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Tél.: |
(514) 874-8344 |
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Télécopie: |
(514) 878-4553 |
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E-mail: |

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Ministre du Patrimoine canadien |
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Minister of Canadian Heritage |
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J'aimerais transmettre mes plus chaleureuses salutations à tous les lecteurs et lectrices du Magazine Transatlantique à l'occasion de la parution de ce numéro spécial sur le 30e anniversaire de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie. Depuis la création de 1'Agence en 1970, la francophonie canadienne entretient des liens étroits avec la Francophonie internationale et jette des ponts par-delà les frontières et les océans. Le Sommet de la Francophonie, qui a eu lieu à Moncton en automne dernier, a démontré de façon éloquente l'esprit de solidarité et l'amitié qui unissent aujourd'hui les pays francophones de tous les continents. Les francophones du Canada apportent à la Francophonie internationale toute leur vigueur et leur onginalité, et le Canada est heureux d'en être un membre actif. À titre de ministre du Patrimoine canadien, je me réjouis de la parrution de ce numéro spécial du Magazine Transatlantique qui permet de mettre en valeur la richesse de la francophonie canadienne et son apport à la Francophonie internationale. J'offre mes meilleurs voeux à tous les francophones d'ici et d'ailleurs à l'occasion du 30e anniversaire de l'exigence et je souhaite longue vie à la Francophonie! |
Greetings to the readers of Magazine Transatlantique, on the occasion of this special edition on the 30th anniversary of the Agence intergouvernementale de la Francophonie. Since the agency's creation in 1970, the Canadian Francophonie has maintained close links with the international Francophonie and builds bridges that cross borders and oceans. The Sommet de la Francophonie, which took place in Moncton last fall, showed quite clearly the spirit of solidarity and friendship which today unites Francophone countries on all continents. Canadian Francophones contribute their vigour and originality to the international Francophonie, and Canada is pleased to be an active member. As Minister of Canadian Heritage, I am pleased at the publication of this special issue of Magazine Transatlantique which promotes the richness of the Canadian Francophonie and its contribution to the international Francophonie. Best wishes to all Francophones here and around the world, on the agency's 30th. Long live the Francophonie! |

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Le 15 août 2000
À titre de premier magistrat de la Ville de Montréal, je suis heureux de m'associer à la publication de ce numéro spécial du Magazine Transatlantique.
Soulignant le 30e anniversaire de la francophonie internationale, cette publication saura sûrement faire ressortir les liens qui existent entre les francophones du monde.
Grâce à sa situation géographique stratégique en Amérique du Nord, Montréal joue un rôle prépondérant dans le rayonnement international du fait français.
Je profite de l'occasion pour inviter les francophones du monde à venir découvrir Montréal et la chaleur unique de ses citoyens.
Le maire,
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Pierre Bourque

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M. T.: |
Pouvez-vous décrire votre projet d'appui à l'entrepreneuriat féminin? |
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N. D.: |
Volonté de l'état nigérien Depuis plus de dix ans, le gouvernement nigérien a amorcé une démarche pour favoriser le développement du secteur privé par l'adoption d'une série de mesures susceptibles d'assainir l'environnement dans lequel évolue l'entreprise privée. De son coté, le Canada intervient depuis 14 ans à travers différents projet d'appui à l'entrepreneuriat au Niger. Le programme du PRAMEF s'insère très donc très bien dans cette préoccupation du Niger et du Canada envers le développement du secteur privé et de la promotion féminine. La durée et le financement D'une durée de cinq ans, le PRAMEF est financé par l'Agence canadienne de développement international (ACDI) pour un montant 3,8 millions de dollars soit environ 1,5 milliard de Fcfa. Il est exécuté par Développement international Desjardins (DID), qui est spécialisé dans l'appui à la mise en place d'institutions financières de type coopératif et dans l'appui au développement d'entreprises féminines. Le but du projet Le but du PRAMEF est de contribuer à créer les conditions nécessaires au développement d'activités économiques des femmes par le biais d'un appui technique et financier. Stratégie du projet Pour atteindre ce but, la stratégie du projet s'articule autour de deux volets : Le premier volet, consiste, en s'appuyant sur les ressources locales, à mettre à la disposition des femmes, des ressources techniques, appui-conseil et formation adaptés à leurs besoins. C'est pourquoi, des formations en gestion d'entreprises et des formations techniques sont en cours afin de renforcer les capacités et les compétences des promotrices pour la réussite de leur entreprise; des échanges d'expérience et des visites d'études d'entreprises en opération tant au Niger que dans la sous-région ont eu lieu et contribuent à sensibiliser les femmes nigériennes aux potentialités qui s'offrent à elles. Également, des séminaires ont été organisés en collaboration avec le ministère de la Protection de la Femme et de l'Enfant et avec des structures d'appui locales comme la Chambre de commerce de l'agriculture et de l'élevage. Ces activités ont permis aux femmes de se connaître et de se regrouper. La collaboration se poursuit afin de mettre en place diverse informations de meilleures qualités permettant aux femmes de prendre des décisions plus éclairées quant à la création ou au développement de leurs entreprises. Le deuxième volet se consacre à donner un appui institutionnel à la Mutuelle d'épargne et de crédit des femmes (MECREF) pour assurer sa consolidation et son déploiement afin qu'elle puisse continuer de jouer un rôle de premier plan dans le financement de l'entrepreneuriat féminin au Niger. Une des activités de ce volet consiste en la formation et en l'appui conseil aux employées et aux dirigeantes de la MECREF afin qu'elles puissent gérer elles-mêmes, en toute sécurité, la croissance leur institution financière. La mise en place de méthodes de travail adaptées à la croissance, le développement d'outils de gestion et de contrôle sont également des activités que le PRAMEF a eu à faire depuis le démarrage. Une autre activité consiste en la mise en place d'un fonds de crédit pour permettre à la MECREF de répondre aux demandes de crédits formulés par les femmes entrepreneures. Mobilisation des ressources externes, transfert de compétence Pour la mise en ¦uvre de ces activités, nous avons mis l'accent sur la mobilisation des ressources locales et l'expertise développé au sein de divers organismes qui interviennent auprès des femmes. Dans cet esprit, l'appui en formation joue un rôle capital dans l'atteinte des résultats et objectifs du projet. On dénombre principalement quatre types d'appuis en formation que sont :
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En résumé En résumé, nous participons activement à l'amélioration de la place des femmes dans l'économie nigérienne en favorisant leur accès à des services de formations, d'appui-conseil et à des services financiers formels adaptés à une clientèle très diversifiée qui chacune à sa façon participe au développement de l'économie nigérienne. |
