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Plusieurs spécialistes considèrent l'obtention du droit de vote des femmes comme l'une des plus importantes révolutions du 20e siècle. La reconnaissance du droit de vote des femmes s'est produite à différents moments selon les pays. En France, il a fallu la fin de la Deuxième guerre mondiale alors qu'aux élections fédérales, les Canadiennes votaient depuis 1918.
En 1921, mme Mary Ellen Smith, une Canadienne, fut la première femme au monde à devenir ministre. Même au Canada, le vote des femmes s'est produit à des périodes différentes d'une province à une autre au point qu'au Québec, les femmes ne l'ont eu qu'en 1940 à cause du conservatisme de l'Église catholique qui dominait la province francophone.
C'est en 1962, que Claire Kirkland fut la première femme élue députée à l'Assemblée nationale du Québec au moment où dans le pays nouvellement indépendant quelques femmes commençaient aussi à se faire élire. Devenue ministre quelques années plus tard, mme Claire Kirkland fit modifier le Code civil du Québec pour mettre fin à l'incapacité juridique de la femme mariée qui frappe encore plusieurs femmes des pays francophones qui l'ont hérité du Code civil français auquel ils n'ont pas apporté les modifications qu'il a connues en France.
Le Canada a toujours été à l'avant garde de l'avancement de la condition féminine, au point qu'en 1995, à la 4e conférence mondiale sur les femmes, il s'est mérité un prix des Nations unies.
Il y a quelques années, le Canada confiait pour la première fois la charge de gérer le budget du gouvernement fédéral et son personnel à une femme Mme Lucienne Robillard, originaire du Québec, qui devenait ainsi présidente du Conseil du trésor. Mme Robillard a trouvé sur sa table de revendications en matière d'équité salariale visant à mieux rémunérer des postes occupés majoritairement par des femmes. Cette cause menée par l'Alliance de la fonction publique et d'autres syndicats pendant plus de 15 ans en se basant sur la Charte canadienne des droits et libertés a pris fin en octobre dernier quand mme Robillard a refusé de porter en appel un jugement rendu contre le gouvernement. Elle a proposé récemment une compensation salariale de plus de 3,5 milliards de dollars pour des employés, surtout des femmes actives ou à la retraite de la fonction publique fédérale.
C'est un autre exploit du Canada dans le domaine de la condition féminine qui peut servir d'exemple à d'autres pays francophones.
En cette fin de siècle et de millénaire, proclamée par l'UNESCO année de la culture et de la paix, il convient que les femmes francophones usent de leur influence pour aider à mettre fin à des guerres absurdes qui ravagent certains pays d'Afrique francophone comme le Congo-Zaïre où dernièrement des dizaines de femmes ont été enterrées vivantes par des envahisseurs qui ne croient en aucune règle internationale.
Le mouvement pour 1'obtention du droit de vote des femmes et la législation de chaque province sont les facteurs qui ont contribué à donner aux femmes le droit de vote à tous les niveaux et sur une base égalitaire avec les hommes.
Le 13 avril 1883, le Premier ministre MacDonald présente le premier projet de loi qui redéfinit le cens électoral afin de l'uniformiser à 1'échelle du pays. Ce projet de loi donne le droit de vote à tous les propriétaires de biens immobiliers d'une valeur de 300 $ dans les villes et de 200 $ dans les campagnes ainsi qu'aux locataires dont le bail annuel est d'au moins 30 $ dans les villes et 20 $ dans les campagnes. Puisqu'aucune mention n'est faite par rapport au sexe des personnes, les femmes célibataires et les veuves qui répondent aux critères énoncés peuvent voter.
Ce projet de loi ainsi que la mention du droit de vote des femmes font l'objet d'un véritable premier débat parlementaire en 1885 alors que le gouvernement fédéral veut modifier la Loi électorale. Finalement, c'est le critère de la propriété qui est retenu comme fondement de la représentation politique "no taxation without representation". Le gouvernement libéral de Sir Wilfrid Laurier, fidèle à sa politique de décentralisation, soumet un projet de loi qui renvoie aux provinces le soin de déterminer les qualifications électorales tant pour le niveau fédéral que pour le niveau provincial; auparavant l'établissement des listes électorales relevait du gouvernement central. Cette loi est en vigueur jusqu'en 1917. Par conséquent, les revendications des mouvements suffragistes doivent passer par les provinces et non par le gouvernement central.
Le droit de vote accordé aux femmes dans certaines provinces amène le Parlement fédéral à accorder, en 1917, le droit de vote aux parents de militaires (Loi des électeurs militaires, 7-8 Georges V, chapitre 34) soit 1'épouse, la veuve, la mère, la soeur et la fille de toute personne en service ou ayant servi durant la guerre alors en cours (Loi des élections en temps de guerre, 7-8 Georges V, chapitre 39).
Le 3 mai 1918, le projet de loi qui propose l'octroi du droit de vote à toutes les femmes sans distinction (Loi ayant pour objet de conférer le droit de suffrage aux femmes, 8-9 Georges V, chapitre 20) est adopté et il reçoit la sanction royale le 24 mai. L'année suivante, à titre de mesure temporaire on leur accorde le droit d'être élues (Loi des élections partielles générales, 9-10, Georges V, 1919, chapitre 48, article 2). Le droit d'éligibilité des femmes devient un droit permanent en 1920.
