Le clown et la fleur II (2)

par

Serge Fortin

(Montréal, Québec, Canada)

 

Le 12 septembre 2002

 

Il était une fois un clown...

 

Il était une fois un clown voyageur sans but qui avait perdu sa fleur longtemps auparavant. Il vivait au sein d'un univers de chagrin où le passé était nécessaire et la réalité secondaire. À ses yeux, plus rien n'avait de valeur, et jour après jour, nuit après nuit, le malheureux appelait sa fleur: « Où es-tu ? Où es-tu ? Je t'aime ! Je t'aime,... Pourquoi m'as-tu quitté ? Pourquoi m'as-tu oublié ? » Sa petite planète céleste, qui avait été si fertile et remplie de vie, n'était plus qu'un marais stérile sans vie, arrosé constamment de ses pleurs. Sans vraiment croire à un affranchissement qui le délivrerait de ses douleurs, il existait dans l'espoir de retrouver sa bien-aimée, sa fleur.

 

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L'éveil

 

Durant une belle journée, entre deux infects torrents, l'affligé fut interrompu par le bruit des ailes saccadées d'un curieux insecte volant. Le papillon effronté tourna et tourna autour du nez du clown jusqu'à ce que celui-ci décide de lui parler. « Que fais-tu étranger dans ma demeure ? Comment oses-tu m'éloigner de ma fleur ? Qui es-tu pour me tourmenter d'aussi bonne heure ? » Le papillon vagabond lui dit: « Je suis venu pour te rencontrer et t'aider. Mon nom est Étoile Ailée et mon étoile d'adoption est Pollenée. »

 

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Ils discutèrent et discutèrent périodiquement pendant des heures et des heures. Le bouffon désespéré et peu jasant était bombardé de questions sur ses profonds tourments. Le papillon dans les airs voulait connaître de tout son être pourquoi le garçon, qui vivait dans la noirceur, s'acharnait à essayer de retrouver le corps de sa fleur ; sachant très bien qu'une fleur est très éphémère si elle est abandonnée à son sort. Tout à coup, dans le but d'être sincère et remplie de remords, il ne put s'empêcher de lui demander: « Connais-tu le mot "éphémère" ? Connais-tu le mot "mort" ? »

Le clown au seuil de l'effondrement et la larme à l'oeil, lui répondit sans vacarme: « Éphémère, signifie qui vit peu de temps, et mort, de mourir, veut dire, disparaître éternellement. Snif ! Snif ! J'aimerais me taire, mais ma fleur, qui rayonnait de bonheur, n'était pas éphémère, ou encore, menacée de mort. Snif ! Snif ! Elle s'est seulement éloignée temporairement, car j'ai été si méchant. Je suis certain que demain elle sera de retour et nous serons main dans la main pour toujours. »

Le papillon fonceur lui redemanda: « Connais-tu mon ami la définition d'une fleur ? Je sais que tu ne peux et que tu ne veux pas me l'expliquer, mais je t'ai amené un précieux cahier, nommé encyclopédie. Cet outil contenant des tas et des tas de pages a été écrit par des savants et des sages qui ont étudié tout ce qu'il y a de vivant dans la galaxie. Selon ces penseurs, une fleur est une partie dominante d'une plante qui peut contenir une partie pouvant se reproduire. Ainsi, une fleur, après s'être épanouie pendant quelque temps, se flétri et meure. »

Le clown étourdit l'interrompit: « Ma fleur, qui était forte, n'est pas morte, elle est seulement cachée de moi, moi, qui l'ai abandonnée. » Le papillon averti poursuivi de front: « Un moment, prends une pause si tu l'oses ! Ce n'était pas à ta fleur que tu causais si souvent, mais à une plante savante à fleurs faisant partie des rosiers, nommée Rose. Avec prestige, si ta fleur rosée était ici, tu verrais sa partie inférieure nommée tige. Avant que tu ne figes, viens ici petit malin, il y a une tige asséchée à cet emplacement magique, et c'est l'unique vestige de vie t'entourant. Ne serait-ce pas ta fleur ? Ne serait-ce pas ta fleur ? Prends soin de bien étudier avec tous tes sens les faits avant de nier l'évidence. »

