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I- Éditorial: Il faut passer à des actes concrets
a) M. Jean Chrétien, Premier ministre:
«Au sein de la Francophonie, nous accordons la priorité au développement économique et politique de nos partenaires»
b) Les francophones occupent des postes-clés au Sommet de l'État canadien
c) Le Bilinguisme au Nouveau-Brunswick: mythe ou réalité?
3. Développement international
b) Centre international des Droits de la personne
a) La Révolution tranquille québécoise
b) Jean Coutu: «Nous devons renforcer nos relations avec l'Afrique francophone»
a) M. Clément Patenaude, Président de Reso Innovac
8. Multimédia et nouvelles technologies
a) Le carrefour des technologies, de l'information et du multimédia
a) La Commission de la capitale nationale et la région de Hull-Ottawa
a) Coopération entre le Canada et la France en matière de recherches et de technologies forestières
a) Conseil de recherches médicales du Canada:
«La position du Canada dans l'espace francophone en matière de recherches en santé»
a) Le Canada honoré à la conférence de Beijing
III- DANS LE MONDE FRANCOPHONE
1. L'Est du Congo-Zaïre: Pire que le Kosovo
a) Testament de Mgr. Christophe Munzihirwa
b) De l'apartheid blanc à l'apartheid noir
V- Index de publicité et messages
a) CCN
c) Conseil du trésor

Douze ans après le deuxième Sommet des chefs d'État et de gouvernement ayant le français en partage à Québec en 1987, le Canada reçoit cette fois-ci à Moncton au Nouveau-Brunswick un autre Sommet de la Francophonie. C'est une occasion idéale de montrer le dynamisme et la diversité de la Francophonie canadienne qui peut servir de modèle aux pays membres d'autant plus que, pour la sixième fois consécutive, les Nations unies viennent de classer le Canada comme premier pays au monde pour sa qualité de la vie.
Notre magazine, créé dans la foulée du Sommet de Québec, veut exposer les différents aspects de la Francophonie canadienne dans plusieurs domaines pour permettre à d'autres pays de s'en inspirer. Nous reproduirons certains articles parus dans nos différentes éditions au cours de neuf années d'existence.
Nous aborderons tout d'abord la politique canadienne qui a permis aux francophones qui ne forment que le quart de la population du pays de fournir la plupart des Premiers ministres du pays depuis les 30 dernières années et d'autres personnes à des postes clés de l'État canadien. C'est un modèle pour plusieurs pays francophones menacés par des guerres civiles ou soumis à un nationalisme niant tout particularisme régional.
Dans l'entrevue qu'il nous a accordée que vous aurez l'occasion de lire dans ce numéro, le Premier ministre Jean Chrétien affirme que le Canada accorde au sein de la Francophonie la priorité au développement économique et politique de ses partenaires. Il serait normal qu'au cours du Sommet ces voeux du Premier ministre puissent se transformer en actes concrets.
Nous sommes prêts à créer avec un partenaire d'Afrique francophone une publication mensuelle qui permettra aux Africains et surtout les jeunes et les dirigeants et les entrepreneurs d'être régulièrement informés des réalités canadiennes qui peuvent leur servir de modèle pour leur propre développement et de la Francophonie internationale ainsi que des initiatives du Canada dans le même domaine. Nos fréquents séjours en Afrique nous confirment que le besoin d'une telle publication existe. On peut aussi produire des émissions sur le Canada à la radio Africa n° 1 captée par des millions d'auditeurs.
Au Forum francophone des affaires tenu à Bathurst en juin dernier, Mme Foning, femme d'affaires du Cameroun avait exprimé le souhait de voir le Canada s'ouvrir aux produits africains et d'autres pays francophones du Sud. Il serait intéressant de créer au Canada un centre d'information sur les produits des pays francophones et sur la possibilité de les commercialiser, ainsi qu'une caisse populaire afro-canadienne pour faciliter les échanges entre les deux rives de l'Atlantique. Le gouvernement canadien devrait davantage aussi contribuer à la promotion des pays francophones auprès du public canadien qu'on peut compléter par des monographies à brancher sur le réseau Internet.
Au Sommet de Hanoi, la Francophonie a pris un virage politique. Le problème politique le plus important qui secoue actuellement la Francophonie est la situation au Congo-Zaïre, deuxième pays francophone du monde, surtout dans sa partie est où elle est pire qu'elle n'était au Kosovo avant les bombardements de l'Otan sur la Yougoslavie. Invité principal à la Voix de l'Amérique pour commenter la chute du régime de Mobutu le 17 mai 1997, j'avais déjà prédit cette tragédie.
Le père d'un ami a été récemment abattu par des membres des armées Tutsies du Burundi, de l'Ouganda et du Rwanda qui se sont fait même la guerre dernièrement à Kisangani en se disputant le butin d'un pays conquis dont elles considèrent les habitants comme de vrais esclaves d'autant plus que les Tutsis se cherchent une origine extra africaine, ont comme alliés des extrémistes blancs sud-africains et américains et avaient travaillé comme mercenaires pour le dictateur Mobutu.
La Zambie et l'Afrique du Sud, au nom de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), ont mis au point un plan qui veut mettre fin à cette tragédie dont les grandes lignes se trouvaient déjà dans un article que nous avons publié dans Jeune Afrique en décembre passé.
Il importe que la Francophonie, et spécialement le Canada, la Belgique et la France, apporte son soutien logistique à la réalisation de ce plan de paix qui doit déboucher sur le retrait des forces étrangères, sur le déploiement des forces de la paix et sur l'organisation des élections démocratiques, le seul vrai remède aux aventures guerrières.
Il serait intéressant que le Canada, membre actuel du Conseil de sécurité de l'ONU et allié proche des États-Unis, puisse convaincre le gouvernement américain de ne plus écouter des groupes racistes et des affairistes qui soutiennent la guerre au Congo-Zaïre.
Ainsi, en novembre prochain, le Premier ministre Jean Chrétien pourra annoncer au Président Thabo Mbeki et au membre du Commonwealth réunis en Afrique du sud, la plus grande réussite politique de la Francophonie, d'autant plus que le Canada a contribué fortement à la chute de l'apartheid et peut compter sur M. Obasanjo, le nouveau président du Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique qui veut faire du français sa deuxième langue officielle après l'anglais, et aussi, sur un dynamique président de l'OUA, M. Bouteflika, Président de l'Algérie, dont la Francophonie peut se rapprocher grâce au dossier du Congo-Zaïre.
Le Magazine Transatlantique et le Centre d'information sur le développement et le monde francophone (CIDMF) Sony Labou Tansi font la promotion du Canada dans la Francophonie internationale et celle de la Francophonie internationale au Canada par la production des éditions spéciales du Magazine Transatlantique, des livres, des vidéocassettes, des disques et CD-Roms et des monographies à brancher sur le site Internet, la création de sites web et par l'organisation de campagnes médiatiques et des relations publiques.
Internet: http://homepages.infoseek.com/~sfte/transatlantique.html
Courriel: sftexte@videotron.ca

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M.T.: |
Pouvez-vous expliquer ce qui fait que, depuis 30 ans, la plupart des Premiers ministres du Canada ont été des francophones? |
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J.C.:
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Ces personnes sont devenues premiers ministres parce qu'elles ont obtenu l'appui du plus grand nombre de Canadiens, et non parce qu'elles étaient francophones. Il s'agit de personnes qui avaient une vision du pays, autour de laquelle elles ont réussi, grâce à leur leadership, à rassembler une majorité de leurs concitoyens. Wilfrid Laurier est un bon exemple de cela. Laurier est devenu premier ministre à la fin du siècle dernier non pas parce qu'il était Canadien français, mais bien parce qu'il a vu tout le potentiel de ce pays et qu'il a su traduire les valeurs et les aspirations de ses concitoyens en une vision cohérente de l'avenir du Canada. |
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M.T.: |
Que pensez-vous de l'avenir de la Francophonie? |
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J.C.:
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Je suis très optimiste quant à l'avenir de la Francophonie, et ce, tant au Canada qu'à l'échelle internationale. Nous l'avons vu récemment lors du Congrès mondial acadien en Louisiane: la lutte pour l'épanouissement de la langue française se poursuit, même aux États-Unis. Et le résultat est clair: le français fait des progrès indéniables. Au Canada, les communautés francophones continuent de se développer sur tous les plans, économique, social, culturel et même politique. L'Organisation de la Francophonie continue elle aussi de se renforcer. À Hanoi, elle s'est dotée d'un nouveau mandat politique. Plusieurs pays, qui partagent notre amour de la langue française, demanderont cette année leur entrée dans l'organisation. La participation des jeunes au Sommet de Moncton, et l'intégration du thème de la jeunesse dans la programmation de la Francophonie, vise à assurer la relève en permettant aux jeunes de prendre la place qui leur revient dans le monde francophone. Ce sont là, autant de signes de la vitalité de la Francophonie. Le Canada a été encore proclamé par les Nations Unies meilleur pays du monde pour sa qualité de vie. Comment peut-il aider les autres pays de la Francophonie à améliorer leur qualité de vie? C'est évidemment une grande fierté pour tous les Canadiens que de voir notre pays ainsi reconnu par les Nations Unies, et ce, pour la sixième année consécutive. Mais nous savons que la qualité de vie dont nous jouissons ne saurait rester ce qu'elle est si nos partenaires ne continuent pas, eux aussi, de se développer. C'est pourquoi le Canada, au sein de la Francophonie notamment, accorde la priorité aux éléments qui favorisent le développement non pas seulement économique, mais aussi politique de ses partenaires. L'accès aux nouvelles technologies de l'information, l'intégration des économies des pays les moins développés au sein de l'économie internationale, et la promotion du développement démocratique et des droits de la personne sont autant d'axes d'intervention prioritaires pour le Canada au sein de la Francophonie. |
Canada découvert par Jacques Cartier en 1534. Après la défaite des Plaines d'Abraham, la France céda par le traité de Paris de 1763, ses possessions canadiennes à l'Angleterre qui respecta la culture et la religion catholique des Canadiens-français dont la majorité était concentrée au Bas-Canada, appelé aujourd'hui le Québec. En 1792, le système parlementaire britannique fit son apparition au Canada. Tirant des leçons de la guerre d'indépendance américaine, l'Angleterre décida d'octroyer l'indépendance au Canada en 1867, par une loi votée par le Parlement britannique, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, après quelques modifications, dont celles de 1982 permettant au parlement canadien de réviser lui-même la Constitution sans devoir se référer au Parlement britannique, est actuellement la Constitution du Canada. La Constitution canadienne a institué un état fédéral, dirigé par le parlementarisme britannique, au niveau fédéral ainsi qu'au niveau des provinces.