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M. T.: |
Comment pensez-vous que les activités vont continuer après le projet? |
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N. D.: |
La poursuite des activités post-projet est l'objectif de tout projet. Le PRAMEF doit s'assurer de la conservation du dynamisme démontré par les femmes entrepreneures qui ont commencé à prendre conscience de leur potentialité et des possibilités qui s'offrent à elles. Il doit également s'assurer que la MECREF poursuivra sa mission et sera en mesure d'offrir des services financiers de plus en plus adaptés à sa clientèle entrepreneure. Pour ce faire, la réponse est dans la stratégie du projet qui met l'accent sur la mobilisation des ressources locales et l'expertise qui sera développé au sein des divers organismes qui interviennent auprès des femmes. Nous espérons que les structures locales, telles la Chambre de commerce, le ministère du Développement social, les organismes de formations et d'appui au développement des femmes et les femmes elles-mêmes auront été suffisamment sensibilisées et dynamisées pour poursuivre la démarche entreprise avec l'appui du projet. Finalement, selon nos prévisions, la Mutuelle d'épargne et de crédit des femmes (MÉCREF) sera autonome financièrement et techniquement avant le départ du projet. Elle pourra poursuivre seule sa mission d'offre de services financiers formels aux femmes entrepreneures et commerçantes et ainsi contribuer au développement de l'entrepreneuriat féminin au Niger. |
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M. T.: |
Que pensez-vous de la condition féminine au Niger? |
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N. D.: |
La femme nigérienne évolue dans des conditions de vie particulièrement difficiles. Sa situation peut varier selon l'ethnie, la classe sociale, le statut civil, le lieu de résidence ou la religion. Cette situation est aggravée par un certain nombre d'obstacles d'ordre socioculturel ou historique, la récession économique, la croissance démographique prononcée, la faible scolarisation des femmes et les aléas climatiques contraignants. Les statuts sociaux et juridiques qui lui sont particulièrement défavorables la maintiennent dans un état de dépendance très marqué. Les diverses contraintes socioculturelles auxquelles les femmes sont quotidiennement confrontées (règles régissant la vie familiale, les règles coraniques, les problèmes de succession et d'accès à la propriété, etc.), peuvent se résumer comme suit:
Au plan social, la crise économique et la fragilité de l'emploi ont provoqué une accentuation du chômage en général, mais surtout des hommes accentuant par la même occasion l'exode rural de ces derniers. Ceci a eu comme conséquence d'aggraver la précarité du statut social de la femme (divorce, abandon, etc.). Ainsi, souvent la femme est amenée à jouer un rôle beaucoup plus important en tant que responsable du ménage, pour faire face aux besoins du foyer. Problématique spécifique En termes d'accès à des services financiers adaptés aux besoins spécifiques des femmes, les leçons tirées et l'expertise acquise à travers l'expérience canadienne au Sahel sont, bien que récentes, relativement vastes. On peut subdiviser les principales contraintes qu'elles rencontrent en quatre catégories. Il s'agit des contraintes sur les plans :
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M. T.: |
Selon vous, comment peut-on renforcer les relations entre le Canada, le Québec et le Niger? |
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N. D.: |
Je crois que les représentants du Canada au Niger doivent être à l'écoute des problèmes vécus par les Nigériens. Forts de leur connaissance du milieu nigérien et de l'expertise canadienne et québécoise, ils peuvent proposer aux différentes instances de l'ACDI, des programmes ou projets qui sauront aider adéquatement les populations et/ou le gouvernement nigérien à réduire la pauvreté et la misère au Niger. Je crois que l'expertise canadienne et québécoise est déjà reconnue au Niger. Des projets qui répondent réellement aux besoins et qui donnent de bons résultats pérennes ne peuvent que renforcer les relations entre nos deux pays. |

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CRC SOGEMA est une société canadienne de conseil en gestion qui ¦uvre sur la scène internationale auprès des pays en émergence dans les domaines de la gestion, de la formation et de la systématisation. De plus, grâce à CRC SIMA, ses domaines d'expertise se sont étendus à la gestion de l'information géographique, des ressources naturelles et de l'environnement.
Fondée il y a plus de quinze ans, CRC SOGEMA appartient en totalité à 9 actionnaires canadiens possédant tous une vaste expérience de la consultation en gestion, tant au Canada que sur la scène internationale. Elle offre des services aux institutions, entreprises et organismes aussi bien publics, parapublics que privés, en français, anglais et espagnol. CRC SOGEMA a réalisé plus de 150 projets à travers le monde, en Afrique et au Moyen-Orient, en Amérique latine ainsi que dans les Caraïbes.
Pour exécuter ces différents mandats, elle a reçu des crédits de bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux tels la Banque mondiale (BM), la Banque africaine de développement (BAD), la Banque interaméricaine de développement (BID), le Fonds international de développement agricole (FIDA), l'Agence canadienne de développement international (ACDI), l'agence danoise Danish International Development Agency (DANIDA), le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Avec un chiffre d'affaires de plus de quinze millions de dollars canadiens, CRC SOGEMA est actuellement reconnue comme l'une des plus importantes sociétés canadiennes ¦uvrant en conseil de gestion dans les pays en développement.
CRC SOGEMA/SIMA réalise actuellement des mandats dans des secteurs stratégiques du développement économique qui sont notamment :
Choisir la liberté n'est pas, comme on nous le dit, un choix contre la justice,
D'un autre côté, la liberté est choisie aujourd'hui en relation avec celles et ceux qui, partout,
Souffrent et luttent, et c'est la seule liberté qui compte.
Elle est choisie en même temps que la justice et, à dire vrai,
Nous ne pouvons pas choisir l'une sans l'autre.
Si quelqu'un vous enlève votre pain, il supprime en même temps votre liberté.
Mais si quelqu'un vous enlève votre liberté, vous pouvez être certain que votre pain est menacé,
Car il ne dépend plus de votre vous ou de votre lutte,
Mais des caprices d'un maître.
Albert Camus

Après un long parcours et des années de lutte, le peuple sud-africain a réussi à briser les chaînes de l'apartheid et à réaliser la transition vers la démocratie. Le 14 juillet 1999, un deuxième scrutin démocratique réussi a mené Thabo Mbeki à la présidence. Entre décembre 1998 et février 1999, la population du Nigeria s'est rendue aux urnes pour exercer son droit démocratique et a exprimé son appui au retour d'un gouvernement civil. Olusegun Obasanjo, président désigné depuis le 29 mai 1999, a très rapidement su faire preuve de courage et de leadership. Destituant plus de 150 officiers militaires, il a également ordonné un examen de tous les contrats que la junte militaire qui l'avait précédé avait signés pendant la dernière année de son régime et il a institué une enquête sur les violations des droits de la personne. Les Sud-Africains et les Nigérians ont choisi d'emprunter la grande voie vers la démocratie. Leur expérience sert de modèle et offre beaucoup d'espoir à de nombreux Africains qui vivent dans des pays où la démocratie est étouffée et où les violations flagrantes des droits de la personne abondent.