Le mouvement suffragiste québécois éprouve quelques difficultés à s'organiser et à s'orienter principalement à cause des actions différenciées du mouvement suffragiste anglophone et du mouvement suffragiste francophone jusqu'en 1922. Le 16 janvier 1922, ils se regroupent sous l'appellation "Comité du suffrage provincial des membres de la Montréal Suffrage Association et des membres de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste''

De 1791 à 1834, les femmes propriétaires du Québec votent puisque la loi ne le leur interdit pas. En 1834, la Chambre législative adopte une Loi électorale laquelle stipule qu'une femme ne peut voter à une élection provinciale ou municipale. La loi de 1849 vient renforcer l'interdiction du droit de vote des femmes. En 1875, la Loi électorale du Québec stipule, aux articles 8 et 124 du chapitre 7, qu'il faut être de sexe masculin pour voter, pour être élu ou pour siéger comme membre de 1'Assemblée législative.
Le premier mouvement pour le suffrage des femmes au Québec est créé à Montréal pendant l'hiver 1883-84. En 1893, le "Montreal Local Council of Women" est mis sur pied. En 1892, les femmes célibataires et propriétaires et les veuves acquièrent le droit de vote aux élections municipales et scolaires. La Loi des Cités et Villes de 1922 (13, Georges V, chapitre 65, article 128) accorde aux veuves et aux femmes majeures le droit de vote aux élections municipales. En 1941, ces dispositions sont modifiées de manière à ce que les femmes propriétaires, qu'elles soient mariées ou célibataires, aient le droit de vote et le droit d'éligibilité aux fonctions publiques municipales (Statuts du Québec, 1941, chapitre 69 du Code municipal). Quant au droit d'être élu à la charge de commissaire ou syndic d'écoles, il est accordé aux femmes en 1942 (Loi modifiant la Loi sur l'instruction publique, 1942, chapitre 201, article 4).
Au niveau municipal, le suffrage universel est instauré en 1968 pour les municipalités régies par la Loi des cités et villes, et en 1974 pour les municipalités régies par le Code municipal.
Le droit de suffrage féminin au niveau provincial ne fait l'objet d'aucun projet de loi avant 1927. L'"Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec" est fondée par madame Idola Saint-Jean en 1927. En 1929, madame Thérèse Casgrain devient présidente de la "League for Women's Rights".
Le premier projet de loi en faveur du droit de suffrage féminin est présenté en 1927. Il est rejeté par 51 voix contre 13. D'autres projets de loi sont présentés de 1928 à 1938 et à chaque fois ils sont défaits. Ces échecs répétés s'expliquent entre autres par l'influence de l'Église catholique romaine dans la société et sur le système politique. L'Église s'oppose catégoriquement aux droits politiques égaux.
Sous Taschereau, le gouvernement libéral au pouvoir jusqu'en 1936 déclare ouvertement qu'il n'a pas l'intention d'octroyer le droit de vote aux femmes.
La loi électorale de 1936 abolit le critère de possession et confirme le droit de suffrage masculin.
De 1936 à 1939, le gouvernement de l'Union nationale de Duplessis s'y oppose également de manière catégorique, bien que dans l'opposition, Duplessis a voté en faveur du droit de suffrage féminin en 1934 et 1935 (Bernard, André; La législation électorale au Québec 1790-1967, Les éditions HMH, Montréal, 1969, page 126.).
Le déclenchement d'élections générales en 1939 est l'occasion pour le mouvement suffragiste de faire pression sur le parti d'opposition, le Parti libéral. L'action du mouvement prend un air de campagne en faveur du Parti libéral. Ce dernier promet le droit de vote aux femmes et remporte les élections du 25 octobre 1939. Le nouveau Premier ministre Godbout, redevable aux suffragistes, annonce dans le discours du trône le projet de loi en faveur du droit de suffrage et du droit d'éligibilité des femmes. Il soumet lui-même le 9 avril 1940 le projet de loi no. 18 à titre de mesure ministérielle.
Le parti d'opposition, en 1'occurrence l'Union nationale, soulève un point d'ordre sur la base des règlements 670 et 671 lesquels stipulent que tout projet qui comporte des dépenses additionnelles doit être précédé d'une résolution recommandée par le gouverneur. Selon Duplessis, le projet de loi amène des dépenses parce qu'il faut refaire les listes électorales. Pour sa part, le Premier ministre considère que 1'impact financier de cette mesure est occasionnel. Le 11 avril 1940, le projet de loi est adopté à 67 voix contre 9 en deuxième lecture. À la troisième lecture le 18 avril, il reçoit la même majorité. La loi est en vigueur le 25 avril 1940 (Bernard, André; La législation électorale au Québec 1790-1967, Les éditions HMH, Montréal, 1969, pages 126-127).
Le 25 avril 1940, les femmes ont le droit de vote et le droit d'être éligibles aux postes électifs (Loi accordant aux femmes le droit de vote et d'éligibilité, 4, Georges VI, chapitre 7); victoire gagnée après treize refus de 1'Assemblée législative de 1927 à 1940.
France Lavergne, Extrait de "Le suffrage féminin", DGE du Québec, 1990

La Cour suprême du Canada est la plus haute institution judiciaire dans tous les domaines au pays. Elle a le rôle de la Cour de cassation dans le système français et, en dernier recours, le rôle de la Cour constitutionnelle. Au Canada, il y a des cours municipales et des cours provinciales compétentes dans des domaines déterminés par la loi. Les juges de ces cours sont nommés par les gouvernements provinciaux parmi les avocats ayant au moins dix ans de pratique du droit. Les juges des autres cours dont les Cours supérieures, les Cours d'appel, dont on en trouve une par province, la Cour fédérale qui est le plus haut tribunal administratif du pays, sont nommés par le gouvernement fédéral. Tous les tribunaux canadiens disposent du pouvoir de contrôler la constitutionnalité des lois et la validité des actes administratifs. Les juges au Canada sont nommés jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans. Le juge en chef de la Cour suprême remplit aussi des tâches administratives dont celle de remplacer le Gouverneur général en cas d'absence ou de vacances.