Le pouvoir central ou fédéral est dirigé par le premier ministre et par son gouvernement, issus de la majorité parlementaire. Si on ne tenait compte que de leur pourcentage (25 %) dans la population canadienne, les francophones n'auraient jamais eu la chance de voir un des leurs accéder au poste de premier ministre. Mais la culture canadienne a développé des mécanismes qui font que non seulement le premier ministre actuel du Canada est francophone, mais aussi les francophones sont très présents au sommet du pouvoir de l'État canadien.
Monsieur Jean Chrétien est le cinquième premier ministre originaire du Québec à diriger le Canada. Le premier fut sir Wilfrid Laurier dont le nom est porté par plusieurs boulevards et rues à travers tout le pays. Il fut élu en 1896 et dirigea le pays jusqu'en 1911. Il a fallu attendre 1948 pour voir un autre francophone à la tête du pays, Louis Saint-Laurent, qui resta au pouvoir jusqu'en 1957. Mais l'influence des francophones se fit réellement sentir sur le Canada que grâce à Pierre-Élliot Trudeau devenu premier ministre en 1968 et qui gouverna le pays pendant 16 ans.
De père canadien-français et de mère canadienne-anglaise, Pierre-Élliot Trudeau croyait en un Canada bilingue. Il essaya de transposer sa situation personnelle à tout le pays. Il fit promulguer la Loi sur les langues officielles qui essaya de rendre la fonction publique fédérale bilingue et reconnut l'apport de personnes de souche autre que française et anglaise, en faisant adopter la loi sur le multiculturalisme.

La Loi sur les langues officielles permet aux francophones d'avoir leur place au sein de la fonction publique fédérale et poussa les anglophones à apprendre le français. L'opération a tellement bien marché que les écoles d'immersion française en milieu anglophone sont souvent obligées de limiter le nombre d'élèves admissibles. Cette situation a fait écrire à un journaliste de L'Actualité: une revue publiée à Montréal, que le gouvernement canadien peut se vanter d'avoir fait avancer le français en Amérique du Nord. Le passage de Trudeau a fait en sorte qu'il est devenu presque impossible de devenir premier ministre canadien sans être capable de s'exprimer en français, comme c'était le cas auparavant.
Le quatrième premier ministre canadien venu du Québec fut Brian Mulroney, élu en 1984. Sa situation était particulière à deux niveaux: non seulement, il était le seul premier ministre issu du Parti conservateur à sortir du Québec, mais aussi, il était de souche irlandaise, mais ayant fait ses études universitaires en français à l'université Laval de Québec, où il a connu des amis qui allaient devenir influents dans son gouvernement. Monsieur Mulroney a beaucoup impliqué le Canada dans la Francophonie internationale, notamment au niveau des Sommets des Chefs d'État et de Gouvernements, dont il organisa un à Québec en octobre 1987. Ayant échoué dans sa tentative de doter le Québec d'un statut spécial, il démissionna en 1993 pour laisser la place à la première femme à diriger le Canada, Mme Kim Campbell, à qui monsieur Jean Chrétien, chef du Parti libéral, infligea la plus importante défaite électorale de l'histoire canadienne, qui ne laissa au Parti conservateur que deux députés.
Âgé de 65 ans, monsieur Jean Chrétien est certainement le premier ministre qui a eu le plus d'expérience des affaires de l'État, avant d'accéder à la plus haute des fonctions. Élu député pour la première fois en 1963, dans Saint-Maurice, son comté d'origine au Québec, il fit son entrée en 1967 au gouvernement du Premier Ministre Pearson, prix Nobel de la Paix en 1956, promoteur des forces de Paix des Nations-Unies, comme ministre d'État (ministre délégué) chargé des finances. Il fut le premier francophone à détenir un poste relié aux finances de l'État à une époque où d'aucuns continuaient à affirmer que les Canadiens français n'étaient pas très doués pour les chiffres. Sous le gouvernement Trudeau, il occupa presque tous les postes ministériels, au point qu'aujourd'hui, monsieur Chrétien sait tout du ministère des Finances, de l'industrie du commerce, de la Justice et des Affaires étrangères dont il fut titulaire pendant l'éphémère gouvernement de monsieur John Turner.
Pendant sa carrière ministérielle, monsieur Chrétien a fait adopter de nombreuses lois, et même la révision constitutionnelle qui intégra la Charte canadienne des droits et des libertés à la constitution en 1982. En 1985, monsieur Chrétien a publié son autobiographie en français et anglais, intitulée «Dans la fosse aux lions» qui fut un "best-seller".
Son frère, le Dr Michel Chrétien, est considéré comme un savant ayant plusieurs découvertes à son actif. Son neveu, monsieur Raymond Chrétien, actuel ambassadeur aux États-Unis, est l'un des meilleurs diplomates canadiens. Il a été sous-ministre et ambassadeur en Belgique et au Zaïre.
L'actuel groupe parlementaire de monsieur Chrétien est le plus diversifié de toute l'histoire canadienne. On y trouve des ministres d'origine juive et le secrétaire d'État pour l'Asie et le Pacifique, Monsieur Raymond Chan, d'origine chinoise, dont le rôle a été déterminant dans le succès de la tournée d'affaires du premier ministre en Asie. Il y a aussi trois femmes noires dont Herdi Fry, qui a battu l'ancienne première ministre Madame Campbell dans son comté de Vancouver, qui est actuellement secrétaire d'État à la Condition féminine et au multiculturalisme. On y trouve aussi des députés d'origine amérindienne, indienne, sikh, etc.
Monsieur Chrétien a aussi nommé monsieur Roméo Leblanc le Gouverneur général du Canada.
Ayant réussi à éviter une guerre d'indépendance au Canada, la Grande-Bretagne y a maintenu son système politique. Le Canada est une monarchie constitutionnelle dont le chef de l'État est la reine d'Angleterre. La reine ne pouvant pas être régulièrement au Canada pour y exercer sa tâche, elle est remplacée par le Gouverneur général du Canada.
Le Gouverneur général exerce donc toutes les prérogatives, souvent protocolaires, reconnues à un chef d'État dans une monarchie constitutionnelle. Il est théoriquement commandant en chef des forces armées, nommé à des hautes fonctions civiles et militaires, distribue des prix et des distinctions honorifiques. Jusqu'aux années '50, le Gouverneur général du Canada était d'origine britannique. Depuis que la tâche est exercée par des citoyens canadiens, la coutume veut qu'il y ait une alternance entre un gouverneur anglophone et un gouverneur francophone. Le premier francophone à occuper le poste fut le général Georges Vanier qui fut suivi par Jules Léger, diplomate de carrière, frère du Cardinal Paul-Émile Léger, ancien archevêque de Montréal, qui avait demissionné en 1967 pour aller s'occuper des lépreux au Cameroun.
En 1984, le gouvernement Trudeau nomma madame Jeanne Sauvé, première femme au poste de Gouverneur général. Ancienne journaliste devenue députée puis ministre et présidente de la Chambre des Communes, madame Sauvé fut très appréciée dans l'exercice de sa fonction, au point que le gouvernement de Brian Mulroney avait prolongé son mandat de quelques mois alors qu'elle était issue d'un parti opposé. Après son mandat, madame Sauvé a mis au point la Fondation Jeanne-Sauvé pour la Jeunesse dont elle s'occupa jusqu'à sa mort en 1993. La Fondation a pour objectif de favoriser le dialogue et le "leadership" entre les jeunes de différents pays. Madame Sauvé tenait aux jeunes d'autant plus qu'elle a commencé sa carrière publique comme dirigeante de la Jeunesse catholique du Canada, en quittant sa province natale, la Saskatchewan, pour s'installer à Montréal, où elle connut son mari, puis à Paris.