Depuis 1970, plus de trente guerres ont éclaté en Afrique. La prolifération débridée d'armes classiques joue un rôle significatif dans les crises humanitaires qui affligent de nombreux pays africains. En 1996, quatorze des cinquante-trois pays d'Afrique étaient aux prises avec des conflits armés, qui comptaient pour plus de
la moitié des décès dus à la guerre dans le monde entier. Le continent africain est le foyer de huit millions de personnes réfugiées et déplacées, en majorité des femmes et des enfants, qui vivent dans les conditions inhumaines. Les conflits armés qui font rage dans la République démocratique du Congo (RDC), au Soudan et en Angola sont nourris par un flot constant d'armes qui causent d'incroyables souffrances humaines.
Des enfants, certains à peine âgés de six ans, sont privés d'une éducation et recrutés de force dans l'armée. Les horribles machines de guerre entraînent la torture, les disparitions, les viols, les mutilations et d'innombrables morts chez les civils. Les normes internationales en matière de droits de la personne et de droit humanitaire sont systématiquement violées, en toute impunité.
Le sud du Sahara comprend la plus importante proportion de pauvres du monde. Pour les citoyens ordinaires, les avantages et les possibilités de la mondialisation sont peu nombreux, lents à se manifester et extrêmement asymétriques. Leur capacité de répondre à leurs besoins humains fondamentaux, c'est-à-dire un niveau de vie acceptable et l'accès à l'éducation, aux soins de santé, au logement, à de l'eau potable et à un environnement propre et sans danger, diminue de jour en jour. Les répercussions de la chute de la demande et des prix des produits de base exportés par l'Afrique, notamment les métaux, le bois, le café, l'huile et le cacao, sont importantes. Pour de nombreux pays qui dépendent de la vente de matières premières au monde pour soutenir leur budget national, le ralentissement économique entraîne des reculs, une baisse de la valeur des devises, des manques à gagner et une augmentation des déficits commerciaux. Les capitaux privés qui entrent en Afrique ne représentent qu'une minuscule fraction par rapport au reste du monde. La dette extérieure de certains pays dépasse leur produit intérieur brut (PIB) et les exigences du service de la dette excèdent souvent 25 pour cent de leurs gains à l'exportation. Le pouvoir des forces du marché mondial et la volatilité croissante du marché financier et des denrées sont des éléments critiques dont tiennent compte les gouvernements africains dans leurs calculs politiques.
La mondialisation doit apporter plus que l'ouverture des marchés et la libéralisation du commerce. Les gouvernements africains, dont les choix deviennent limités, se soumettent aux pressions exercées sur eux par les institutions financières internationales. Au cours de la dernière décennie, de nombreux gouvernements d'Afrique ont mis en ¦uvre des programmes pour libéraliser leurs politiques financières et commerciales afin de réaliser les ajustements macroéconomiques exigés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Parmi les défenseurs les plus ardents de la libéralisation de l'économie, on retrouve le Bénin, l'Éthiopie, la Côte d'Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Kenya, Madagascar, le Mali, le Mozambique, le Sénégal, la Tanzanie, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe. De plus, de puissantes entreprises minières, dont les sièges sociaux sont situés dans le monde nord-atlantique, continuent de forer profondément dans le continent africain pour y prendre des diamants, du pétrole et du gaz ou des métaux précieux. Beaucoup de ces sociétés font preuve d'un manque total de respect envers les droits fondamentaux des travailleurs et envers l'environnement, même s'ils respectent ces mêmes droits dans leurs propres pays, tout simplement parce que ce sont de bonnes habitudes d'affaires. Le contrôle et l'exploitation des diamants, du bois et d'autres matières premières constituaient des objectifs clés des factions guerrières au Liberia. De même, le pillage des ressources naturelles et les détournements de fonds des réserves de la banque centrale constituaient les motivations principales de ceux qui ont arraché le pouvoir au gouvernement élu en 1997 en Sierra Leone. En Angola, les problèmes constants du processus de paix sont liés au contrôle de l'exploitation des riches mines de diamant de ce pays.
L'investissement dans les projets de développement économique durable en Afrique est loin d'être suffisant pour répondre aux besoins de tous les citoyens. Dans de trop nombreux pays, l'élite locale considère que les fonctions politiques sont le moyen le plus sûr et le plus rapide de devenir riche. Les enjeux montent pour le contrôle du gouvernement, et l'acquisition du pouvoir politique « à tout prix » devient presque une obsession. Une victoire politique signifie que le « gagnant empoche tout », du respect et du prestige jusqu'au patronage, du contrôle des ressources naturelles et de l'immense richesse à l'impunité. Cette situation est pire lorsque l'État est le principal fournisseur d'emplois et que les partis politiques sont en grande partie soit régionaux, soit ethniques. Les États africains ont hérité d'un cadre de lois et d'institutions conçues pour exploiter les divisions locales et les vieilles animosités, non pour les surmonter. Les divisions idéologiques entre l'est et l'ouest pendant les années de guerre froide accordaient plus d'importance au maintien de l'ordre et de la stabilité entre États alliés, ce qui contribuait à maintenir et à favoriser le pouvoir de régimes dictatoriaux dans le continent africain. Ces politiques sont restées et leurs effets désastreux se font toujours sentir par les citoyens qui cherchent à faire respecter les droits de la personne et la dignité humaine dans de nombreux pays.
Les évaluations actuelles des progrès en matière de démocratie en Afrique sont toujours dominées par l'unique indicateur des « élections multipartites », et souvent limitées à ce critère. On oublie souvent le processus d'inscription des électeurs, l'accès de tous les partis aux médias électroniques et imprimés, un cadre de réglementation du financement des partis, la surveillance de l'achat de votes, de l'intimidation, du chantage, de la fraude et d'autres irrégularités. Des processus électoraux déficients, conçus pour assurer la victoire des personnes au pouvoir, continuent d'être une source importante de tensions et de crises. La création d'institutions pour organiser des élections normales ne suffit pas. Chaque État doit offrir une garantie institutionnelle de la durabilité du consensus politique obtenu dans une société et éviter d'exacerber les différences ethniques et religieuses et de raviver de vieilles animosités. Dans un monde idéal, chaque État aurait des lois nationales qui interdisent les crimes flagrants, ainsi que des instruments judiciaires qui permettent la poursuite efficace de ceux qui les ont perpétrés. Il est clair que ce monde est loin de la réalité de nombreux pays d'Afrique. Au contraire, même lorsque des lois existent, leur application est rendue impossible par un manque de ressources humaines, notamment de personnel formé, par une infrastructure faible et des ressources financières rares, ainsi que par l'absence d'une volonté politique d'agir de la part du gouvernement au pouvoir.