Depuis 1982, quand la Charte canadienne des droits et libertés a été incorporée à la Constitution, la Cour suprême du Canada qui l'interprête est devenu une source importante de droits et de changements dans la société canadienne. Elle a ainsi jouée un rôle important dans l'évolution de la condition féminine au Canada en rendant des jugements excluant la discrimination envers les femmes ou accordant des droits comme le droit à l'avortement. La nouvelle juge en chef du Canada se trouve donc a une place où elle peut apporter encore beaucoup à l'évolution de la condition féminine au Canada.
Née à Pincher Creek (Alberta), le 7 septembre 1943, veuve de Roderick McLachlin, mariée à M. Frank E. McArdle, février 1992, la très honorable Beverley McLachlin, B.A., M.A. (philosophie), LL.B a fait ses études à l'Université de l'Alberta, M.A., 1968; LL.B., 1968,t à l'Université de la Colombie-Britannique, LL.D. (hon.) en1990, à l'Université de l'Alberta, LL.D. (hon.) en 1991 et à l'Université de Toronto, LL.D. (hon.) en 1995. Admise au Barreau de l'Alberta en 1969, et au Barreau de la Colombie-Britannique en 1971, elle fut membre du cabinet Wood, Moir, Hyde et Ross à Edmonton en 1969-1971, puis des cabinets Thomas, Herdy, Mitchell & Co., Fort St. John (C.-B.) de 1971 à 1972, et de Bull, Housser & Tupper à Vancouver de 1972 à 1975. Chargée de cours, professeur associée et professeur titulaire à l'Université de la Colombie-Britannique de 1974 à 1981, mme Beverley McLachlin a produit de nombreuses publications. Nommée à la Cour de comté de Vancouver le 9 avril 1981, à la Cour suprême de la Colombie-Britannique le 8 septembre 1981 puis à la Cour d'appel de la Colombie-Britannique le 5 décembre 1985, elle est devenue Juge en chef de la Cour suprême de la Colombie-Britannique le 7 septembre 1988. Ayant joint la Cour suprême du Canada, le 30 mars 1989, elle est devenue Juge en chef du Canada le 7 janvier 2000.
Andrée Dubois

Ayant réussi à éviter une guerre d'indépendance au Canada, la Grande-Bretagne y a maintenu son système politique. Le Canada est une monarchie constitutionnelle dont le chef de l'État est la reine d'Angleterre. La reine ne pouvant pas être régulièrement au Canada pour y exercer sa tâche, elle est remplacée par le Gouverneur général du Canada.
Le Gouverneur général exerce donc toutes les prérogatives, souvent protocolaires, reconnues à un chef d'État dans une monarchie constitutionnelle. Il est théoriquement commandant en chef des forces armées, nommé à des hautes fonctions civiles et militaires, distribue des prix et des distinctions honorifiques. Jusqu'aux années '50, le Gouverneur général du Canada était d'origine britannique. Depuis que la tâche est exercée par des citoyens canadiens, la coutume veut qu'il y ait une alternance entre un gouverneur anglophone et un gouverneur francophone. Le premier francophone à occuper le poste fut le général Georges Vanier qui fut suivi par Jules Léger, diplomate de carrière, frère du Cardinal Paul-Émile Léger, ancien archevêque de Montréal, qui avait demissionné en 1967 pour aller s'occuper des lépreux au Cameroun.
En 1984, le gouvernement Trudeau nomma madame Jeanne Sauvé, première femme au poste de Gouverneur général. Ancienne journaliste devenue députée puis ministre et présidente de la Chambre des Communes, madame Sauvé fut très appréciée dans l'exercice de sa fonction, au point que le gouvernement de Brian Mulroney avait prolongé son mandat de quelques mois alors qu'elle était issue d'un parti opposé. Après son mandat, madame Sauvé a mis au point la Fondation Jeanne-Sauvé pour la Jeunesse dont elle s'occupa jusqu'à sa mort en 1993. La Fondation a pour objectif de favoriser le dialogue et le "leadership" entre les jeunes de différents pays. Madame Sauvé tenait aux jeunes d'autant plus qu'elle a commencé sa carrière publique comme dirigeante de la Jeunesse catholique du Canada, en quittant sa province natale, la Saskatchewan, pour s'installer à Montréal, où elle connut son mari, puis à Paris.
Née à Hong Kong en 1939, Mme Clarkson s'est réfugiée au Canada avec sa famille durant la guerre en 1942. Elle a d'abord étudié à Ottawa avant de poursuivre ses études à l'Université de Toronto, où elle a obtenu un baccalauréat avec spécialisation et une maîtrise en littérature anglaise. Elle a également effectué des travaux de recherche à la Sorbonne, en France. Mme Clarkson est bilingue.
Personnalité influente de la vie culturelle au Canada, Mme Clarkson a mené une carrière riche et exceptionnelle dans le domaine de la radiodiffusion, du journalisme, des arts et du service public. Première à occuper le poste de Délégué général de l'Ontario à Paris, elle a été responsable, de 1982 à 1987, de la promotion commerciale et culturelle de la province en France, en Italie et en Espagne. Elle a été présidente et éditrice de McClelland & Stewart de 1987 à 1988. De 1965 à 1982, Mme Clarkson a préparé, produit et animé plusieurs émissions importantes à la télévision de Radio-Canada, notamment Take Thirty, Adrienne At Large et the Fifth Estate. Écrivaine de renom, elle a également publié de nombreux articles dans les principaux journaux et magazines du Canada, et a écrit trois livres. En 1988, elle est revenue à la télévision de Radio-Canada où, pendant 10 ans, elle a été productrice déléguée, animatrice et scénariste des émissions Adrienne Clarkson's Summer Festival et Adrienne Clarkson Presents. Elle a également produit et réalisé plusieurs films. Son travail à la télévision lui a valu des douzaines de prix au Canada et aux États-Unis.