Monsieur Roméo Leblanc, qui veut se retirer à la fin de cette année,vient de l'Acadie, région francophone du Nouveau-Brunswick où les francophones forment le tiers de la population et la seule province à se proclamer officiellement bilingue au Canada. Il est très fier d'y accueillir les chefs d'État de la Francophonie pour le Sommet de Moncton. Ancien correspondant de Radio-Canada à Londres, puis à Washington, il a été attaché de presse du premier ministre Trudeau, avant de devenir député en 1972. Plusieurs fois ministre, il fut nommé au Sénat en 1984. Il en était devenu président en 1993. Le Sénat canadien est une deuxième chambre du parlement comparable à la chambre des Lords britanniques, excepté que tout le monde y est nommé par le gouvernement et qu'il n'y a pas de membres de droits ou héréditaires. Dans la nomenclature officielle canadienne, les noms du premier ministre, du Gouverneur général et du juge en chef de la Cour suprême sont précédés du titre "Très honorable".
La Cour suprême du Canada est la plus haute institution judiciaire dans tous les domaines au pays. Elle a le rôle de la Cour de cassation dans le système français et, en dernier recours, le rôle de la Cour constitutionnelle. Au Canada, il y a des cours municipales et des cours provinciales compétentes dans des domaines déterminés par la loi. Les juges de ces cours sont nommés par les gouvernements provinciaux parmi les avocats ayant au moins dix ans de pratique du droit. Les juges des autres cours dont les Cours supérieures, les Cours d'appel, dont on en trouve une par province, la Cour fédérale qui est le plus haut tribunal administratif du pays, sont nommés par le gouvernement fédéral. Tous les tribunaux canadiens disposent du pouvoir de contrôler la constitutionnalité des lois et la validité des actes administratifs. Les juges au Canada sont nommés jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans. Le juge en chef de la Cour suprême remplit aussi des tâches administratives dont celle de remplacer le Gouverneur général en cas d'absence ou de vacances. Monsieur Antonio Lamer, actuel juge en chef, est diplômé en droit de l'Université de Montréal. Il a surtout pratiqué le droit en matières criminelles avant d'accéder à la magistrature et de devenir en 1990 Juge en Chef de la Cour suprême du Canada. M. Lamer vient d'annoncer sa démission pour janvier de l'an 2000. Il a été salué comme un grand juge ayant modernisé l'administration de la justice et ayant rendu beaucoup de jugements en rapport avec la Charte canadienne des Droits et libertés adoptée en 1982 et qui a bouleversé le système juridique canadien.
D'autres francophones se trouvent à des postes-clés au niveau ministériel. C'est le cas de M. Paul Martin, ministre des finances.
L'année dernière, le Canada a présenté son premier excédent budgétaire des trente dernières années. Cet exploit est dû à son Ministre des finances, Paul Martin, en qui plusieurs voient un éventuel successeur du Premier ministre actuel.
Né en Ontario, d'un père ministre fédéral considéré comme le concepteur du système social et de santé canadien. Paul Martin a racheté à Montréal une entreprise de transport maritime à Power Corporation et a fait fortune avec. Avec une fortune personnelle estimée à plus de 30 millions de dollars, Paul Martin est considéré comme le ministre le plus riche du gouvernement canadien.

Le Conseil du trésor est le ministère qui s'occupe de la fonction publique fédérale et de la répartition du budget gouvernemental à différents ministères. La loi sur les langues officielles l'oblige à tenir compte des besoins des groupes linguistiques minoritaires, dont les francophones hors-Québec. Le titulaire du Conseil du trésor est aussi ministre des Infrastructures. Les infrastructures désignent des travaux publics que le gouvernement fédéral entreprend à coûts partagés avec les gouvernements provinciaux et les municipalités.
Députée de Westmount dans la région montréalaise, considérée comme la municipalité la plus riche du Canada, Mme Lucienne Robillard a d'abord fait carrière au niveau provincial où elle a occupé des postes importants comme le ministère de la Santé et de l'Éducation au sein du gouvernement du Québec de feu Robert Bourassa.
Au fédéral, Mme Robillard a d'abord été ministre du Travail, puis de l'Immigration et de la Citoyenneté.
D'autres ministres francophones occupent d'importants postes ministériels. C'est le cas de Stéphane Dion, ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, de M. Pierre Pettigrew, ministre du Commerce extérieur, Martin Cauchon, ministre du Revenu et ministre chargé du développement économique pour le Québec, de M. Alfonse Galiano, d'origine italienne, ministre des Travaux publics et des services gouvernementaux et de M. Don Boudria, leader parlementaire du gouvernement et ministre intérimaire de la Francophonie.
M. Don Boudria, né à Hull au Québec, mais grandi en Ontario, dont il est député est leader parlementaire du gouvernement en chambre. Dans d'autres systèmes politiques, il est l'équivalent du ministre chargé des affaires parlementaires.

Ancien ministre de la Coopération internationale et de la Francophonie, M. Boudria fut à la base de la demande du Canada d'organiser les Jeux de la Francophonie de 2001 à Hull-Ottawa. Il continue de s'occuper de ce dossier dont il veut faire une réussite totale. Il est donc normal qu'on est pensé à M. Boudria pour remplacer le Franco-manitobain Ronald Duhamel, Secrétaire d'État à la Francophonie tombé malade avant le Sommet de Moncton.
Dans la fonction publique fédérale, il est de coutume qu'un responsable francophone succède à un responsable anglophone. Ce qui fait qu'on trouve plusieurs francophones à la tête d'importants services fédéraux et des entreprises publiques. C'est le cas de Mme Huguette Labelle, Présidente de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).
L'Agence canadienne de développement international (A.C.D.I.) est le principal pilier de l'aide publique canadienne au développement international. Elle gère 75 % des 3 milliards de dollars que le gouvernement canadien consacre au développement international. La grande partie des fonds de l'ACDI est dépensée dans l'aide bilatérale qui s'établit de pays à pays; c'est aussi l'ACDI qui fournit la contribution du Canada aux organisations internationales et aux organisations non gouvernementales (O.N.G.) canadiennes et internationales.

La présidente actuelle de l'ACDI madame Huguette Labelle est une Franco-Ontarienne à la fois intellectuelle de haut rang et administratrice chevronnée. Docteure en éducation de l'Université d'Ottawa dont elle est Chancelière, c'est-à-dire présidente d'honneur, elle détient au moins huit doctorats honoris causa. Ancienne consultante en matière de planification de la Santé et de l'enseignement des sciences de la santé auprès des gouvernements d'Haïti et de Cuba, elle fut co-présidente du comité d'experts de la gestion des ressources humaines pour la santé de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1987. Très impliquée dans les organisations canadiennes de la coopération internationale, madame Labelle est membre du Conseil des directeurs du Centre de recherche pour le développement international, et de la Société pour l'expansion des exportations, membre du Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, de l'Institut international du développement durable et du Groupe spécial sur les politiques de santé et développement, et développement de l'OMS. Madame Labelle a occupé plusieurs postes de responsabilité dans la fonction publique canadienne, notamment comme sous-secrétaire d'État du Canada et secrétaire associée du cabinet et sous-greffière du bureau du Conseil privé, présidente de la Commission de la fonction publique du Canada et sous-ministre des Transports.
La francophonie canadienne a la particularité de pouvoir offrir en français la technologie nord-américaine et le savoir-faire, qui ont réussi à faire du Canada le premier pays du monde pour la qualité de la vie, à des pays développés, mais aussi à ceux qui cherchent leur chemin sur la très glissante voie du développement économique et social.
Kanyurhi T. Tchika

D'aucuns pensent que si aujourd'hui le Nouveau Brunswick peut acceuillir un sommet de la Francophonie, c'est grâce aux efforts entrepris en 1960 par M. Louis Robichaud, le Premier Acadien élu Premier ministre de la province alors que les francophones ne représentent que 30 % de la population. Considéré comme le père de la renaissance acadienne, M. Robichaud a réussi à instaurer en 1969 le bilinguisme officiel au Nouveau-Brunswick. Le 9 juin 1989, il en a fait un rapport à la société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick à l'occasion du vingtième anniversaire de la loi instituant le bilinguisme dont nous reproduisons le texte qui suit.
Il y a vingt ans, en 1969, l'Assemblée Législative du Nouveau-Brunswick adoptait la Loi sur les langues officielles. Or je m'autorise de cet anniversaire pour vous parler de bilinguisme. Le bilinguisme est-il un mythe ou une réalité? Si la question paraît simple la réponse, par ailleurs, me semble infiniment compliquée. Chose certaine, le mot est désormais inscrit dans le catalogue de nos mythes nationaux. Après le hockey, le bilinguisme est probablement le sujet de discussion le plus populaire au Canada. C'est un mot capable d'engendrer les plus vives discussions, que l'on soit francophone ou anglophone, du Québec ou d'ailleurs.
C'est un mot qui peut également susciter les pires passions et révéler au monde entier le côté le plus affligeant de notre caractère national.
C'est un mot dont la définition -- si toutefois il en est une sur laquelle tous pourraient être d'accord -- est sans cesse remise en question. C'est un mot qui est, pour les uns, symbole de désunion et de discorde, de domination pour les autres, de chantage parfois.