La guerre qui fait rage dans la République démocratique du Congo (RDC) montre comment le conflit a pu être provoqué par le régime politique répressif de Laurent. D. Kabila, de même que par les États voisins et les intervenants nationaux et internationaux du secteur privé qui contribuent à alimenter cette guerre. Malgré leurs discours en faveur de l'accord de paix signé à Lusaka en juillet 1999, leurs gestes aident les belligérants à profiter de l'exploitation sans scrupules des ressources naturelles, à blanchir de l'argent et à entretenir un flot continu d'armes légères. Par omission et commission, ils ont systématiquement évité de respecter des normes reconnues internationalement en matière de droits de la personne et ont poursuivi leurs activités en toute impunité. La participation des organisations de la société civile à la recherche de solutions crédibles pour arriver à une paix durable est étouffée en RDC, comme dans beaucoup d'autres pays déchirés par la guerre. Ces organisations de la société civile sont perçues comme une menace par certains régimes autoritaires qui craignent la dénonciation internationale de leur dossier négatif en matière de droits de la personne. Les organisations non gouvernementales (ONG) qui surveillent les abus des droits de la personne perpétrés par leurs gouvernements et par des intervenants non étatiques sont considérées suspectes par certains gouvernements africains. Par exemple, on sait que de nombreux États ont adopté des lois pour contrôler les activités des ONG, dont les dirigeants se font harceler, intimider et menacer de mort, refuser des passeports ou d'autres documents de voyage et imposer de longues peines d'emprisonnement.
La vente et le trafic d'armes légères en Afrique est devenu le commerce le plus lucratif qui soit. Des mercenaires se déplacent en toute liberté dans tout le continent et d'importantes nouvelles cargaisons continuent d'arriver aussi de l'extérieur du continent. L'identification publique de marchands d'armes africains et internationaux et la dénonciation de leurs activités ont jusqu'à maintenant été difficiles. Seuls huit pays africains ont fourni des renseignements au Registre des armes classiques des Nations Unies. La levée du secret qui entoure le flot d'armes illicites en Afrique est une étape importante pour obliger ceux qui violent les droits de la personne à rendre des comptes. Les États membres des Nations Unies et du Conseil de sécurité devraient réagir avec plus de fermeté aux violations graves et systématiques des droits de la personne et à l'horrible cruauté que causent les conflits armés et les régimes autoritaires à d'innombrables civils innocents. Dans de nombreux cas, les considérations politiques et les préoccupations pragmatiques priment pendant que les États gardent le silence et continuent leur train-train quotidien. Dans d'autres cas, leur intervention se limite à quelques « démarches diplomatiques ». Parfois, l'Assemblée générale des Nations Unies ou la Commission des droits de l'homme fait des déclarations officielles pour condamner le peu d'importance accordée par un pays aux normes internationales fondamentales en matière de droits de la personne. La sélectivité triomphe pendant que les États réagissent à certaines situations qui présentent un intérêt géopolitique et une importance économique, alors qu'ils ne font rien pour les autres.
Il faut se rappeler que l'intervention des Nations Unies en Somalie a été la première à être arrêtée par le Conseil de sécurité avant la fin de la mission. L'incapacité des Nations Unies à restaurer la paix en Somalie a affaibli l'appui à une intervention internationale dans la médiation et la résolution de conflits dans le monde. Le souvenir de l'intervention de l'ONU en Somalie freine toujours la capacité de la communauté internationale à répondre de façon décisive à des crises dans de nombreuses régions du monde. L'une des conséquences directes de cette indécision et de ce manque de volonté politique a été l'échec des Nations Unies à intervenir de façon efficace pour empêcher le génocide au Rwanda en 1994. On peut espérer que l'expérience du Rwanda a enseigné à la communauté internationale qu'une approche timide et attentiste donne lieu à des mesures inopportunes, inadaptées et inappropriées. L'action humanitaire ne peut pas devenir un substitut d'action politique. On peut et on doit faire davantage, mais il faut d'abord mobiliser la volonté politique. Nos efforts conjoints en matière d'édification de la paix, de développement durable, de droits de la personne, de commerce, d'environnement, d'égalité sexuelle et de soutien à l'établissement d'institutions et de processus démocratiques doivent tenir compte des causes profondes des problèmes et des crises dans le continent africain.
Le développement démocratique s'enracine et progresse lorsqu'un cadre institutionnel pour la mise en ¦uvre de tous les droits de la personne est en place et que les capacités des organisations représentatives au sein de la société civile sont renforcées pour promouvoir et protéger les droits existants. L'une des conditions importantes pour le développement de la démocratie et du respect des droits de la personne dans un pays est par conséquent la vitalité de sa société civile.
L'institutionnalisation de normes et de pratiques de gouvernance démocratique permet la création de mécanismes efficaces pour faciliter les liens interactifs entre l'État et la société civile. Dans ces conditions, les citoyens ont non seulement accès à l'État, mais ils ont aussi les instruments nécessaires pour surveiller systématiquement les politiques de cet État et leur mise en ¦uvre. Renforcer la capacité des organisations de la société civile, des médias indépendants, des associations professionnelles de juges et d'avocats, des parlementaires et des partis politique afin qu'ils puissent participer au processus d'élaboration des politiques et influencer ses résultats constitue un défi de taille.
Pour construire et consolider l'architecture institutionnelle nécessaire à l'instauration d'une démocratie durable en Afrique, je propose dix conditions qui guideront l'action nationale, régionale et internationale. Premièrement, nous devons créer des espaces et des forums de dialogue où les intervenants de l'État et de la société civile qui croient en la non-violence, au respect des droits de la personne et à la primauté du droit peuvent discuter de problèmes concrets et proposer des solutions. Deuxièmement, nous devons renforcer la capacité nationale à mettre en ¦uvre des conventions sur les droits de la personne ratifiées par les États. Troisièmement, nous devons utiliser efficacement les commissions nationales des droits de la personne pour informer les citoyens de leurs droits et offrir des recours aux victimes. Quatrièmement, nous devons mettre en ¦uvre des programmes de formation pour sensibiliser le personnel judiciaire, la police et l'armée aux normes reconnues internationalement en matière de droits de la personne. Cinquièmement, nous devons veiller à ce que la Cour africaine, établie en vertu de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), devienne un mécanisme de justice efficace et impartial et que ses décisions contribuent à une plus grande responsabilité et à une culture de respect des droits de la personne dans le continent.