Jusqu'à l'annonce de sa nomination comme Gouverneure générale, Mme Clarkson était présidente du conseil d'administration du Musée canadien des civilisations à Hull, ainsi que présidente du conseil de direction d'IMZ, association audio-visuelle internationale des diffuseurs d'émissions musicales, culturelles et de danse dont le siège social se trouve à Vienne. Elle a produit et animé aussi l'émission de Radio-Canada, Something Special. Mme Clarkson était conseiller profane du Barreau du Haut-Canada et présidente d'honneur de nombreux organismes artistiques et caritatifs.
Mme Clarkson a reçu de nombreux prix prestigieux au Canada et à l'étranger qui soulignent sa contribution exceptionnelle dans de nombreux secteurs. Elle est devenue officier de l'Ordre du Canada en 1992 et détient des doctorats honorifiques de quatre universités canadiennes. Elle a aussi reçu trois distinctions académiques honoraires.
Mme Clarkson est l'épouse de l'écrivain John Ralston Saul.
Andrée Dubois
« En dix-huit ans, nous sommes devenues la voix des femmes d'affaires d'ici. Nous sommes debout, nous sommes solides, nous avons des choses à dire et c'est après avoir gagné la confiance en nous que nous avons gagné celle des autres. »
Nicole Beaudoin, présidente-directrice générale du RFAQ
Pour Nicole Beaudoin, l'acquisition, en 1993, de l'Association des femmes d'affaires du Québec (AFAQ) - devenue en 1996 le Réseau des femmes d'affaires du Québec (RFAQ), qui est un organisme privé - était bien plus qu'un simple investissement. « À l'époque, j'avais réalisé la plupart de mes rêves sur le plan professionnel, confie-t-elle, notamment celui d'occuper plusieurs postes clés au sein de grandes entreprises. J'ai toujours eu foi en la mission des femmes dans le monde des affaires et mon engagement au sein de l'AFAQ représentait en quelque sorte un accomplissement, une étape naturelle de mon cheminement. » Un cheminement qui lui a permis de paver la voie à bon nombre de professionnelles et de cadres supérieures qui sont aujourd'hui à l'avant-scène du monde des affaires.
Dès son arrivée, Nicole Beaudoin a entrepris un imposant travail de restructuration et une réflexion en profondeur sur la destinée de l'entreprise dont elle était désormais propriétaire. « L'AFAQ avait besoin d'une nouvelle orientation et son acquisition faisait partie des choses que je sentais devoir accomplir. J'avais passé des années à faire rouler de grands entreprises et le moment était venu d'ajouter un aspect humain, social et féminin à mon travail. J'avais envie d'¦uvrer concrètement à la réussite des femmes. »
Son arrivée à la présidence de l'AFAQ a été marquée par la mise en place d'une structure organisationnelle caractéristique du professionnalisme des dirigeants de grandes entreprises. Nicole Beaudoin a tout d'abord doté le siège social d'une équipe de direction qui allait l'appuyer dans ses nouvelles fonctions. Elle a ensuite redéfini les tâches au sein de l'association, a déterminé ses nouveaux mandats et lui a donné un nouvel essor en axant davantage ses actions sur la création de liens solides entre les femmes d'affaires québécoises. L'établissement d'un mode de gestion qui assure une plus grande autonomie et un pouvoir décisionnel accru aux chapitres régionaux ainsi qu'une nouvelle approche davantage axée sur les petites et moyennes entreprises figurent également au rang des changements instaurés par la nouvelle présidente.
Les ajustements mis en place n'ont pas tardé à porter fruit. « En plus d'être un réseau au sein duquel les membres peuvent échanger et fraterniser, le RFAQ est un outil de transition pour les femmes qui veulent bâtir leur propre entreprise et pour celles qui sont à la recherche d'un nouvel emploi, affirme Nicole Beaudoin. Le RFAQ est donc à la fois un réseau représentatif des femmes d'affaires d'ici et un centre de références et de recrutement appelé, de plus en plus, à faire partie de divers comités gouvernementaux. Du haut de ses dix-huit ans, le RFAQ est fier d'avoir acquis le statut de porte-parole du monde des affaires au féminin. »
Toujours à l'écoute de ses membres et de l'évolution de l'environnement, le RFAQ se concentre sur les besoins exprimés par les femmes d'affaires. Informations, contacts et formations sont leurs principales attentes vis-à-vis du réseau. « Nos cons¦urs ne sont plus seulement des cadres supérieures de grandes entreprises. Elles sont aussi gestionnaires, professionnelles, commerçantes, entrepreneures ou travailleuses autonomes. »
En ce début de millénaire, Nicole Beaudoin a une vision internationale du Réseau. Tout en maintenant le cap vers un objectif de 5000 membres, elle s'investit dans la construction des réseaux de réseaux à travers le Canada, l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Le nouveau site web va permettre d'intensifier ces relations, de communiquer entre les différentes régions du Québec et du monde et de favoriser les échanges d'expertises et de services. Ainsi le réseau se maintient-il à la fine pointe du progrès, tant au point de vue du management et des relations humaines qu'au point de vue technologique. « Des contacts prometteurs ont été établis sur les quatre continents avec des femmes appartenant à des réseaux solides et actifs. Tout comme l'ensemble du monde des affaires, le RFAQ s'engage sur la voie de l'internationalisation et s'ouvre sur le monde. » De quoi acquérir la confiance, la souplesse et le dynamisme caractéristiques des gens qui réussissentŠ leurs affaires!