On lui donne souvent les sens les plus disparates et on l'apprête à toutes les sauces au gré de ses convictions ou de ses fantaisies. Bref, c'est un mot clé dans notre vocabulaire national. Certains lui accordent même quelque vertu.
Pour s'en rendre compte, il suffit de constater la popularité sans cesse grandissante des cours d'immersion en langue française. On compte déjà, au Canada, une nouvelle génération de jeunes dont la langue maternelle est l'anglais qui sont réellement, effectivement bilingues. Or la particularité du français comme langue seconde ne décroît pas, au contraire. Il s'agit d'un phénomène nouveau dans notre histoire et nous serons bientôt en mesure d'apprécier l'impact socio-économique de ces nouveaux bilingues.
Je ne vous ferai pas l'éloge des mérites du bilinguisme personnel; ces mérites me semblent assez évidents pour qu'on les prennent pour acquis, surtout dans notre société nord-américaine.
Donc, admettons que le bilinguisme est un mythe à certains égards, mais qu'il est aussi une réalité concrète et bien vivante d'autre part et qui s'enracine. Par conséquent, le français n'est pas prêt de disparaître au dos des boîtes de cornflakes et ceux que la chose choque devront en prendre leur parti!
Le bilinguisme n'est pas devenu une réalité nationale du jour au lendemain, peu sans faut. Il est le résultat d'une longue évolution. Ce qui s'est produit à l'échelle nationale, surtout au cours des derniers vingt ans, est sans précédent dans notre histoire et il n'est pas mauvais de se rappeler que, malgré les interminables débats, les déclarations fracassantes de politiciens en mal de manchettes, les crises d'hystérie de tous ceux qui se sont sentis lésés dans leurs droits, le bilinguisme est devenu, à divers degrés il est vrai, une réalité concrète.
Avec mes collègues du gouvernement que je dirigeais, j'ai eu le privilège de participer activement à ce processus et, avec le recul du temps, je m'émerveille du progrès accompli. 1989 marque les 20 ans de la loi provinciale sur les langues officielles comme aussi la loi fédérale.
Légiférer en matière linguistique, il y a vingt ans était un véritable défi et je me permet de vous rappeler que le Nouveau-Brunswick a devancé le parlement fédéral de quelques mois en ce domaine.
Je veux profiter de cette tribune que m'offre la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick pour répéter publiquement qu'aucun député, aucun ministre, tant du côté du gouvernement que du côté de l'opposition, ne s'est opposé au projet de loi sur les langues officielles qui a été adopté à l'unanimité par l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick en 1969. C'est énorme quand on y réfléchit et cela démontre, à mon sens, un esprit de générosité rare surtout quand on connaît le contexte des tensions raciales et linguistiques endémiques chez nous.
Si les députés à l'Assemblée législative ont voté dans le sens de l'histoire c'est que, précisément, ils étaient conscients de la valeur du geste posé. Il y a des chances pour que l'histoire -- la grande ou la petite -- soit tendre pour ces gens. Beaucoup d'entre eux ont alors manifesté un courage certain, car il existait -- comme il en existe encore -- un groupe de revanchards pour qui le concept, et même le mot, de bilinguisme était et est encore inacceptable.
Cela a donné, bien sûr, des réactions diverses. Qui ignore le désormais célèbre épisode de la tête de cochon? Même là, le Nouveau-Brunswick était encore à l'avant-garde puisque le cas, étant allé en Cour Suprême du Canada, a fait jurisprudence!
J'ai relu le Livre Blanc intitulé Déclaration sur l'égalité des possibilités linguistiques, que j'avais déposé à l'Assemblée Législative le 4 décembre 1968 et qui annonçait la législation linguistique à venir. Il est bon parfois d'effectuer un retour aux sources. Or j'y ai retrouvé le paragraphe suivant:
"Le gouvernement croit qu'il existe dans notre province une appréciation par tous les citoyens de la nécessité d'un esprit de compréhension et de bonne volonté afin de permettre a tous et chacun de jouir des possibilités linguistiques et culturelles qui sont leurs de droit, à titre de Canadiens".
C'est, je crois, en peu de mots, l'essentiel de cette première législation linguistique. Vingt ans plus tard, je ne crois pas que le principe ait changé. Les mécanismes d'implantation ont naturellement évolué et mon successeur à la tête du gouvernement du Nouveau-Brunswick a innové et construit sur les bases jetées en 1968. C'est un processus gui n'est jamais fini puisqu'il faut constamment adapter les lois aux réalités. Certes, l'actuel gouvernement voudra être en ce domaine aussi généreux que ses prédécesseurs.
Monsieur Hatfield a manifesté beaucoup de courage en ce domaine et nous lui devons l'enchâssement des droits linguistiques dans la Charte constitutionnelle. À elle seule, cette mesure est d'une importance capitale. Je suis heureux de lui rendre devant vous un hommage mérité.
L'action entreprise il y a vingt ans, continuée depuis, reflète l'évolution de notre communauté, et je ne parle pas uniquement de la communauté acadienne puisque j'évoquais, il y a un moment, le phénomène d'une nouvelle génération d'anglophones bilingues.
Permettez-moi une constatation doublée d'un souhait: cette nouvelle génération de jeunes bilingues représente pour les francophones du Nouveau-Brunswick un atout dont on sous-estime peut-être la valeur. Grâce à eux, nous pouvons, comme collectivité, compter sur une meilleure compréhension de nos légitimes aspirations et, grâce a eux aussi, nous verrons certainement l'assainissement du climat culturel et politique de notre Province. Les vieux préjugés tenaces finiront par disparaître complètement grâce à cet immense réservoir de bonne volonté. Nous avons donc toutes les raisons au monde de considérer cette nouvelle génération comme des alliés naturels plutôt qu'une concurrence sur le marché du travail.
Lorsqu'il s'est agi de légiférer en matière linguistique, en 1969, nous avions conscience d'innover, mais nous avions peu de modèles à suivre. Pourtant, j'ai résisté avec énergie à la tentation d'établir un texte de loi rigide et surtout je n'ai pas voulu tomber dans le guêpier des districts bilingues. J'avais, à l'époque, exprimé mes vues là-dessus à André Laurendeau et au Père Clément Cormier.
J'avais, littéralement, la hantise des injustices possibles que peuvent créer des statistiques qui fluctuent au gré de la mobilité de la main-d'oeuvre et du taux de natalité. Vingt ans après, je suis toujours convaincu d'avoir eu raison d'éviter la ghettoïsation linguistique du Nouveau-Brunswick.
Je déplore que dans la Province voisine et soeur on en soit venu à mesurer la hauteur des lettres sur les affiches! Si un gouvernement peut établir par des textes de loi un cadre linguistique essentiel et nécessaire pour protéger une langue, une culture, il doit le faire avec le plus grand souci d'équité. On ne légifère ni la bonne volonté ni la générosité et je vous surprendrai peut-être en disant qu'on ne gouverne pas nécessairement par la logique. Il y a dans toutes mesures qui affectent les peuples des éléments autres que la froide logique.
Un paragraphe du Livre Blanc, dont je vous citais un extrait. il y a un moment, reflète cette opinion que j'énonçais en 1968 dans les termes suivants:
"Néanmoins, le succès éventuel de cette entreprise dépendra autant de la bonne volonté et de la collaboration de la population de la province que des statuts et règlements".
Rien au cours des derniers vingt ans m'a incité à changer d'idée. Comme vous, je déplore les lenteurs politiques et administratives. Comme vous, je déplore en certaines juridictions l'absence de générosité de la part des gouvernements provinciaux et municipaux. Comme vous, je souhaite que nous arrivions un jour au respect fondamental des droits linguistiques basé sur le droit et la justice.
Je suis un optimiste et ce voeu que je formule n'est pas de la naïveté. Au contraire, j'ai confiance au bon sens des générations montantes. Après vingt ans, je constate que le bilinguisme se porte mieux que l'on croit et que la réalité est plus solide que le mythe.
Radio-Canada évolue au même rythme que son public. Les chaînes spécialisées, les nouveaux services radio et une présence importante sur Internet, voilà autant d'éléments permettant à Radio-Canada de mieux répondre aux besoins de ses auditoires francophones.
Avec ses 26 stations de Radio française et ses huit stations de Télévision française réparties dans tout le pays, Radio-Canada, le radiodiffuseur public national, joue un rôle clé dans l'épanouissement de la culture francophone.
Radio-Canada est le seul radiodiffuseur à produire des émissions dans toutes les régions du pays. C'est aussi le seul à avoir, par exemple, des journalistes en poste dans les régions à l'ouest d'Ottawa. Son réseau national de télévision et son Réseau de l'information, tout comme les différentes stations qui font partie de son réseau radiophonique et, plus récemment, son site Internet, offrent une programmation issue du coeur même de chacune des communautés.
Pour sa part, Radio Canada International, « la voix du Canada dans le monde », produit quotidiennement des émissions en français et en six autres langues pour diffusion sur ondes courtes, par satellite, sur Internet, et sur les ondes de radios partenaires à travers le monde.
Dans le secteur des médias traditionnels comme dans celui des nouveaux médias, Radio-Canada est la plus importante source de nouvelles et de produits culturels francophones canadiens.