Le gentil papillon poursuivit son sermon : « Tu sais, la mort n'est pas un mauvais sort. Dès notre premier jour dans cette ère, la nature, mère de notre futur, a préparé notre dernier jour. Selon la loi de cette entité, toute vie qui se nourrit doit nécessairement cesser ses activités de consommation sinon toute la nourriture serait mangée et, par le fait même, les survivants seraient amenés à l'extinction. À la croisée des chemins, après une vie bien remplie, un destin sans lendemain nous attend pour nous amener vers une autre destinée, un paradis sans fin. C'est un lieu bienheureux où les esprits des absents si souvent oubliés des vivants sont valorisés et où les souvenirs de ceux qui se sont aimés sont prêts à se réunir à tout jamais. Malgré la cendre des adorés sur nos pieds, il faut savoir attendre son moment, apprécier dans notre miroir chaque instant, et surtout, avant tout, ne rien brusquer. Choisir son heure ou nier l'existence d'une telle fin ne conduit que vers l'éternelle douleur, l'errance infinie avec l'esprit malin. »

Le clown choqué nia et nia puis s'effondra devant la déchirante réalité envahissante. En pleurs, le démoralisé murmura tout bas avant de s'effondrer de douleur: « Snif ! Snif ! Personne n'est aussi non-voyant que celui qui vit dans le noir ! Personne n'est plus ignorant que celui qui ne veut pas croire ! Personne n'est plus inintelligent que celui qui croit tout savoir ! Papillon, tu devrais aussi réaliser que tu es éphémère près de mon aire et menacé d'extinction. Snif ! Snif ! »

Le papillon surpris par le ton du clown répondit: « Je sais, mais... ! C'est pour ton bien que je suis ici sur ton terrain. Il y a bien longtemps, avec ta sonde planétaire, tu as visité sans peur plusieurs mondes légendaires. Un de ces mondes extraordinaires, qui défit l'imaginaire, était habité par un crapaud. Ce crapaud m'a informé de ton épopée. Tu as aussi visité le coeur inusité d'une autre planète avec des fleurs aussi coquettes les une des autres. Sur cette planète majeure, en vedette, il y avait des tas et des tas de fleurs à graines comme la tienne avec des personnalités étonnantes et des idées aussi différentes les unes que les autres. Ces végétaux ne demandaient qu'à se joindre à toi, te servir et combler tes moindres désirs capitaux. Qu'elles étaient les qualités que tu préférais chez ta dulcinée ? Qu'elles étaient les gros défauts de ton aimé que tu ne pouvais pas supporter ? À l'avance, fait la balance de ce que tu aimes et de ce que tu n'aimes pas chez les fleurs en mettant l'accent sur les qualités désirées et tu trouveras là, je crois, la fleur de ta vie ! N'oublie surtout, et surtout, pas les précautions que tu devras observer avant de l'emporter, sinon si... » Le papillon déçu n'eut pas le temps de terminer ses explications que son copain impatient était déjà loin.

 

La planète des fleurs

 

Le clown incertain dans son engin spatial s'éloigna en douceur de sa sphère astrale en songeant aux milliers de qualités qu'une fleur idéale devait posséder pour lui plaire. « Une fleur supérieure, cela va de soi, doit être ravissante, intelligente, attirante, raffinée, posséder une importante capacité d'écoute et de jugement, mais avec des idées avantageuses pour moi, et principalement, ne pas être vaniteuse. » L'incertitude de trouver une fleur de valeur sur cette terre ensoleillée le décourageait, car durant sa dernière tournée, il était resté dans la solitude. Malgré ses idées noires, l'espoir de trouver la fleur des fleurs était à son apogée ce soir.

La planète des fleurs, sous des cieux cléments, est une planète de couleur bleue avec un passé désastreux contenant d'instables continents sur de considérables océans. Étant donné sa flore prolifique et ses nombreux butineurs multicolores, c'est un lieu charmeur et dynamique. Dès l'aurore, une lueur rosée, devenant de plus en plus pénétrante et aveuglante durant le milieu de la journée, envahit les cieux bienfaiteur et nourrit la flore jusqu'à la nuit. Pas à pas avec l'arrivée de l'obscurité, une lune toute claire au sein d'une mer étoilée devient la maîtresse de la voûte céleste. Curieusement, sous la généreuse végétation légèrement irradiée et parsemée de roses, des vestiges, présence d'une somptueuse civilisation assoiffée de prestige et de puissance, reposent paisiblement.