Un réseau de valeurs
Pour son 15e anniversaire, en 1996, l'Association des femmes d'affaire du Québec est devenue le Réseau des femmes d'affaire du Québec. Un nouveau nom qui exprime mieux sa mission, basée sur la solidarité entre femmes. À cette occasion, le tout nouveau RFAQ a énoncé quatre valeurs clés, compléments indispensables à la croissance et au dynamisme du réseau de contacts de chaque membre.
Intégrité et loyauté
Nous bâtissons nos relations d'affaires sur les bases de l'équité et de l'honnêteté, en nous montrant justes et intègres. À valeur égale, nous favorisons nos cons¦urs membres du Réseau.
Diversité
Nous nous montrons créatives, ouvertes d'esprit et nous tendons la main aux femmes qui nous ressemblent, quelles que soient leur origine et la communauté culturelle à laquelle elles appartiennent. C'est la clé qui nous ouvre toutes les portes et qui génère la synergie indispensable à notre réussite.
Respect
Nous nous respectons nous-mêmes autant que nous respectons les autres et faisons du respect mutuel l'ingrédient majeur d'une attitude gagnante, qui prévaut dans nos relations sociales et professionnelles.
Prospérité
La prospérité n'est pas un but ultime, mais la conséquence de nos alliances et de notre capacité à conjuguer nos forces. En travaillant sous le signe de la collaboration - plutôt que celui de la concurrence - nous devenons porteuses d'une force nouvelle, inébranlable, qui nous permet d'atteindre plus facilement nos objectifs communs. Il y a assez de ressources sur Terre pour chacune d'entre nous!
Mission du réseau
Contribuer au succès des femmes dans les milieux d'affaires ainsi qu'au développement de leur rôle et de leur influence dans toutes les sphères de l'activité économique par les contacts, l'entraide et la solidarité que procure un réseau d'affaires dynamique.
Petite histoire d'un grand réseau
En adhérant au Réseau des femmes d'affaires du Québec (RFAQ), les femmes se dotent d'un outil d'une valeur exceptionnelle. Cet outil, c'est un réseau de près de 3000 membres qui croient à l'importance de tisser des relations solides pour assurer le succès de leur vie professionnelle. Le RFAQ accumule depuis 18 ans la sagesse et l'expérience des femmes d'affaires de divers horizons. Sa réputation est toujours en croissance, autant sur le plan national que sur le plan international.
Les fondatrices
C'est le 12 mars 1981 que les s¦urs Guylaine et Henriette Lanctôt ont créé le Bottin des femmes. L'ancêtre du présent répertoire devait servir à établir des contacts entre des femmes d'affaires ¦uvrant dans différents milieux. Il regroupait les coordonnées d'une centaine d'entrepreneures de Montréal et des environs. Le réseau d'échanges qu'il permit de développer prit rapidement une ampleur insoupçonnée. Les femmes inscrites s'échangeaient des clients, des contacts et des services et chacune veillait à retourner l'ascenseur à celles qui l'avaient aidée à un moment ou à un autre. Face au désir exprimé par les femmes de mieux se connaître, Henriette Lanctôt organisa les premières rencontres structurées. Le réseautage était né!
1985, année charnière
En 1985, l'arrivée de Lise Cardinal insuffle une nouvelle dimension au Bottin des femmes d'affaires. Elle double le nombre d'inscriptions, étend la portée du répertoire au-delà de la région métropolitaine, organise le tout premier colloque et lance le bulletin trimestriel Les Propos. Au cours de cette même année, Henriette Lanctôt fonde l'Association des femmes d'affaires du Québec, transformant ainsi un annuaire de professionnelles en un grand réseau de femmes d'affaires dont la croissance et le rayonnement ne cesseront d'augmenter.
Une croissance continue
De 1986 à 1990, l'Association prend de plus en plus d'ampleur. Une équipe de recruteuses est mise sur pied et l'Association commence à négocier les premiers avantages et bénéfices pour ses membres. Le comité consultatif de gestion, composé des directrices de chaque chapitre régional, est constitué en 1987. L'année suivante verra les débuts de l'informatisation de la liste des membres et la création des cellules d'entraide. L'engouement pour l'Association s'intensifie et sa réputation s'étend au-delà des frontières : plusieurs organisations canadiennes, américaines et européennes la contactent.
Le virage des années 90
Le début de la décennie est marqué par une forte récession qui frappe de plein fouet plusieurs femmes membres de l'Association. Nombre de cadres supérieurs, licenciées des grandes entreprises envisagent de devenir entrepreneures. La mission de l'Association est alors redéfinie. L'entraide devient plus nécessaire que jamais. Au cours de l'année 1992, des missions de coopération s'établissent avec des associations de femmes d'affaires réparties sur plusieurs points du globe. Un an plus tard, l'organisme à but non lucratif Femmes d'affaires sans frontière (FASF) est mis sur pied. Il fournit des outils précieux aux femmes désireuses d'accéder aux marchés étrangers, en leur fournissant de la formation et de l'information de pointe.
En 1993, après 12 ans de bons et loyaux services, Henriette Lanctôt quitte l'Association qu'elle cède à Nicole Beaudoin, la présidente-directrice générale actuelle. Cette dernière prend immédiatement la destinée de l'Association en main. Elle restructure le département administratif et s'adjoint deux vice-présidentes. De nouvelles priorités sont énoncées, dont la mise en valeur des régions et les services aux membres.