Au Sommet de la francophonie, les caméras et les micros de Radio-Canada permettront à la population canadienne de suivre les diverses activités de ce rendez-vous important. Grâce à Radio Canada International, les francophones de la planète pourront eux aussi entendre des émissions et des reportages diffusés en direct du Sommet.
Comme tous les peuples, les Canadiens sont fiers de leur culture, l'expriment de multiples façons et veulent lui assurer le plus vaste rayonnement possible. Ils y réussissent particulièrement bien, en raison d'un bassin exceptionnel de talents et d'un soutien gouvernemental à la création et à la diffusion qui ne se dément pas. Ainsi, Téléfilm Canada est un organisme culturel du gouvernement canadien voué au développement et à la promotion de l'industrie canadienne du film, de la télévision et des nouveaux médias. Cette industrie est l'une des plus performantes au monde et ses oeuvres s'imposent de plus en plus dans les festivals et les marchés internationaux.
Les sources d'inspiration canadiennes sont multiples. Elles prennent la voix des communautés linguistiques francophones, anglophones et autochtones du pays, et le visage des nombreuses communautés culturelles qui le composent. De fait, le Canada s'avère un véritable champion de la diversité culturelle. La production audiovisuelle canadienne est un miroir exemplaire de cette réalité.
En cette année de la Francophonie, nous sommes heureux de souligner que le cinéma, la télévision et les produits multimédias canadiens de langue française sont des fleurons de notre culture. Téléfilm encourage la création en français et facilite sa diffusion. En 1998-1999, nous avons alloué plus de 34 % de nos ressources à des projets en français provenant du Québec, du Nouveau-Brunswick, de la Colombie-Britannique, du Manitoba et de l'Ontario. Ainsi, un large éventail de longs métrages, de dramatiques, d'émissions pour enfants, de documentaires, d'émissions de variétés et de cédéroms de langue française ont vu le jour et vont conquérir les auditoires du monde entier avec des images et des voix originales, témoignant d'une grande richesse culturelle.
De plus, une quinzaine de projets financés par Téléfilm cette année sont des coproductions avec la France, partenaire de premier plan des producteurs canadiens. Le bureau de Téléfilm à Paris facilite les relations avec la nouvelle communauté européenne, et l'industrie canadienne de langue française tire profit des accords de coproduction signés avec une douzaine d'autres pays de la Francophonie comme la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, la Roumanie et le Maroc.
Dans ce contexte, il est bien évident que l'année de la Francophonie nous tient à cŠur. Nous entendons tout à la fois faire valoir la qualité de la production canadienne en français, stimuler la production en français en dehors du grand centre de production qu'est Montréal et resserrer nos liens avec la communauté francophone internationale.
À l'automne 1999, une quinzaine d'entreprises francophones venant de toutes les régions du pays participeront, à Montréal, à une immersion de trois jours qui leur permettra de rencontrer des producteurs, des distributeurs et des diffuseurs de la métropole. Cette initiative contribuera au développement de relations d'affaires entre les producteurs hors-Québec et les diffuseurs. Elle stimulera aussi la coproduction entre les francophones des régions canadiennes et assurera un partage d'expertise concernant la coproduction internationale en français.
En outre, Téléfilm, de concert avec la Société de développement des entreprises culturelles - Québec, contribue financièrement à la création d'un cédérom sur les cinémas de la Francophonie qui sera lancé au Sommet de la Francophonie en septembre, à Moncton. Ce projet est une coproduction avec la France.
Pour être appréciés, les produits en français doivent être plus accessibles et visibles. Voilà pourquoi la distribution et l'exportation des productions audiovisuelles francophones occupe une place de plus en plus importante dans les débats internationaux. Téléfilm encourage la création d'un groupe de travail mondial à ce sujet. La Société est aussi l'un des principaux organisateurs d'un atelier portant sur la situation du cinéma de langue française organisé dans le cadre du Festival international du cinéma francophone en Acadie.
L'apport de la Francophonie au patrimoine culturel mondial est inestimable. Le Canada est fier d'y contribuer d'année en année avec des oeuvres marquantes.
DevDéveloppement international et droits de la personne
Reconnu actuellement comme une composante majeure de la coopération canadienne tant par son expertise professionnelle que par les valeurs d'humanisme qui le portent, le Centre canadien d'étude et de coopération internationale a pourtant vu le jour dans un modeste immeuble de la rue Rachel, sous l'élan inspiré de son fondateur, feu le Père Jean Bouchard.
Le CECI a connu, au cours de son histoire, une constante évolution. Cet article vous invite à en parcourir l'itinéraire.
Entre 1958 et 1967, le CECI fut connu sous le nom de Centre d'études missionnaires (CEM). Il offrait des cours de formation et un service de documentation. Le CEM avait pour mission d'initier les membres des ordres religieux et les laïcs proches de l'Église aux réalités culturelles et aux conditions socio-économiques qui les attendaient dans les pays dits de mission. La formation donnée durait un an ou plus. Son contenu, bien que d'inspiration évangélique, présentait des dimensions anthropologique et sociopolitique: sensibilisation aux inégalités entre le Nord et le Sud et aux besoins des peuples du tiers monde en matière de santé, d'éducation et de développement économique. La formation mettait aussi l'accent sur les qualités d'écoute et d'ouverture aux différentes cultures.
Incorporé en 1968, le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) entrait dans une phase importante de son évolution. Fondateur du CEM, le R.P. Jean Bouchard, S.J., est demeuré aux commandes jusqu'en 1974. D'autres Jésuites allaient assurer la relève, dont Denis Legris et Gilles Pion. Néanmoins, dans les années 1970, la Compagnie de Jésus cède graduellement la direction de l'organisme à la corporation CECI.
Grâce à une première contribution du Gouvernement fédéral, le CECI envoie ses propres coopérants volontaires en 1968. Durant les années 1970, on assiste à une laïcisation progressive des personnes recrutées pour Šuvrer à l'étranger. Vers 1975, l'organisme organise des colloques sur le développement et publie des études sur des thèmes tels le Nouvel ordre économique international (NOEI) et l'école comme moteur du développement dans le tiers monde.
La phase de croissance et de maturation qui a suivi fut marquée par des changements qui allaient modifier le visage de l'organisation. Le mouvement de laïcisation s'est accéléré avec la nomination d'un premier directeur général laïque et la naissance d'un réseau de partenaires comprenant des services gouvernementaux, des organisations issues de la base, des ONG locales et des organisations internationales. Néanmoins, des liens importants furent maintenus avec des ordres religieux missionnaires.
Le CECI est l'une des premières organisations canadiennes à but non lucratif à collaborer en 1982 avec les programmes de coopération bilatérale &endash; autrement dit de pays à pays &endash; de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).
En 1984, le CECI ouvre ses premiers bureaux dans des pays du tiers monde, ce qui lui permet de se rapprocher des attentes du terrain. L'envoi de coopérants est, dès lors, encore plus adapté aux besoins des partenaires. Les bureaux décentralisés disposent de la latitude voulue pour développer des programmes d'intervention dans le respect de la mission et des objectifs de l'organisation.
L'engagement personnel demeure un critère important de sélection de candidats volontaires. Cependant, le CECI hausse ses exigences de formation universitaire et d'expérience professionnelle. Mieux qualifiés et plus expérimentés, les volontaires reçoivent une formation spécifique à la coopération internationale axée sur les aspects techniques et méthodologiques des projets auxquels ils vont être affectés.
Après avoir investi l'essentiel de ses ressources dans le développement de ses activités de coopération, le CECI affirme sa présence au Québec et plus largement. Il développe de nouveaux programmes s'adressant à des groupes d'ici. Les programmes jeunesse du CECI initient des jeunes du Québec et des autres provinces du Canada à la coopération internationale à travers des stages auprès de partenaires dans les pays du Sud. Par ses activités de sensibilisation du public, par ses services de documentation et ses cours du soir à Québec et à Montréal, par ses publications à large clientèle et par des séries diffusées à la télé comme à la radio, le CECI contribue à ce que soit mieux compris par le public canadien le bien-fondé de la coopération internationale.
Entre-temps, le CECI diversifie ses sources de financement au Canada et à l'étranger, tout en conservant la confiance de l'ACDI, son principal partenaire financier. En 1991, il met en place sa propre collecte de fonds. Sa gestion financière demeure bien cotée par une firme de vérification externe.

Lors des célébrations du 40e anniversaire en 1998, Yves Pétillon, alors directeur général du CECI, a déclaré ce qui suit : « À mon sens, le CECI peut encore appuyer efficacement ses partenaires en mouvement. Cela tient à sa nature. Entité à but non lucratif, le CECI puise son élan dans des valeurs telles la compassion, la générosité et la dignité de la personne; il milite pour l'équité et la justice. Les structures d'État, avec leurs contraintes politiques, et les firmes privées, perpétuellement en quête de profit, n'ont pas la même liberté de manŠuvre que les organismes à but non lucratif. »
Présent sur place, le CECI est capable, avec les gens du pays, d'identifier et de mettre en Šuvre des actions de développement conformes à leurs attentes, que ce soit en eau potable, en santé, en éducation de base ou en développement de la petite entreprise. Il s'intéresse aussi aux droits de la personne, au développement démocratique et à la prévention des conflits, trois domaines que l'on ne saurait négliger tellement ils sont à la racine de tout développement durable.