Après une observation minutieuse de la planète dans sa précieuse navette, notre explorateur, rarement jovial, s'arrêta près des fleurs de sang royal, les seigneurs constamment en admiration. Ces plantes de rangs élevés, avec un emplacement princier, étaient influencées par des conditions stables comparativement à la majorité des plantes qui dépendaient du bon gré des saisons, souvent instables. Au lieu d'apprécier leur copieuse destinée et de remercier la nature, elles étaient de nature prétentieuse et querelleuse, et, généralement, elles se tenaient éloignées de leurs consoeurs. Ces belles de leurs élévations étaient en perpétuelle adoration de leur dentelle corporelle.

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Le clown, enivré par tant de beauté, dit doucement aux jolies: « Mes chères fleurs à miel, vous qui êtes colorés comme des millions d'arcs-en-ciels et qui attirés l'attention de mes perceptions sensorielles, pourriez-vous m'informer si l'une d'entre vous serait disposée à bâtir une nouvelle vie sur une chouette planète avec un clown charmeur qui désir plus de compagnies ? Je suis prêt ce matin à lui distribuer tous mes biens et à lui donner en retour de son amour tout l'amour qu'elle désirera. Elle aura avec moi une vie de princesse remplie d'allégresse. »

« Petit prétentieux, qui es-tu pour venir nous offrir si peu ? Comparer une saine reine à une princesse, c'est manquer de sagesse et un signe indigne de faiblesse ! Tout est pour nous ici, tout est à nous ici, même le jour et la nuit. Aucune fleur de rang inférieur n'a le droit de manger avant nous, ni même de nous parler, ou même, de se placer à la une. Tu es un vulgaire ver sans avenir dans notre univers et nulle d'entre nous n'a ou n'aura le désir de te suivre et de vivre dans ta minuscule cellule. Dégage ! Soit sage ! » s'écria une fleur de malheur avec un excès de langage.

Puis, étourdie et en sueur, il se dirigea vers des fleurs moins attrayantes, mais plus intelligentes, situées dans la partie la plus élevée. De leurs élévations, ces fleurs voient sans peine l'action survenant dans la plaine. À cette hauteur, ces fleurs ont de nombreux poils protecteurs, servant un peu comme des poils récepteurs. Elles épient avec soin tous les bruits environnants qui sont captés, analysés et traduits de temps en temps selon leurs besoins. Elles ont une conception de tout et une opinion sur tout.

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Le clown, craintif, devant des savants aussi attentifs, les interpella en bafouillant ainsi: « Chères fleurs savantes de l'espèce plante, j'aimerais perturber votre dynamique moteur de pensées en détresse un petit moment pour vous inviter à partager ma magnifique terre planétaire qui tourne et qui tourne éternellement, mais où le temps s'est arrêté. La valeureuse fleur qui fera de moi son compagnon de coeur s'enrichira de mes réflexions lumineuses. »

Les fleurs froissées de ses dires, répondirent en choeur au visiteur empoté : « Garde ta salade aux fruits mon cher aventurier, nous ne sommes pas malades ou nés de la dernière pluie. Nous savons tout de ta vie et la raison que tu es ici. Nous savons que tu n'es pas très attentif et réceptif aux discussions, et... » Avec stupeur, les fleurs délurées constatèrent que l'intrus têtu s'était déjà éloigné de leurs terres. Un son imperceptible bourdonna près des oreilles en sommeil de l'insensible bouffon maladroit, disant : « Nous pouvons t'informer et voulons t'aider... »

Plus tard, le pleurnichard descendit dans la partie la plus inférieure, près d'un océan où vivent les fleurs les plus raffinées avec des couleurs éblouissantes et des odeurs odorantes. Contrairement aux autres habitants qu'il avait croisés, elles avaient d'autres petites fleurs accrochées à leurs extrémités. Ces petites fleurs parfaitement conçues possédaient des leurres, des récipients poilus très surprenants. Ces fleurs malveillantes chantaient pour ensorceler et dégageaient des odeurs paralysantes pour attirer le gibier. Ainsi, les étrangers étourdis, qui étaient attirés dans le coeur du récipient de la fleur, étaient engloutis. Après, c'était terminé, ils étaient digérés.