Un plan marketing audacieux et efficace
Une étude de marché, réalisée en 1995, livre de précieuses pistes pour établir un plan d'action adapté aux changements sociaux et économiques d'alors. Le recrutement est assuré par une équipe de sollicitation spécialement formée. Un an plus tard, le regroupement fête ses quinze ans d'existence au Salon des femmes et se rebaptise Réseau des femmes d'affaire du Québec. Des alliances stratégiques se tissent au cours des années suivantes et le rayonnement du RFAQ continue de s'étendre. De nouveaux outils de formation sont mis sur pied, de manière à permettre aux femmes d'affronter victorieusement les nouveaux défis que pose cette fin de siècle.
Un nouveau défi pour le Réseau : la formation des femmes d'affaires
En 1998, la Banque de développement du Canada cède au RFAQ la licence d'exploitation des cours Femmes vers le sommet. Ces programmes fournissent aux entrepreneures la formation et le support nécessaire au démarrage et au développement de leurs entreprises. Ils se distinguent par l'association d'un apprentissage théorique avec des services de mentorat, de consultation et de réseautage. Pour assurer leur gestion et leur diffusion, Nicole Beaudoin crée l'Institut de formation des gens d'affaires.
Fidèle à sa mission et à ses valeurs
Aujourd'hui, le Réseau des femmes d'affaires bénéficie d'une réputation enviable auprès des acteurs économiques et politiques tant ici qu'à l'étranger. Sa mission d'entraide et de solidarité entre femmes se traduit, au quotidien, dans ses activités, ses engagements et ses missions de coopération. Être membre de ce réseau, c'est bénéficier de la puissance d'une vision inspirante et de l'expérience d'un grand nombre de cons¦urs toujours prêtes à vous guider et à vous faire partager leur passion et leur réussite.
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En 1989, le gouvernement canadien, via son principal organisme subventionnaire en sciences et en génie, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) créait une chaire nationale pour les femmes en génie. Il s'agissait là d'un geste concret pour promouvoir un domaine important des sciences encore peu choisi par les femmes. Les résultats obtenus par cette chaire furent positifs. Il apparut clairement aux divers intervenants que la multiplication de chaires de ce type accélérerait l'atteinte des objectifs visés.
En octobre 1996, le CRSNG accordait 1,25 million de dollars canadiens pour cinq chaires universitaires. Cet investissement de 250 000$ par chaire pour une durée de cinq ans est appuyé par l'industrie privée pour une part au moins égale. Cette participation des grandes industries, tels qu'Alcan, IBM, Nortel, Pétro-Canada, témoigne de leur préoccupation pour la problématique des femmes en sciences et en génie au sein de leur société. Pour mener à bien cette initiative de quelque 2,6 millions de dollars, le CRSNG sélectionna cinq scientifiques canadiennes en poste dans diverses universités du pays. En plus de poursuivre leurs fonctions d'enseignement et de recherche, ces cinq titulaires consacrent, depuis 1997, la moitié de leur temps à diriger les activités de la chaire pour la promotion des femmes en sciences et génie de leur région.
Les principaux objectifs des cinq chaires sont les suivants :
€ Accroître la participation des femmes en sciences et en génie à tous les cycles universitaires ;
€ Promouvoir l'engagement et la promotion des femmes dans les secteurs tant privé (industrie, etc.) que public (universités, etc.) ;
€ Accroître la participation des femmes aux postes de décision des organismes et des associations scientifiques ;
€ Promouvoir un climat d'études et de travail positif pour les femmes.

Les stratégies et les priorités choisies pour atteindre ces objectifs sont laissées à la discrétion des titulaires (1). Cette latitude permet de prendre en compte les variations culturelles de chacune des grandes régions desservies.
Une stratégie incontournable à la réalisation de ces objectifs est la mise en réseau. Les publics à rejoindre sont trop nombreux pour que les seuls titulaires et leur personnel puissent y arriver. Il faut mettre à contribution l'ensemble des forces vives disponibles. Par exemple, il est très fructueux de réunir professionnelles, étudiants et étudiantes universitaires pour qu'ils se rendent dans les écoles et les collèges afin de faire la promotion des sciences et du génie. Pour cela, il faut faire converger les efforts individuels par le biais d'une organisation, ici les chaires, qui puisse coordonner ces différents intervenants, les étudiants, les organisations professionnelles dans ce cas-ci, mais aussi les gouvernements, les institutions scolaires, les conseillers et conseillères d'orientation, les groupes de parents, les industries, les associations de femmes, etc.
La mise en réseau des chaires ne se limite pas aux divers intervenants. Outre leur rôle d'intervention, les chaires ont une mission de recherche. Pour développer des moyens d'action efficaces, il faut approfondir notre connaissance du sujet. Mais encore une fois la tâche n'est pas simple. Les multiples dimensions de cette problématique exigent la collaboration de chercheurs et chercheuses d'horizons tout aussi divers: en éducation par exemple, pour le choix de carrière, la perception des sciences et le développement de l'identité de sexe des jeunes ; en psychologie, pour les habiletés spécifiques des hommes et des femmes et l'analyse du comportement des personnes; en sociologie, pour élaborer et interpréter les enquêtes; etc. S'il est vrai qu'il n'y a plus de nos jours beaucoup de recherche qui s'effectue en vase clos, et que le travail multidisciplinaire est le nouveau mode de production du savoir, la problématique des femmes en sciences pourrait en constituer un bon exemple. Les chaires permettent de rassembler le travail de ces chercheurs qui parfois s'ignorent, trop confinés dans leur spécialité.