Parmi les atouts dont l'organisme dispose pour affronter les défis à venir, il y a son «scepticisme créatif». Le CECI se méfie des modes et des idéologies. Il privilégie la recherche, l'esprit critique, le pragmatisme et la systématisation des méthodologies. Un autre atout est son esprit d'entreprise et d'innovation. Il fut l'une des toutes premières organisations canadiennes à proposer à l'ACDI un programme d'appui aux droits de la personne.
Le CECI continuera d'être une organisation de coopération directe, présente dans le Sud et permettant à des Québécois et à d'autres Canadiens d'offrir généreusement leurs compétences comme volontaires. Néanmoins, de plus en plus, le CECI misera sur des professionnels nationaux Šuvrant dans leur propre pays ou dans d'autres pays du Sud. Il se pourrait que l'organisme ait à mettre sur pied un réseau international constitué de CECI nationaux autonomes s'échangeant des compétences en vue de mieux répondre à l'évolution des besoins dans leurs milieux respectifs.
Déjà, le CECI s'est outillé pour aller au secours des victimes de désastres naturels ou autres, comme au Kosovo. Hélas, des populations continueront de souffrir dans diverses régions du monde. Le CECI devra aussi se doter de nouvelles expertises en environnement, autre enjeu majeur, et en communications pour le développement, incluant les nouvelles technologies.
La baisse des aides publiques au développement international et la croissance des investissements privés dans le Sud poussent d'ores et déjà des organisations telles que le CECI vers des collaborations porteuses de développement local avec des investisseurs privés opérant dans le secteur minier ou dans celui des ressources naturelles.
Enfin, nous assisterons à l'appauvrissement d'une fraction de plus en plus importante de nos propres concitoyens. Certains approches mises au point dans les pays en développement seraient avantageusement applicables ici même. Le CECI étudie très sérieusement la possibilité de s'engager dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion dans son propre milieu.
Robert Hazel
CECI
Du 29 au 30 janvier a eu lieu à Montréal une conférence sur la paix durable et le développement démocratique au Congo-Zaïre organisée par le Centre international des Droits de la personne et du développement démocratique qui dénonce de plus en plus l'arbitraire qui règne dans les pays des Grands lacs africains.
Plusieurs partis politiques dont le Parti social chrétien et l'Union pour la démocratie et le progrès (UDPS) étaient représentés, ainsi que la société civile.
Il y avait aussi monseigneur Mosengo, archevêque de Kisangani et ex-président de la Conférence nationale. M. Nendaka, Président d'une comité dit de bons offices qui essait de réconcilier des anciens moboutistes avec le pouvoir actuel, était aussi présent.
On remarquait la présence d'une nouvelle génération surtout au niveau de la société civile. On peut souligner la présence du père Minani, ancien étudiant à Montréal qui anime le groupe Jérémie à Kinshasa après avoir été obligé de fuir Bukavu à l'est du pays. Un autre prêtre, l'Abbé Badike, de Justice et foi, lui oeuvre courageusement à Kisangani en zone occupée comme Goma d'où était venue la courageuse madame Mukanirwa.
À l'occasion de cette réunion, nous avons recueilli les impressions de mme Dorothée Gizenga, fille du vice-président du gouvernement Lumumba en 1960 et qui avait gardé ses distances avec le régime de Mobutu. &endash;
1. Mon implication politique dans la question du Congo/Zaïre
Dès mon bas âge, j'ai grandi dans un contexte politique. Pour échapper à un attentat à sa vie, mon père quitta le Congo en 1966. La famille le suivi en exil d'un pays à l'autre, principalement, au Mali, dans l'ancienne URSS, la France et l'Angola et d'autres pays avec des séjours plus courts. Notre père nous a élevés selon la culture africaine, mais surtout en nous enseignant l'histoire politique du Congo. La dévotion de notre père au Congo n'était pas nécessairement contagieuse. Cependant de cette dévotion, nous les enfants avons acquis une conscience politique et sociale. Ainsi, j'ai toujours rêvé d'apporter ma modeste contribution au changement des conditions sociales et humaines dans ce monde. Je n'avais jamais envisagé faire de la politique et je n'envisage pas de la faire au-delà de certains buts.
C'est en 1986 lors d'une visite du Canada au Congo Brazzaville, où mon père venait d'être libéré de prison, qu'en sympathisant avec les sacrifices de mon père, je me suis inscrite dans son parti: le parti Lumumbiste unifié (PALU). Sincèrement, ce n'était pas encore l'éveil politique. C'était plutôt le désir de faire plaisir à mon père, en montrant un soutien à sa cause. Évidemment, avec mon père, il n'y a jamais de demi-mesure. Ainsi, à mon retour au Canada, j'ai reçu en 1990 une nomination d'être la Représentante du PALU en Amérique du Nord. Lorsqu'un autre patriote, fut trouvé aux États-Unis (Dr Claver Pashi), je suis restée avec la représentation au Canada.
Depuis lors, je lutte pour une démocratie pluraliste au Congo.
2. La situation actuelle au Congo
Je me sens frustrée de la situation, mais je ne me sens pas désespérée. Je dirai en bref, que la guerre actuelle, comme la précédente sont le résultat de plusieurs intérêts étrangers. Cependant, c'est l'absence et le manque continu d'un système unificateur et de droit, qui permet aux étrangers d'exploiter l'opportunisme de certains de nos compatriotes en leur faveur. La stabilité durable, qu'elle soit au Congo ou ailleurs, passe par la démocratie. C'est la stabilisation intérieure qui nous permettra de faire face, même dans la crise actuelle à la menace extérieure, et il n'est jamais trop tard pour essayer de bien faire.
3. Le rôle de la nouvelle génération
C'est d'abord de bien comprendre les besoins du pays. Ensuite, tirer des leçons des échecs et de certaines réussites de la génération précédente. Mais surtout savoir intégrer les ambitions individuelles dans les intérêts collectifs. On parle souvent d'un mal congolais. Ce mal est justement dans l'opportunisme individuel et dans le manque de savoir utiliser constructivement les opportunités qui se présentent. Il y a cependant suffisamment des défis dans le développement économique et démocratique du Congo, pour mettre en valeur et distinguer chaque joueur et ainsi satisfaire les ambitions de tous et chacun.
Finalement, le rôle de la nouvelle génération, c'est d'être active. L'inaction ou l'indifférence (parfois de ceux qui sont à l'étranger) n'avancent pas les changements au Congo. Tout le monde doit se sentir concerné et chacun doit être un agent de changement.
4. Le rôle de la femme
Victime des conflits armés de la part de toutes les fractions, la femme doit prendre un rôle actif dans la recherche de la paix. Je vois le rôle de la femme, comme un rôle actif. D'abord, elle est majoritaire dans la population. Nulle comme elle, ne peut représenter l'avant-garde de la démocratie. Ensuite, elle joue le rôle économique dans la famille et dans la société, et par ce rôle porte un impact sur les décisions politico-économiques. Finalement, elle est un des éducateurs primaires de la nouvelle génération (les enfants). Puisque l'enseignement du bien et du mal commence à la maison, il est important que les éducateurs comprennent la notion du bien collectif.
EconÉconomie
En 1960, la plupart des pays africains accédaient à la souveraineté internationale. Pendant la même année, en Amérique du Nord, un peuple en minorité, longtemps dominé, se dotait d'un nouveau gouvernement qui avait comme slogan Maîtres chez nous. Apparemment, rien de semblable entre ces deux mondes que tout sépare, du climat aux coutumes
Il faut toutefois signaler que plus de la moitié des nouveaux États africains sont francophones tandis que le Québec, lui, cherchait à préserver sa spécificité en Amérique du Nord, basée sur sa langue et sa culture francophone.
On ne peut pas passer sous silence le fait que les penseurs du Mouvement de la Négritude, comme Aimé Césaire et Léopold Senghor, ont influencé une grande partie de l'élite québécoise. Pierre Vallières n'a-t-il pas écrit un livre intitulé Nègres blancs d'Amérique?
Après la défaite des Plaines d'Abraham, la France, première puissance européenne à occuper le sol canadien, céda, par le Traité de Paris de 1763, ses possessions à l'Angleterre. Cette dernière promit de respecter la spécificité des Canadiens français, représentée par leur langue, leur religion catholique et par une certaine organisation du droit qui adopta, après 1804, le Code Napoléon. Mais elle ne put oublier l'orgueil qu'elle tira de sa victoire.
La grande concentration des Canadiens français était au Bas-Canada, qu'on appelle aujourd'hui le Québec. Pour sauver leur culture, les Québécois d'alors se replièrent sur eux-mêmes, sous la houlette de l'Église catholique, pendant que les Anglais savouraient les résultats de la Révolution industrielle. N'a-t-on pas vu des livres où l'Église prêchait que la spéculation financière était un péché? Ces idées poussèrent les Canadiens-français à laisser le domaine des finances aux Anglais, pendant qu'ils occupaient, eux, les petits boulots et que leur élite n'était composée que de prêtres, d'avocats, de médecins et de notaires. Il semble même que, dans le gouvernement d'alors, le portefeuille des finances était souvent tenu par un Anglais. Ainsi s'élabora la théorie de l'incapacité des francophones à réussir dans les grandes affaires. Vers les années 50, des intellectuels commencèrent à s'élever contre cet état de choses. Pierre Élliot Trudeau (qui dirigera le Canada pendant 16 ans, dans les années 70 et 80) et son groupe de la revue Cité Libre furent du nombre, ainsi que René Lévesque, fondateur en 1968 du Parti québécois qui fut Premier ministre du Québec de 1976 à 1985. Ces idées finirent par culminer en 1960, par l'élection du Parti libéral, dirigé alors par Jean Lesage. Il forma un gouvernement surnommé L'Équipe du tonnerre, qui mit au point les mécanismes qui créèrent le Québec moderne.