Sixièmement, nous devons inciter les gouvernements prêteurs et les institutions financières internationales à annuler immédiatement toute la dette des pays en transition vers la démocratie. Septièmement, nous devons préconiser une augmentation de l'aide bilatérale et multilatérale aux États qui ont fait preuve d'un engagement envers l'élimination de la pauvreté. Huitièmement, nous devons inciter le secteur privé à investir dans les pays d'Afrique d'une façon qui soit plus respectueuse des normes fondamentales en matière de travail et des codes d'éthique et de conduite en affaires. Neuvièmement, nous devons promouvoir une variété de contacts entre les peuples, de liens et de réseaux entre les ONG et les organisations de la société civile, au sein de l'Afrique et entre l'Afrique et d'autres continents. Dixièmement, nous devons veiller à ce que les Nations Unies s'engagent de façon plus efficace en Afrique en favorisant davantage le multilatéralisme.
Concrètement, l'aide multilatérale devrait être dirigée prioritairement vers les États africains qui entament un dialogue avec les organisations de leur société civile respective pour aborder les problèmes complexes d'édification d'une constitution ; pour rendre les lois nationales conformes aux normes internationales en matière de droits de la personne et promouvoir la ratification du Statut de Rome pour la création d'une Cour pénale internationale ; pour concrétiser leurs engagements internationaux, créer des institutions nationales des droits de la personne et promouvoir l'éducation et la formation en droits de la personne ; pour utiliser les mesures et les sanctions diplomatiques qui s'appliquent contre des États responsables de violations flagrantes des droits de la personne ; pour entreprendre des missions d'enquête, envoyer des médiateurs et déployer des forces de maintien de la paix avec des mandats clairs et le matériel nécessaire pour contrôler la situation ; et, enfin, pour inviter tous les États à fournir des renseignements au Registre des armes classiques de l'ONU afin que le trafic d'armes illicite en Afrique fasse l'objet d'une intense observation internationale.
Les Canadiennes et Canadiens ont montré à de nombreuses reprises que la situation de l'Afrique les préoccupe. Le sort de civils innocents, victimes de la guerre et de la pauvreté et marginalisés par les forces de la mondialisation, leur tient à c¦ur. Les peuples africains doivent trouver leurs propres solutions. Les droits de la personne et la démocratie sont des idées universelles qui sont nourries et qui s'épanouissent au sein de chaque pays et de chaque continent. Mais surtout, elles doivent prendre racine dans le c¦ur et dans l'esprit des citoyens et des leaders politiques. En travaillant en collaboration avec des Africains qui se consacrent à la tâche de protéger les droits de la personne, nous devons continuer de partager notre savoir-faire et nos connaissances et de soutenir leurs efforts, tant politiquement que financièrement. L'histoire a montré que les modèles imposés de l'extérieur ne sont pas viables à long terme. Les organisations de la société civile et les États africains exigent le droit de concevoir leurs propres modèles. Par conséquent, sans imposer notre système de démocratie parlementaire et notre Charte canadienne des droits et libertés, notre action doit continuer d'être guidée d'abord et avant tout par le respect des principes de l'universalité et de l'indivisibilité des droits de la personne énoncés dans la Charte internationale des droits de l'homme. Nos riches traditions démocratiques, notre multiculturalisme, nos valeurs de tolérance, de dialogue, de médiation et de maintien et d'édification de la paix doivent nous pousser sans cesse à jouer un rôle actif à titre de membres du Commonwealth, de la Francophonie, du Conseil de sécurité et du système onusien. Les défenseurs de la paix, des droits de la personne et de la démocratie en Afrique accueilleront notre appui en toute amitié et solidarité.
* Iris Almeida est directrice des programmes chez Droits et Démocratie (anciennement le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique) établi à Montréal. Créé en 1988 par une loi du Parlement canadien, Droits et Démocratie est une institution indépendante dont le mandat consiste à promouvoir la Charte internationale des droits de l'homme des Nations Unies. De concert avec les organismes de la société civile et les gouvernements du Canada et du monde entier, Droits et Démocratie favorise la protection et la promotion des droits de la personne et facilite la mise en place d'institutions démocratiques. Droits et Démocratie assure une aide technique, politique et financière aux organismes de la société civile relativement à la défense des droits, au renforcement des capacités et aux programmes d'éducation publique axés sur le développement démocratique et la justice, les droits des femmes, les droits des peuples autochtones et les répercussions de la mondialisation sur les droits de la personne. Madame Almeida a antérieurement occupé les fonctions suivantes : chef des Programmes, Partenariat Afrique Canada à Ottawa; secrétaire adjointe, Coopération internationale pour le développement et la solidarité à Bruxelles; et présidente du Mouvement international des étudiants d'universités, à Paris. Sociologue de formation, elle se spécialise dans l'établissement de liens entre le développement durable, les droits de la personne et le renforcement de la démocratie. Au cours des 17 dernières années, elle a travaillé en étroite collaboration avec des organismes non gouvernementaux nationaux, régionaux et internationaux de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique.
Courriel : ialmeida@ichrdd.ca
Tél . : (514) 283-6073
Téléc. : (514) 283-3792
Le 17 mai 1997, j'étais l'invité principal de l'émission spéciale la Voix de l'Amérique sur la chute du régime de Mobutu. J'étais très fier de prononcer une espèce de raison funèbre d'un régime que j'ai passé la moitié de ma vie à combattre. L'événement était d'autant plus intéressant qu'on était reçu en FM à Kinshasa par plus de 4 millions d'auditeurs auxquels il faut ajouter des dizaines d'autres millions d'africains qui écoutent régulièrement la Voix de l'Amérique.
Mon coeur était pourtant pas à la fête: je redoutais qu'une dictature n'en replaçât une autre. Quelques jours après, la population zaïroise faisait le même constat de voir sa lutte pour la démocratie confisquée par un groupe d'opportunistes menés par les anciens mercenaires tutsis de Mobutu et leurs armées étrangères.
Deux jours après l'arrivée de Kabila à Kinshasa en pleine nuit, son régime était dénoncé par tout le monde, y compris monsieur Tshisekedi qu'il lui avait pourtant facilité la tâche et qui qualifiait désormais le régime de dictature appuyée par des armées étrangères. Des manifestations de rue suivirent. Jamais un régime n'avait eu très peu de temps de grâce. En voyant les soldats tutsis qui ne parlaient souvent aucune langue du pays et qui s'exprimaient surtout en anglais, les habitants de Kinshasa comprirent ce que leurs concitoyens de l'est du pays connaissaient déjà: une fausse libération et l'occupation de leur pays par une force étrangère. La désobéissance civile s'installa dans tout le pays: tout le monde refusait de travailler, d'autant plus que les nouvelles autorités étaient incapable de payer les fonctionnaires l'argent récolté en vendait en rabais les mines du pays ayant été envoyé comme butin de guerre en Ouganda et au Rwanda. En plus, le régime a pris soin d'interdire les partis politiques et les journaux indépendants, les acquis pour lesquels le peuple avait payé très cher pendant la dictature de Mobutu. Pour se maintenir au pouvoir, Kabila comprit qu'il devait se séparer de ses maîtres tutsis.
