesse ! Tout est pour nous ici,
tout est à nous ici, même le jour et la nuit. Aucune
fleur de rang inférieur n'a le droit de manger avant nous, ni
même de nous parler, ou même, de se placer à la
une. Tu es un vulgaire ver sans avenir dans notre univers et nulle
d'entre nous n'a ou n'aura le désir de te suivre et de vivre
dans ta minuscule cellule. Dégage ! Soit sage ! »
s'écria une fleur de malheur avec un excès de
langage.
Puis, étourdie et en sueur, il se dirigea vers des fleurs
moins attrayantes, mais plus intelligentes, situées dans la
partie la plus élevée. De leurs
élévations, ces fleurs voient sans peine l'action
survenant dans la plaine. À cette hauteur, ces fleurs ont de
nombreux poils protecteurs, servant un peu comme des poils
récepteurs. Elles épient avec soin tous les bruits
environnants qui sont captés, analysés et traduits de
temps en temps selon leurs besoins. Elles ont une conception de tout
et une opinion sur tout.
Le clown, craintif, devant des savants aussi
attentifs, les interpella en bafouillant ainsi: « Chères
fleurs savantes de l'espèce plante, j'aimerais perturber votre
dynamique moteur de pensées en détresse un petit moment
pour vous inviter à partager ma magnifique terre
planétaire qui tourne et qui tourne éternellement, mais
où le temps s'est arrêté. La valeureuse fleur qui
fera de moi son compagnon de coeur s'enrichira de mes
réflexions lumineuses. »
Les fleurs froissées de ses dires, répondirent en
choeur au visiteur empoté : « Garde ta salade aux fruits
mon cher aventurier, nous ne sommes pas malades ou nés de la
dernière pluie. Nous savons tout de ta vie et la raison que tu
es ici. Nous savons que tu n'es pas très attentif et
réceptif aux discussions, et... » Avec stupeur, les
fleurs délurées constatèrent que l'intrus
têtu s'était déjà éloigné de
leurs terres. Un son imperceptible bourdonna près des oreilles
en sommeil de l'insensible bouffon maladroit, disant : « Nous
pouvons t'informer et voulons t'aider... »
Plus tard, le pleurnichard descendit dans la partie la plus
inférieure, près d'un océan où vivent les
fleurs les plus raffinées avec des couleurs
éblouissantes et des odeurs odorantes. Contrairement aux
autres habitants qu'il avait croisés, elles avaient d'autres
petites fleurs accrochées à leurs
extrémités. Ces petites fleurs parfaitement
conçues possédaient des leurres, des récipients
poilus très surprenants. Ces fleurs malveillantes chantaient
pour ensorceler et dégageaient des odeurs paralysantes pour
attirer le gibier. Ainsi, les étrangers étourdis, qui
étaient attirés dans le coeur du récipient de la
fleur, étaient engloutis. Après, c'était
terminé, ils étaient digérés.

Avant qu'il n'ait le temps de réaliser le
danger qu'il courrait, un chant envahissant l'envoûta et le
stabilisa. Dans son vaisseau, le clown, en idiot, s'approcha et
s'approcha des fleurs pour réaliser finalement qu'il
était à l'intérieur d'une des fleurs. Avant
qu'il ne soit enfermé dans le récipient cilié,
il fit une erreur de navigation et se retrouva dans une direction
opposée aux fleurs affamées. Le chanceux, au lieu de
peser sur le bouton atterrissage, il avait appuyé sur le
bouton démarrage.
Finalement, fatigué de chercher la perfection, le menton
fuyant, il tourna les talons aux anormales et se dirigea vers des
plaines colossales où il y a des fleurs très sereines,
et plus que tout, normales. Cette riche campagne, très logique
pour rencontrer une compagne, est une niche écologique
près des montagnes. Ces fleurs, captivent de leurs foyers,
sont plus attentives que les belles rencontrées, et de
surcroît à cela, elles ont des opinions sensées.
Leurs fleurs ne sont pas aussi développées que celles
déjà rencontrées et, certaines d'entre elles,
ont des centaines de fines épines. Leurs fines épines
piquantes peuvent intercepter des sons comme les fleurs
intelligentes, mais elles ne peuvent pas leur donner de
significations. Justement, quand elles ne rêvaient pas, elles
discutaient entre elles de tout et de rien, et souvent, pour
rien.

Miraculeusement, en un instant, il remarqua la fleur des fleurs, une fleur comme sa fleur. Rayonnant de bonheur, il dit en chantant à la fleur éblouie: « Divinité des fleurs, je suis aveuglé par ta couleur, enivré par ton odeur et ton charme me désarme. Devant tant de beauté, comment pourrai-je te quitter ? Comment pourrai-je vivre ou survivre sans toi ? Que devrai-je dire à ton coeur pour obtenir tes faveurs ? Si je te donnais ma demeure pour t'abriter. Si je te donnais mon coeur pour te réchauffer. Si je t'offrais ma présence et mon existence pour te réconforter. Si je te donnais mes bras en croix pour te porter. Viendrais-tu avec moi ? » L'élue à l'affût, un peu engourdie et peu dégourdie, dit « oui ». À ce moment, sans réfléchir, l'inconscient coupa l'infortunée au niveau de son pied avec des ciseaux affilés, l'emporta délicatement et ils partirent.
L'éternelle tristesse
Étonné par le silence glacial, malgré la présence heureuse de sa partenaire si affectueuse, le clown approcha de sa terre natale. En souriant méchamment, il se dit en dedans de lui : « Une pitoyable fleur bête a nettement plus de valeur qu'une incroyable fleur n'aimant pas ma tête. » Près de ses jointures douloureuses, il prit sa sombre fleur, qui avait une allure affreuse, et la plaça dans l'ombre chaleureuse de sa glorieuse fleur. Il parlait avec elle, mais elle ne répondait pas. Était-elle à l'aise ou chagrinée ? Était-elle en mauvaise santé ? En pleur, il la regarda et la regarda pendant des heures et des heures. Balayé par le vent, le temps avait cessé d'exister. « Pourquoi, l'avait-elle quitté ? Pourquoi l'avaient-elles quitté ? » se répétait le clown.

Découragé et dégoûté de tout, après tout ce qui lui était arrivé, le clown décida tout simplement de se détendre et de les attendre. En vain, l'inconsolé est probablement encore en train de les rechercher. Durant une nuit claire, si tu entends un cri dans les airs, disant: « Où êtes-vous? Où êtes-vous? Je vous aime! Je vous aime! », étudie attentivement les bruits provenant du firmament. Si tu vois une petite planète qui s'assombrit en tournant, c'est probablement ladite planète du clown.

À suivre...
P.S.: Cette histoire est la
propriété exclusive de Serge
Fortin et son utilisation,
malgré qu'elle soit sur Internet, nécessite une
autorisation de l'auteur qui est Serge Fortin. Les utilisateurs qui
feraient une utilisation abusive de cette histoire pourraient
être poursuivis en justice. Merci de votre
compréhension.
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