Créée en 1965, la Caisse de dépôt et placement du Québec gère les fonds de caisses de retraites et de régimes d'assurances publics, auxquels contribuent plusieurs millions de citoyens du Québec. Ces fonds proviennent de la Régie des rentes du Québec, de la Régie d'assurance automobile du Québec, de la Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances, de la Commission de la sécurité et de santé au travail, de la Commission de la Construction du Québec, des Régies des marchés agricoles du Québec, des Fonds d'assurances prêts agricoles et forestiers, et de la Régie de l'assurance de dépôt du Québec.
Institution de droit public, la Caisse de dépôt bénéficie quand même d'une réelle autonomie administrative dans ses politiques de placements. Ses rendements, à ce jour, témoignent de son efficacité et du choix judicieux, ayant surpassé les indices financiers reconnus ainsi que celui des prix à la consommation.
Avec ses 80 milliards d'actifs, la Caisse a joué et continue de jouer un rôle capital dans l'économie québécoise. Elle est devenue le moteur de l'émancipation économique de la majorité francophone du Québec. Ses prêts sont indispensables à plusieurs acquisitions faites par les Québécois, qui possèdent désormais quelques grandes entreprises multinationales.
Power Corporation est un conglomérat d'entreprises qui a un chiffre d'affaires de plus de 20 milliards de dollars. Son patron, Paul Desmarais, est considéré comme l'homme le plus riche de toute l'histoire des Canadiens français.
Il y a quelques années, Radio-Canada produisait un reportage sur M. Paul Desmarais, le qualifiant de personne non élue la plus influente au Canada. Né à Sudbury au Nord de l'Ontario, où il s'était lancé en affaires avec 2 000 dollars, M. Paul Desmarais a développé à partir de Montréal, Power Corporation, un empire mondial travaillant dans les banques, les assurances, le transport et les communications.
Plusieurs premiers ministres, ministres fédéraux ou provinciaux ont déjà été des employés de Paul Desmarais ou atterrissent dans son empire après leur carrière politique. André Desmarais, son fils, président du Conseil d'administration du quotidien La Presse, le journal francophone le plus influent du pays, est le gendre de Jean Chrétien, premier ministre du Canada, dont le ministre des Finances, Paul Martin est aussi un produit de Power Corporation.
En 1989, il a vendu une de ses compagnies de pâtes et papiers pour 2 milliards de dollars, au moment où d'autres grandes compagnies québécoises comme Québécor commençaient déjà à faire d'importantes acquisitions.
Dans la semaine précédant Noël 1998, Montréal fut engloutie sous une pluie verglassante jamais connue dans l'histoire au point qu'un jour même toute les activités avaient cessés au Centre-ville à cause d'un manque d'électricité dû au fait que plusieurs pylônes avaient cédé. D'aucuns pensèrent même que ce temps maussade accompagnait la mort d'un géant des affaires de Montréal, Pierre Péladeau, président de Québécor.

On disait de Pierre Péladeau, président fondateur de Québécor, qu'il est l'homme d'affaires le plus connu au Québec: on l'aime ou on le déteste. Il ne laisse personne indifférent. En novembre 1986, le magazine Time a souligné son influence dans la relance économique du Québec. En 1987, le journal Finance l'a choisi l'homme de l'année. On raconte que Péladeau, diplômé en philosophie et en droit, avait emprunté de sa mère 1500 $ pour acheter le Journal de Rosemont. Quelques années plus tard, il en possédait cinq. C'est peut-être pour cela qu'il tient encore aux hebdomadaires régionaux, le Groupe Québécor en possède une quarantaine, répartis au Québec et au Nouveau-Brunswick.
En 1964, profitant d'une grève au journal La Presse, il lança le Journal de Montréal. Avec le temps, ce journal est devenu le deuxième en importance au Canada, après le Toronto Star et le premier des quotidiens français en Amérique. On ne peut pas oublier non plus que les journalistes du dit journal sont les mieux payés du Québec.
Avec d'importants revenus du Journal de Montréal, il lança le Journal de Québec, qui lui aussi s'affirme. Ses créations, ajoutées à quelques imprimeries, permettaient déjà à Péladeau de s'affirmer dans le monde des communications au Québec. Mais l'homme, habité par la rage de vaincre, ne pouvait plus se limiter aux dimensions d'une province.
C'est en 1986 que, pour offrir un service national des travaux d'encarts publicitaires aux grandes chaînes de marchands au détail, il acquiert une imprimerie à Edmonton, en Alberta, et un atelier en Colombie-Britannique. Québécor devenait ainsi une entreprise présente dans tout le Canada.
En achetant les imprimeries canadiennes de BCE Publitech Inc., à 160 millions de dollars, en 1988, Québécor se classe déjà parmi les premiers imprimeurs canadiens, avec la main mise sur l'impression du papier monnaie et devenant chef de file dans la production d'annuaires au Canada. Mais sa plus grande acquisition reste l'achat du groupe Maxwell Grafic, aux États-Unis, en 1989, qui fait de Québécor le premier imprimeur canadien et le deuxième en Amérique du Nord.
Après la mort de Pierre Péladeau, son fils Pierre Karl, nouveau président du groupe vient de réussir après une nouvelle acquisition aux États-unis de classer l'entreprise au rang de premier imprimeur au monde, sortant des magazines prestigieux comme Time ou Paris-Match et vient d'acheter Sun-Media, le deuxième groupe de presse au Canada que l'on ne voulait pas vendre à son père que le Canada anglais considérait trop lié aux indépendantistes québécois. D'autres entreprises québécoises s'imposent à travers le monde, c'est le cas de Bombardier.
Bombardier fut considérée comme la première entreprise d'envergure internationale appartenant à un francophone. Créée par Armand Bombardier, inventeur de la motoneige, la société Bombardier s'est diversifiée grâce surtout à son président Laurent Beaudoin qui a succédé au fondateur après avoir épousé sa fille avec laquelle il avait étudié la comptabilité à l'Université de Sherbrooke. Bombardier se classe parmi les "leaders" mondiaux en wagons de chemins de fer ou de métro, qu'elle a vendus aux États-Unis et au Nigeria en Afrique. Bombardier a participé à la construction d'Euro-tunnel dont il reste actionnaire.
Ayant acheté Canadair, Bombardier s'est créée une place enviable dans l'aviation d'affaires et des jets régionaux et est devenu le 3e constructeur mondial d'avions civils. Son Challenger est souvent utilisé pour le transport du premier ministre du Canada. Des filiales en Europe permettent à Bombardier d'être présente à l'avènement du grand marché européen que lorgnent déjà d'autres grandes entreprises québécoises, comme Alcan.
Il y a quelques jours, Jacques Bougie, Président d'Alcan, une entreprise ayant son siège social à Montréal, a acheté l'entreprise française Péchiney et Alu-Suisse. Alcan devenait ainsi le numéro un mondial des entreprises s'occupant de l'aluminium avec un chiffre d'affaires de plus de 7 milliards de dollar. Alcan, comme la plupart des grandes entreprises canadiennes, fut longtemps dirigée par des anglophones. Il y a une dizaine d'années, M. Bougie y a fait son entrée en commençant par la bas, muni d'une maîtrise en administration des affaires.

Monsieur Jean Coutu est un pharmacien génial qui a réussi à transformer des pharmacies en véritables super-marchés en y ajoutant des produits de première nécessité et en organisant un service impeccable. L'une de ses publicités ne dit-elle pas que chez Jean Coutu on trouve de tout même un ami. Sa formule a produit des résultats extraordinaires: en vingt ans Jean Coutu a réussi à se classer parmi les dix premiers entrepreneurs les plus influents au Québec et parmi les cinquante premiers au Canada. Son groupe prend de plus en plus de place aux États-Unis.
Humaniste, Jean Coutu est certainement le plus grand ami québécois de l'Afrique: il parraine des villages au Mali. Il vient aussi de proposer parmi ses conditions pour investir dans un nouveau stade de baseball à Montréal qu'il porte le nom de Jackie Robinson, premier Noir joueur professionnel de baseball qui avait commencé sa carrière à Montréal dans les années 40.
Émus par ses propos sur l'Afrique dans un journal de Montréal, nous lui avons téléphoné pour avoir un entretien avec lui. Une semaine après, il nous a reçus à son bureau. C'était pour une interview de trente minutes. Nous y sommes restés pendant plus des deux heures dans une atmosphère très africaine. C'était en août 1990. Nous reproduisons cet entretien qui garde tout son sens aujourd'hui.