En août 1998, quand Kabila avait demandé à ses maîtres tutsis de retourner chez eux en Ouganda et au Rwanda, il fut félicité par tout le peuple qui se voyait libérer ainsi d'une tutelle étrangère de plus en plus pesante.
Mécontents, les Tutsis montèrent une opération aéroportée pour tenter de renverser Kabila à partir de l'ouest du pays. Pour bien préparer leur forfait, il avait réussi à convaincre le Président Dos Santos de l'Angola qu'il s'agissait d'un problème interne entre nationaux. Kabila finit par persuader le Président Mugabe du Zimbabwe d'intervenir en soulignant la connivence entre les Tutsis et des groupes racistes blancs sud-africains et américains pour déstabiliser le monde bantou et toute l'Afrique. C'est Mugabe qui fit changer d'avis à M. Dos Santos dont l'armée réussit à mettre un terme en quelques heures à l'aventure meurtrière des illuminés tutsis.
Après la défaite de Kinshasa, les Tutsis se replièrent sur l'est du pays dont le Kivu, la province la plus peuplée du pays qu'ils revendiquent au nom d'un mythique royaume tutsi précolonial alors que l'on sait qu'à la fin du 19e siècle, le roi tutsi du Rwanda fut tué par les Bashi du Kivu mettant ainsi fin à ses visées impérialistes.
Il est tout à fait impensable aujourd'hui que les ethnies du Kivu, qui ont toujours résisté aux folies guerrières des roitelets tutsis, soient incapables de chasser les envahisseurs de leur territoire alors qu'elles appartiennnent à un pays plus important que les petites entités précoloniales. La résistance des Mayi-Mayi à l'occupation tutsie, même avec les moyens de bord, est une preuve que les populations de l'est du Congo-Zaïre sont prêtes à mourir pour défendre leur dignité, leur pays. Le problème vient du gouvernement de M. Kabila qui refuse de leur donner les moyens nécessaires.
Nous savons de sources militaires dignes de foi qu'il y a une année, M. Kabila avait envoyé des militaires, commandés par quelques officiers originaires de l'est du pays, comptant parmi les meilleurs de l'armée, combattre les troupes d'occupation. Les soldats n'ont eu aucun problème à pénétrer en territoires occupés et avoir la collaboration des populations locales, et étaient prêts à gagner la guerre en quelques mois. Malheureusement, jamais ils n'ont reçu le matériel qu'ils attendaient de Kinshasa. Si l'on se rappelle que M. Kabila n'a nommé personne originaire des territoires occupés à des postes clés au gouvernement, ce qui portant aurait eu pour effet de rassurer les populations concernées sur l'appui du gouvernement à leur cause, on se demande si Kabila n'a pas le même raisonnement que Mobutu de s'imaginer que si les ressortissants de l'est du pays gagnaient la guerre, ils se retourneraient contre son pouvoir. On sait pourtant que si le pays existe encore aujourd'hui, c'est puisque les populations de l'est ont refusé de collaborer avec les envahisseurs. Le manque de réaction forte de Kabila aux massacres de Kisangani est aussi très étonnant. Ce qui a poussé le magazine Jeune Afrique a affirmé que Kabila a conclu une entente avec M. Kagamé du Rwanda lui laissant les mains libres à l'est du pays à condition de combattre les Ougandais qui occupent la province de l'Équateur et qui seraient tentés de descendre vers Kinshasa. Pendant que Kabila laisse son cousin Kakudji, ministre de l'Intérieur, faire la pluie et le bon temps à Kinshasa en faisant arrêter qui il veut, même des ministres, les Tutsis soumettent plus de la moitié du pays à un régime qui ressemble à la période négrière.
Dès le début, les envahisseurs ont tenu à détruire tout ce que les populations considéraient comme sacré. Ils ont commencé par s'attaquer à l'Église catholique dont se réclame la majorité de la population, les chefs coutumiers et ont réservé un traitement inconnu dans la région à des femmes.
En octobre 1996, les armées tutsies ont assassiné Mgr Munzihirwa, ancien supérieur des Jésuites pour l'Afrique centrale, archevêque de Bukavu, opposant farouche au régime de Mobutu et qui dénonçait les visées hégémoniques des Tutsis sur la province du Kivu. Son successeur, Mgr Kataliko est aujourd'hui relégué dans son village natal de Butembo alors que plusieurs prêtres, religieux et religieuses, ainsi que des pasteurs protestants ont été tués. Les envahisseurs se sont aussi attaqués aux chefs coutumiers très respectés par les populations locales. Plusieurs sont morts et d'autres combattent aujourd'hui dans la clandestinité les occupants de leur territoire.
Des villages entiers ont été rasés sous prétexte que leurs habitants soutenaient les résistants Mayi-Mayi. Dans le village de Kasika, des femmes enceintes ont été éventrées pour sortir des bébés et les autres ont été enterrées vivantes après leur avoir pimenté et salé les parties intimes. Jamais dans la région on ne s'était pris autant aux femmes en période de guerre. Selon des ONG américains et des spécialistes de la région, cette folie meurtrière a déjà fait plus de deux millions de morts. Que faut-il encore pour que la communauté internationale s'intéresse au malheur de ces innocentes populations?
L'accord de Lusaka pour mettre fin à la guerre au Congo-Zaïre est très imparfait sur le plan technique. Mais, il est la seule solution possible aujourd'hui pour servir de base à un mécanisme plus important et plus élaboré comme nous l'avions déjà souligné dans Jeune Afrique en décembre 1998 à savoir l'envoi d'une force internationale d'au moins 30,000 soldats pour superviser le retrait des troupes étrangères, sécuriser la frontière Est, aider à l'organisation des élections et à la formation d'une armée nationale forte et intégrant toutes les forces du pays, une condition nécessaire pour la normalisation politique du pays et pour permettre la relance de l'économie.