Au Québec, notre volet recherche prend également une autre tangente. Nous sommes à mettre sur pied un observatoire sur les femmes en sciences et en génie . Ce dernier vise la production des informations statistiques qui permettront de décrire et d'évaluer l'évolution de la place des femmes en sciences et en génie au Québec et au Canada. Pour ce faire, la chaire rassemble et analyse les statistiques disponibles (inscriptions, diplomation, suivi de diplômés, etc.). Ces données sont mises à la disposition du public et des médias, en plus de servir à la rédaction d'une série d'articles sur les femmes en sciences et en génie (2).
À mi-parcours de leur mandat initial de cinq années, les cinq chaires canadiennes pour les femmes en sciences et en génie ont mis en place les bases d'une meilleure compréhension de la problématique des femmes en sciences et en génie. Des hypothèses ont été formulées et de nombreuses actions ont été entreprises.
Il faut maintenant poursuivre la tâche.
(1) Pour plus de renseignements, voir (http://www.carleton.ca/wise/wisemap2.htm) ou «A Unique Project to Increase the Participation of Women in Science and Engineering (CWSE/Canada)», M. Frize, C. Deschênes, E. Cannon, M. Williams, et M. Klawe, compte rendu de conférence, «Tackling the Engineering Resources Shortage», Engineering Foundation Conferences, Mont-Tremblant, 14-18 Juillet, 1998.
(2) Les données de cet observatoire sont disponibles sur notre site W3 : http://fsg.ulaval.ca/chaire-crsng-alcan
Permettez-moi d'abord de me présenter. Je m'appelle Mini, ce qui signifie « pluie fine » dans ma langue. Je suis née dans La Baie James, dans les Territoires du Nord-Ouest, sur une île du nom de Cape Hope. Je suis née dans une maison de rondins que mes grands-parents ont construite à la fin des années 1800, à notre campement d'hiver et d'été. J'ai été élevée par mes grands-parents après le décès de ma mère, à l'âge de vingt et un ans, durant une épidémie de rubéole. J'ai été élevée dans les valeurs traditionnelles inuit et on m'a montré très sévèrement à distinguer le bien du mal, ce que je ne regrette pas aujourd'hui. Cela prouve que mes grands-parents m'aimaient beaucoup.
J'ai commencé à grandir avec tout le bagage traditionnel de mes grands-parents. Je porte encore en moi ce bagage physique, mental et psychologique et il me sert beaucoup dans ma vie quotidienne. Puis un jour, le gouvernement canadien a décidé d'envoyer tous les enfants autochtones dans des pensionnats. C'était la façon qu'il avait trouvée de faire de nous des gens d'un autre type, mais il a échoué, parce que personne ne peut devenir ce qu'il n'est pas. Bien sûr, on peut s'adapter les uns aux autres, mais on ne peut pas devenir tous pareils. Dans ces pensionnats, j'ai appris à écrire, à lire, à faire des multiplications et à vivre au rythme de l'horloge.
Le gouvernement ayant ensuite décidé que je ferais une bonne infirmière, il m'a kidnappée et m'a envoyée au loin, plus au sud, où j'ai dû vivre pendant trois ans dans un pensionnat pour étudiantes infirmières. Durant ces trois années, j'en ai appris plus sur la souffrance humaine que sur la façon d'appliquer de la gaze sur une blessure. Personne à cette époque n'a jamais pris le temps de discuter sérieusement avec moi pour savoir ce que j'aimerais faire. J'ai dû faire mon chemin à tâtons dans le monde qallunaat (blanc) .
J'étais très jeune. Je supportais toutes les souffrances que je traversais. En fait, tout cela m'a permis d'apprendre beaucoup de choses sur les gens. J'aime les gens. J'aime les observer et, surtout, j'aime parler avec les jeunes. Tout, chez les gens, me fascine. Ce qu'ils disent, ce qu'ils font, ce qui se passe dans leur tête .
Puis, je suis « tombée amoureuse ». Tombée? C'est la chose la plus agréable qui me soit arrivée dans le monde qallunaat. Je venais d'une société où les mariages sont convenus avant même la naissance des enfants. J'étais l'une de ces enfants. Mais je suis tombée. La plus grosse chute que j'aie jamais faite. Je ne regrette rien de toute façon, car ma grand-mère a rompu la promesse de mariage croyant que je mourrais de faim parce que 1'époux qui m'était destiné n'était pas très bon chasseur. Il semble que, sans le savoir, ma grand-mère m'ait fait passer de Charybde en Scylla. J'ai fini par épouser un scientifique très pauvre, et je ne regrette rien. J'ai trois beaux enfants, deux garçons et une fille. J'ai deux amours de petits-enfants et un autre en chemin.
Il y a vingt ans, après avoir élevé mes trois enfants, j'ai finalement trouvé ce que je voulais faire. J'ai d'abord fondé la Société inuit de télédiffusion et j'ai veillé à ce qu'elle desserve sept localités des Territoires du Nord-Ouest. Trente-cinq petites localités sont disséminées à travers les Territoires du Nord-Ouest et j'ai fait en sorte que chacune d'elles finisse par être desservie par un réseau de télédiffusion. Je suis écrivaine, aussi. J'ai écrit un livre et une pièce de théâtre, beaucoup de contes pour enfants, et des poèmes. Je voyage au pays et à 1'étranger à titre de conseillère en culture inuit. Mes tâtonnements dans le monde qallunaat m'ont beaucoup appris. Cela prouve qu'une culture peut survivre au sein d'une autre culture. Ma culture me sera toujours précieuse, car elle me permet de savoir qui je suis, et c'est là le fondement de l'être humain.