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M.T.: |
Monsieur le Président, pouvez-vous présenter à nos lecteurs le groupe Jean Coutu? |
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J.C.:
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Le seul capital qui ne se détériore pas, c'est le capital humain. Le cerveau humain est l'ordinateur qui peut se programmer et se déprogrammer rapidement. C'est tout simplement une affaire de volonté. Je crois que la croissance du groupe Jean Coutu a été plus rapide que la normale. Le but de toute société est de satisfaire une clientèle. Nous l'avons réalisé. De plus, pour bien satisfaire la clientèle, il faut que tout le monde pense de la même façon. Il faut que chacun peu importe son niveau d'instruction ou de position dans l'entreprise se sente important et créateur. On ne peut pas être motivé de bien faire si l'on est convaincu qu'on n'est pas utile dans une société. Notre département des ressources humaines est l'un des plus importants: nous devons faire comprendre à chaque personne qu'elle est là parce que nous avons besoin d'elle. Ce qui importe, ce n'est pas ce que l'on fait, mais la façon de le faire. Un médecin qui fait toujours de mauvais diagnostics ne vaut pas un porteur de bagage qui s'acquitte consciencieusement de son travail. L'important, est que chacun atteigne l'excellence à son niveau. C'est ce que j'ai développé dans la compagnie; chacun de nos 7 300 employés est important. Dernièrement, à l'occasion de l'ouverture d'une pharmacie, je suis passé les voir. Il paraît que ça leur fait plaisir. Je sentais beaucoup de franchise, beaucoup de plaisir pour eux de participer au succès de l'entreprise. Je crois que c'est la véritable motivation. C'est ça qui a créé une société d'abondance où l'on a tout un peu facilement. En Afrique, il n'y a aucune mesure sociale: pas d'allocation de vieillesse, pas d'allocations familiales, pas d'assurance sociale, pas de bien-être social. Ici, certaines personnes en abusent. C'est presque un péché contre les gens qui sont moins bien nantis que nous. Ce qu'on dépense inutilement ici serait très important sous d'autres cieux. Il faut motiver les gens à travailler davantage. Ici, nous avons un syndicat seulement pour l'entrepôt. Moi, l'employeur, je parle souvent au syndicat. Si le syndicat et l'employeur sont des ennemis, nous perdons trop de temps. C'est l'employé et le client qui font que le syndicat et l'employeur sont des amis. Il faut donner au client ce qu'il demande. C'est ce qui a fait la force des Japonais. Après la guerre, le Japon était un pays détruit. C'est un pays qui a presque le culte du travail. Il faut dire aussi qu'il a un climat approprié. À 45 degrés, on est moins stimulé à travailler que sous une petite tempête de neige. Mais la nature a su tout compenser. Ici, un arbre prendra plusieurs années pour pousser alors qu'à en Afrique, il lui faut quelques jours. Il y a deux ou trois récoltes à certains endroits en Afrique alors qu'ici on a de la misère à en avoir une. Le groupe Jean Coutu a réussi à demeurer très humain même à l'intérieur d'un succès financier. Celà, monsieur, c'est important. Pour le succès financier, vous pouvez toujours trouver des gens pour vous aider. Mais rester des humains, on ne peut pas y renoncer puis y revenir. C'est comme l'éducation des enfants. Le rôle des femmes est aujourd'hui en Amérique du Nord déprécié. Et si une femme n'est pas professionnelle, si une femme n'est pas au travail, on considère qu'elle a manqué une partie de sa vie. Il y a certainement une part de vérité, mais élever une famille, ne permet pas l'insuccès. Si vous manquez votre coup, ça ne se reprend pas. On ne remet pas des enfants au monde. L'éducation ne se recommence pas. Manquer le coup avec ses enfants, c'est une défaite qui dure toute la vie.
Chez Jean Coutu, nous avons fait un succès financier, mais un succès financier basé sur un succès personnel de chaque membre de la compagnie. C'est très difficile surtout comme on est très nombreux. Vous ne pouvez pas non plus oublier que nous, les Canadiens Français, sommes obligés de donner le meilleur de nous-mêmes. Sinon, minoritaire sur le plan démographique, on risque d'être balayé. C'est ça, la motivation à l'intérieur de notre petit groupe. C'est comme pour l'Afrique, sauver toute l'Afrique, c'est impensable. Aider un village, c'est réalisable. Chez moi, sauver seul le Québec, le Canada ou l'Amérique du Nord, c'est impensable. Faire de mon milieu de travail, un milieu à l'avant garde, c'est le devoir de chacun d'entre nous. Faire un succès de l'endroit, à l'endroit et avec les moyens qui sont les nôtres. Vous avez une revue, je pense que votre devoir, c'est d'en faire un succès. Il faut y mettre beaucoup de travail, de la recherche, de la qualité pour que les gens n'achètent pas un produit juste pour aider. Ça se fait que ça soit une feuille de choux, je pourrais en acheter une pour vous faire plaisir, mais la prochaine fois, je n'achète plus. II faut que j'y voie la rencontre de mes attentes. Le mot Transatlantique, c'est très bien. C'est là, l'avenir. On ne connaîtra pas ça maintenant, mais peut-être dans cent ans, le transatlantique là, entre ce côté-là et ce côté-ci sera une réalité. Il faut qu'il se développe une grande amitié. Il faut des efforts des deux côtés. Les gens du sud sont généralement plus radieux, nous avons besoin de cela. Comme les Africains ont besoin de nos connaissances techniques et de nos sous pour se prendre en charge. Un jour, on était, dans un village au Mali. C'était la fête, on mangeait, on dansait. Moi, ça me gênait un peu. Les gens nous remerciaient. Ma femme a alors dit une phrase extraordinaire: "Je vous remercie pour quelque chose qui tend à disparaître chez nous, cette fraternité, cette amitié qui existe entre vous et nous. Souvent les sous nous font oublier les valeurs fondamentales comme l'amitié et la fraternité". Il n'y a rien de plus difficile que de résister au pouvoir de l'argent. Vous devenez un esclave de l'argent. Et ça prend une bonne force de caractère pour y résister. Il faut faire des gestes qui fassent mal pour s'en sortir. C'est comme les petits enfants qui envient un jouet. Sitôt qu'ils l'ont, ils n'ont plus de plaisir avec. Pour les grandes personnes, on peut rêver se procurer une belle voiture, un bateau. Sitôt qu'on l'a, on se rend compte que ce n'est pas la fin du monde. On cherchera alors un bateau de 20, 30, 50 mètres peut-être jusqu'à créer un grand pont entre l'Amérique et l'Afrique. C'est un peu ça le groupe Jean Coutu: maintenir une certaine fraternité entre les gens. On se rend compte que faire de l'argent pour le plaisir de faire de l'argent n'est pas motivant. Il faut d'abord avoir du plaisir, avoir un sentiment de bien être et souvent l'argent suit. Il faut l'excellence puisque nous l'exigeons aussi souvent des autres. Ceci résume l'esprit du groupe Jean Coutu. |
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M.T.: |
Vous avez mis au point un nouveau style de supermarché. Comment en étiez-vous arrivé là? |
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J.C.:
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C'est facile! La vérité est qu'autrefois, la pharmacie était une profession qui fabriquait des médicaments. Après, les médicaments sont devenus des produits de multinationales au point que personne ne peut dire que ses aspirines sont meilleures que celles des autres. La seule grande différence entre différentes pharmacies est devenue donc le prix. Au début, le groupe Jean Coutu a commencé par regroupement de meilleurs pharmaciens et a créé une coopérative d'achat. Achetant en grande quantité, il avait la possibilité de payer à des prix réduits et pouvait donc revendre à meilleur marché. Nous nous sommes donc servis du modèle américain du principe de la production en série et nous avons soigné la présentation du magasin et le service. Nous avons ainsi créé un département de publicité performant qui vante les mérites du produit des lieux de vente et du service.
Au Québec, il y a 6 800 000 personnes. Parmi elles, 5 000 000 sont capables de faire des achats. On soustrait donc les vieillards et les enfants à bas âge. L'année dernière, sur une population consommatrice de 5 000 000, nous avons fait 78 000 000 ventes. C'est-à-dire qu'en moyenne, chaque Québécois est venu chez nous 15 fois. Il s'est donc développé entre le public est nous un sentiment d'amitié puisque les gens rencontrent leurs attentes dans nos magasins. |
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M.T.: |
Pouvons-nous savoir quand vous avez commencé votre affaire? |
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J.C.:
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Je suis pharmacien depuis 1953. De 1953 à 1969, j'ai eu ce qu'on appelle des pharmacies communautaires, des pharmacies de coin de rues où l'on connaît toute la clientèle. À la fin des années 60, j'ai compris que ce que je faisais n'avait pas d'avenir dans ce qu'on appelle Amérique du Nord. En 1969, nous avons créé le groupe Jean Coutu avec seulement un petit magasin. À ce moment-là, j'avais un associé. Nous y avions investi toutes nos économies. On passait d'une marge de profit de 42 % à celle de 23 %. Les gens ne nous prenaient pas au sérieux. Ils nous prédisaient la faillite. J'avais 5 enfants. J'ai réussi à convaincre ma femme que c'était une bonne affaire. Et ce fut comme le café instantané. C'était arrivé à point. Au moment où la clientèle l'attendait et où personne d'autre n'y avait pensé. |