Le président Clinton, qui veut passer à l'histoire comme ami de l'Afrique, qui visite le Nigeria où il sera question de maintenir la paix en Sierra Léonne par l'armée du Nigeria dont l'ancien président, le général Aboubacar, vient d'être nommé médiateur des Nations Unies pour le Congo, avant d'assister à la signature de l'accord de paix pour le Burundi à Arusha à l'invitation de Mandela, devrait comprendre que seul un Congo-Zaïre pacifié et réorganisé pourra promouvoir et même imposer la vraie paix dans la région des Grands Lacs africains. Pour y arriver, le président Clinton doit imposer la paix au Congo-Zaïre comme il l'a fait pour la Bosnie, d'autant plus que comme je l'avais souligné dans un article publié dans la Presse du 17 mai 2000, les troupes mono-ethniques tutsies du Burundi, de l'Ouganda et du Rwanda sont soutenues par des groupes racistes américains et sud-africains, ainsi que par quelques entreprises minières nostalgiques de l'ère de l'esclavage et de la colonisation et qui ont quelques alliés dans le gouvernement américain. Si M. Clinton n'agit pas maintenant, au lieu de passer comme il le veut à l'histoire comme un ami de l'Afrique, il passera comme complice du plus grand génocide qu'il y a sur le continent après la Traite négrière.
Il est grand temps que les militants des droits de la personne et des droits linguistiques au Québec s'intéressent au calvaire de plus de 20 millions de francophones à l'est et au nord du Congo-Zaïre où leur situation est pire que celle qu'on a connue au Kosovo ou au Timor oriental, et d'autant plus que pacifié et démocratisé, le Congo-Zaïre devrait constituer un grand marché et redonner force à la Francophonie internationale.
Dans une entrevue qu'il a accordée au Magazine Transatlantique, publiée dans son numéro spécial sur la Francophonie canadienne distribué au Sommet de la Francophonie de Moncton, le premier-ministre Jean Chrétien a soutenu que le Canada a comme priorité le développement de la démocratie et de l'économie de ses partenaires de la Francophonie. La situation actuelle du Congo-Zaïre, deuxième pays francophone du monde, exige donc du Canada qui est aussi membre du conseil de sécurité, d'appuyer toutes les mesures susceptibles de mettre fin au calvaire des millions de francophones et de leur permettre de créer des conditions du développement économique et de la démocratie. Avec la France, les États-Unis, l'Algérie, le Maroc et les pays africains membres du Commonwealth comme le Nigeria et l'Afrique du Sud qui cherchent une issue à la guerre au Congo-Zaïre, le Canada peut arriver à proposer une solution qui peut enrichir les accords de Lusaka et de mettre ainsi fin à la tragédie du Congo-Zaïre.

Contrairement à ce qu'on peut penser, le régime de Mobutu a connu quelques cadres intellectuels de haut calibre qui n'avaient pour objectif que de servir leur pays. Malheureusement, plusieurs se sont trouvés entraînés dans un monde politique dont ils ne contrôlaient pas le jeu. Ce fut le cas de M. Buhendwa bwa Mushaba qui vient de mourir et qui toute sa vie n'a voulu être que banquier.
Né le 4 octobre 1942 à Lulonge à 40 kilomètres de Bukavu dans la province du Kivu à l'Est du Congo-Zaïre, M. Joseph Buhendwa bwa Mushaba, fit ses études secondaires au petit séminaire de Mugeri puis au Collège Saint-Paul de Bukavu, créé en 1948 par les pères Barnabites pour permettre aux Noirs de faire des études secondaires complètes à l'époque où le collège Notre-Dame de La victoire des pères jésuites, le meilleur du pays, n'était ouvert qu'aux enfants de colons blancs. En 1963, M. Buhendwa s'inscrivit en sciences économiques à l'université Lovanium de Kinshasa après avoir refusé une bourse d'études pour l'Europe.
Brillant étudiant, il fut directement, après une licence en sciences économiques en 1968, embauché par la Banque du Congo, l'institution d'émission monétaire. En 1970, il fit un stage au Fonds monétaire international pour se spécialiser en réglementation de change et des accords internationaux. Une année plus tard, la Banque créa un département de change dont la direction lui fut confiée. M. Buhendwa développa son département et beaucoup d'autres par la suite. En 1978, quand le Fonds monétaire international envoya l'ancien directeur de la Banque d'Allemagne, M. Bulumenthal s'occupait de la restructuration de la Banque du Zaïre, ce dernier fit de M. Buhendwa son adjoint. En 1979, M. Buhendwa, avec l'appui du Fonds monétaire, organisa la démonétisation de grosses coupures des billets de Banque pour éviter la thésaurisation et diminuer la masse monétaire toute en prenant des mécanismes pour relancer l'économie. Mobutu accepta malgré lui les mesures proposées. M. Buhendwa dut résister à des tentatives de corruption de la part de certains dignitaires du régime qui n'avaient pas été mis dans le coup. L'opération qui avait bien commencée grâce à l'effet de surprise finit par ne pas atteindre son objectif à cause du sabotage de certains barons du régime. Remarqué par le président Mobutu durant cette délicate opération, M. Buhendwa fut nommé quelques années plus tard, malgré lui, secrétaire d'État aux finances, puis ministre.
En 1991, lors d'un voyage à Bruxelles, il nous fit comprendre que son passage en politique était une parenthèse dans sa vie. Une fois retourné à la banque, M. Buhendwa y créa un département chargé de la commercialisation des matières précieuses dont l'or et le diamant qui fut un grand succès. Quelques années plus tard, il se retrouva vice-gouverneur puis gouverneur ce qu'il considéra comme un couronnement d'une carrière de plus de 25 ans.
Pour diminuer la masse monétaire, M. Buhendwa créa en 1993 le Nouveau-Zaïre. Cette nouvelle démonétisation fut encore sabotée par des barons du régime et dont certains se lancèrent même dans la contre-façon. M. Buhendwa s'y opposa et perdit son poste, d'autant plus que la situation politique du pays embarqué dans une transition interminable vers la démocratie était très explosive à cause de l'incompétence et de l'inconscience de la classe politique. En 1996, M. Buhendwa a publié un livre sur son expérience à la Banque du Zaïre, intitulé: « La Banque centrale et l'économie zaïroise. » Nous en tirons l'extrait suivant: « Des solutions multiples ont été tentées sous forme des décisions à caractère essentiellement monétaire ou fiscal. Mais il apparaît clairement que le retour de la confiance aux mécanismes économiques classiques ne sera possible que pour autant que le "technique" dont les éléments de maîtrise sont disponibles au Zaïre puisse s'harmoniser avec une "bonne gouvernance" impliquant la volonté politique et l'adhésion populaire. Il faut que les réponses aux questions monétaires soient précédées des conditions élémentaires de relance de l'offre des biens et des services ».
Le 17 mai 1997, lors de la chute du régime de Mobutu, il refusa de quitter le pays. Il fut emprisonné pendant une année. Il était ainsi le seul haut responsable originaire du Kivu, une province convoitée par les Tutsis du Rwanda à tomber dans les geôles des amis de Kabila d'alors.