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Avant qu'il n'ait le temps de réaliser le danger qu'il courrait, un chant envahissant l'envoûta et le stabilisa. Dans son vaisseau, le clown, en idiot, s'approcha et s'approcha des fleurs pour réaliser finalement qu'il était à l'intérieur d'une des fleurs. Avant qu'il ne soit enfermé dans le récipient cilié, il fit une erreur de navigation et se retrouva dans une direction opposée aux fleurs affamées. Le chanceux, au lieu de peser sur le bouton atterrissage, il avait appuyé sur le bouton démarrage.

Finalement, fatigué de chercher la perfection, le menton fuyant, il tourna les talons aux anormales et se dirigea vers des plaines colossales où il y a des fleurs très sereines, et plus que tout, normales. Cette riche campagne, très logique pour rencontrer une compagne, est une niche écologique près des montagnes. Ces fleurs, captivent de leurs foyers, sont plus attentives que les belles rencontrées, et de surcroît à cela, elles ont des opinions sensées. Leurs fleurs ne sont pas aussi développées que celles déjà rencontrées et, certaines d'entre elles, ont des centaines de fines épines. Leurs fines épines piquantes peuvent intercepter des sons comme les fleurs intelligentes, mais elles ne peuvent pas leur donner de significations. Justement, quand elles ne rêvaient pas, elles discutaient entre elles de tout et de rien, et souvent, pour rien.

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Miraculeusement, en un instant, il remarqua la fleur des fleurs, une fleur comme sa fleur. Rayonnant de bonheur, il dit en chantant à la fleur éblouie: « Divinité des fleurs, je suis aveuglé par ta couleur, enivré par ton odeur et ton charme me désarme. Devant tant de beauté, comment pourrai-je te quitter ? Comment pourrai-je vivre ou survivre sans toi ? Que devrai-je dire à ton coeur pour obtenir tes faveurs ? Si je te donnais ma demeure pour t'abriter. Si je te donnais mon coeur pour te réchauffer. Si je t'offrais ma présence et mon existence pour te réconforter. Si je te donnais mes bras en croix pour te porter. Viendrais-tu avec moi ? » L'élue à l'affût, un peu engourdie et peu dégourdie, dit « oui ». À ce moment, sans réfléchir, l'inconscient coupa l'infortunée au niveau de son pied avec des ciseaux affilés, l'emporta délicatement et ils partirent.

 

L'éternelle tristesse

 

Étonné par le silence glacial, malgré la présence heureuse de sa partenaire si affectueuse, le clown approcha de sa terre natale. En souriant méchamment, il se dit en dedans de lui : « Une pitoyable fleur bête a nettement plus de valeur qu'une incroyable fleur n'aimant pas ma tête. » Près de ses jointures douloureuses, il prit sa sombre fleur, qui avait une allure affreuse, et la plaça dans l'ombre chaleureuse de sa glorieuse fleur. Il parlait avec elle, mais elle ne répondait pas. Était-elle à l'aise ou chagrinée ? Était-elle en mauvaise santé ? En pleur, il la regarda et la regarda pendant des heures et des heures. Balayé par le vent, le temps avait cessé d'exister. « Pourquoi, l'avait-elle quitté ? Pourquoi l'avaient-elles quitté ? » se répétait le clown.

 

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Découragé et dégoûté de tout, après tout ce qui lui était arrivé, le clown décida tout simplement de se détendre et de les attendre. En vain, l'inconsolé est probablement encore en train de les rechercher. Durant une nuit claire, si tu entends un cri dans les airs, disant: « Où êtes-vous? Où êtes-vous? Je vous aime! Je vous aime! », étudie attentivement les bruits provenant du firmament. Si tu vois une petite planète qui s'assombrit en tournant, c'est probablement ladite planète du clown.

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À suivre...


P.S.: Cette histoire est la propriété exclusive de Serge Fortin et son utilisation, malgré qu'elle soit sur Internet, nécessite une autorisation de l'auteur qui est Serge Fortin. Les utilisateurs qui feraient une utilisation abusive de cette histoire pourraient être poursuivis en justice. Merci de votre compréhension.

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