Mort officiellement d'hypertension artérielle, M. Buhendwa a probablement succombé à des séquelles des sévices de son emprisonnement, d'autant plus que les Tutsis sont réputés utiliser des poisons à effets lents. C'est donc un illustre disparu qui s'ajoute à des millions d'autres de l'Est du Congo-Zaïre, victimes de la folie expansionniste tutsie.
A. Bolamba
Le 5 août a été organisée une conférence sur la paix dans la région des Grands Lacs africains à l'Université du Québec à Montréal. Initiée par le Conseil pour la paix dans les Grands Lacs africains et par le Forum Baraza La Kivu, la conférence a connu un très haut taux de participation du public. On trouvait des Hutus et des Tutsis du Burundi et du Rwanda, des Zaïro-Congolais et des Québécois qui s'intéressent à l'épineuse question des Grands Lacs africains. Le conférencier d'honneur était M. René Lemarchand.
Professeur émérite M. René Lemarchand, américain d'origine française qui enseigna cette année à l'université anglophone Concordia de Montréal est le spécialiste mondial du génocide burundais de 1972 qui avait fait plus de 300 000 morts parmi les Hutus du pays. Il a été perpétré par l'armée tutsie avec l'appui de l'armée de Mobutu qui prétendait rétablir le calme au Burundi. M. Lemarchand est parmi les rares Occidentaux qui ont écrit sur ce génocide presque oublié et qu'il considère comme le premier génocide de la région. Pressé de questions par les Tutsis de l'assistance à propos du renversement de la monarchie tutsie du Rwanda en 1959, M. Lemarchand a soutenu qu'il s'agit d'une révolution sociale et non de génocide même si plusieurs Tutsis y avaient perdu la vie. Ce qui prouve que M. Lemarchand est un intellectuel lucide qui ne cède pas à la propagande. M. Lemarchand a aussi longuement évoqué la sincère amitié qui l'unissait à M. Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement et premier président hutu du Burundi qui fut assassiné en octobre 1993 par sesmilitaires tutsis alors qu'il avait pris toutes les dispositions pour un partage équitable de pouvoir entre les Hutus et les Tutsis au Burundi. M. Lemarchand a soutenu que les troubles nés après l'assassinat du Président Ndadaye étaient prévisibles et proportionnels à sa grande popularité. C'est dans ces troubles que l'actuelle guerre civile au Burundi plonge ses racines.

Lucide, M. Lemarchand avait douté de l'efficacité des accords de paix d'Arusha entre Burundais. Menés par M. Mandela, ancien président de l'Afrique du Sud, et à la signature desquels il avait convié le président américain Bill Clinton.
M. Lemarchand est d'avis que le Burundi doit être partie aux accords de Lusaka signés entre, d'un côté, M. Kabila du Congo-Zaïre et ses alliés de l'Angola, de la Namibie et du Zimbabwe, et de l'autre côté, l'Ouganda et le Rwanda qui avec le Burundi occupent l'Est du pays.
Donc comme le pensent plusieurs spécialistes sans résolution de la guerre au Congo-Zaïre, il est impossible de créer une paix durable dans l'un des pays de la région des Grands-Lacs africains.
A. Bolamba


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M. Pierre Elliott Trudeau, Premier-ministre du Canada pendant 16 ans depuis 1968, vient de mourir à l'âge 80 ans à Montréal. De père francophone et de mère anglophone, monsieur Trudeau désigné, par plusieurs sondages, comme l'homme politique canadien le plus important du 20e siècle, a marqué son pays, notamment en imposant le bilinguisme officiel qui a permis aux Francophones du pays de prendre leur place dans l'administration fédérale. Monsieur Trudeau a aussi rapatrié la Constitution canadienne de Londres et y a enchâssé la Charte canadienne des Droits et libertés qui a totalement transformé le système judiciaire du pays. On doit aussi à Monsieur Trudeau plusieurs actions au niveau international spécialement la croissance de l'aide canadienne envers les pays de l'Afrique francophone.
Nous profitons de cette annonce nécrologique pour souligner aussi la disparition de madame Lucienne Patassé, épouse du Président de la République Centrafricaine qui avait déjà eu droit à un article de notre magazine en 1998 et présentons nos condoléances à ses filles Adéline et Valentina qui poursuivent leurs études universitaires à Montréal.
Il y a plus d'un an, quand le roi Mohammed VI a succédé à son père le roi Hassan II, d'aucuns président qu'il avait très peu d'expérience des affaires de l'État.
En quelques mois, il a surpris tout le monde en posant des actes qui ont totalement changé le visage du Maroc en matière de lutte contre la pauvreté et des droits humains au point que bientôt les écoles marocaines vont dispenser un cours sur les droits humains.
Le roi Mohammed VI honore ainsi la jeunesse africaine qu'on croît souvent dépourvue d'idées.
Estimée à plus de 40,000 personnes musulmanes ou juives, la diaspora marocaine du Canada est très active sur le plan politique et économique.
Mme Fatima Houda-Pépin est la première femme musulmane élue députée au Canada en 1995. Elle est actuellement députée de Lapinière à l'Assemblée nationale du Québec où elle est critique de l'Opposition officielle pour les questions de Francophonie et de l'Autoroute de l'information, un domaine où le Québec a beaucoup à apporter au Maroc et à la Francophonie internationale.
Une autre marocaine d'origine, Mme Afifa Maaninou, est conseillère scolaire à la Commission scolaire de Montréal et présidente du Conseil scolaire de l'Île de Montréal.
Plusieurs entrepreneurs d'origine marocaine ont fait leur marque au Canada pendant que d'autres de leurs congénères ont percé dans la fonction publique fédérale ou provinciale, dans l'enseignement et dans les professions libérales.
La diaspora marocaine et le millier d'étudiants marocains inscrits chaque année dans des universités du Canada renforcent les relations entre les deux pays.
En 1989, le Maroc a réussi à organiser en très peu de temps les premiers jeux de la Francophonie. Son exploit est d'autant plus louable que la France a eu beaucoup de peine à réaliser les deuxièmes jeux de la Francophonie et dont l'organisation en 1994 restait beaucoup à désirer. Le Maroc dispose de bonnes infrastructure sportives qui comme il le souhaite lui permettront un jour d'être l'hôte des Jeux olympiques ou de la Coupe du monde de Football.
Le Maroc a donné asile aux familles de certains anciens présidents d'Afrique francophone. C'est le cas de la famille de Mobutu de l'ex-Zaïre et de celle de Sékou Touré de la Guinée.
Après sa défaite électorale, l'ancien président sénégalais, Abdou Diouf, avait pris quelques semaines de vacances au Maroc, où vit aussi son compatriote M'Bow, ancien directeur général de l'UNESCO.

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