J'ai demandé à quelques personnes si cela aiderait à changer les choses que j'écrive aux dirigeants du monde au sujet de la paix dans le monde. Tous ceux et celles à qui j'ai posé la question sont des personnes que je respecte et qui, à mes yeux, ont un très grand savoir. Leurs réponses m'ont découragée. Certaines personnes étaient cyniques, d'autres n'étaient pas confiantes, et d'autres croient que les dirigeants des pays, quels qu'ils soient, cherchent avant tout leur profit. Peut-être cela est-il vrai de certains dirigeants, du moins les faibles, ou de ceux qui ne se soucient pas vraiment de leur pays. Estimant que les dirigeants ne sont pas tous pareils, j'ai décidé d'écrire. Après tout, je suis issue de grands-parents qui ont dirigé notre collectivité pendant plus de soixante ans. Ils m'ont enseigné à accorder de l'importance aux personnes, qu'elles soient riches ou pauvres, et à ce qui nous entoure, qu'il s'agisse de l'environnement ou des nombreux animaux qui peuplent la terre. Sur la terre, tout est étroitement lié. Comme vous le savez tous, nous, les êtres humains, vivons dans un monde, sur une planète. Nous savons également que nous avons parcouru une longue distance pour y survivre parfaitement. Nous avons vaincu des maladies mortelles en effectuant des recherches acharnées et des essais minutieux. Chaque fois qu'une nouvelle maladie mortelle fait son apparition, nous grandissons et nous nous instruisons davantage pour lui trouver un remède. Aujourd'hui, nous marchons sur la lune et nous franchirons n'importe quelle distance pour trouver la réponse à nos questions.
Mais nous n'avons qu'un monde, et il a grandement besoin que chacun et chacune en prennent soin. Nous ne pouvons pas réparer tous les dommages que nous lui avons causés par ignorance. Nous devrions apprendre quelque chose de chaque tort que nous avons fait au monde, surtout de ceux que nous nous sommes faits les uns aux autres. Nous ne devrions plus polluer le sol ni les eaux. Nous devrions commencer à penser que notre grand-mère, notre mère ou quiconque met de la nourriture dans notre assiette est peut-être le véritable pourvoyeur. Je sais que dans bien des cultures on croit que ce sont ceux et celles qui travaillent et paient la nourriture qui sont les soutiens de famille; mais oublions l'argent pour un instant. En bout de ligne, notre principale nourriture provient de la terre et des eaux.
Les leçons tirées de nos erreurs passées nous ont montré que la nature prend son temps. Si on la force, elle fera autre chose. Le monde n'est plus aussi grand que nous l'avions cru. Il a commencé à rapetisser avec les débuts de l'aviation, et à rapetisser davantage avec l'avènement de la télévision. Il est devenu plus petit encore lorsque nous avons lancé en orbite Anik 1 et Anik 2. Tout autochtone dans son pays vous dira que tous les fleuves, toutes les rivières et tous les lacs sont reliés entre eux jusqu'à la mer. Si l'on pollue l'Espagne ou l'Angleterre, on pollue aussi le Canada et l'Équateur. Non seulement, nous pratiquons la discrimination contre notre propre environnement et le traitons très mal, mais nous faisons également beaucoup de discrimination les uns à l'endroit des autres. Nous ne prenons pas assez de temps pour nous écouter et nous comprendre mutuellement. Nous ne nous instruisons pas suffisamment les uns les autres pour comprendre nos cultures. Nous nous soucions seulement de ce qui a de l'importance pour nous. Nous ne voulons pas nous préoccuper des fruits et légumes qui poussent au Mexique, et pourtant nous en mangeons au Canada. Il en va de même pour tous les pays du monde.
Nous avons désespérément besoin de paix dans le monde. Nous avons assez de guerres naturelles à livrer tous les jours dans notre quotidien. Nous n'avons pas besoin de guerres avec des armes, des grenades à main, des explosifs ou des missiles. Ces guerres peuvent causer l'extermination à 1'échelle de la planète ou l'exécution d'êtres humains. Elles ressemblent à ce qui est arrivé aux Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons assez de guerres à régler. Nous luttons tous les jours contre les maladies. Nous tentons chaque jour de prévenir les accidents de voiture. Nous livrons chaque jour la guerre à la violence familiale. Chaque jour nous amène de nouvelles maladies à enrayer et nous nous battons tous les jours pour la sécurité de l'environnement mondial. Les guerres entraînent tous les maux dont je viens de parler. Prenons seulement la guerre la plus récente, dans le golfe Persique. La terre a été déchirée, l'environnement pollué, des gens sont morts, des femmes ont été violées et les gens qui se livraient la guerre ont pratiqué la discrimination les uns envers les autres. Ce sont là des maux contre lesquels nous devons lutter.

Encore une fois, nous avons besoin de paix dans le monde. Nous, les peuples, vous donnons à vous, les dirigeants du monde, l'occasion de nous gouverner dans un monde où règne la paix. Nous avons vu assez de gens se faire tuer dans les guerres, dans des guerres absolument inutiles. Si seulement les personnes ou les cultures différentes pouvaient faire leur moitié de chemin et discuter des problèmes à régler! Je sais que cela semble un rêve assez simpliste et que j'ai l'air de penser que c'est très facile à régler. Je connais deux frères qui se haïssaient mutuellement de toutes leurs forces. Ils ont fini par se pardonner l'un l'autre et ont commencé à partager toutes les joies familiales dont ils s'étaient privés pendant plus de cinquante ans. Ils ont accepté leurs différences et ont commencé à respecter les choix de chacun.
Dans notre ignorance, nous avons essayé de diviser le monde. Nous avons tenté d'installer des frontières, des limites et des clôtures dans notre voisinage. Nous nous sentons peut-être mieux ainsi, mais l'environnement ne connaît pas de divisions. Ce qui pousse chez le voisin peut sembler pousser chez lui, mais les racines de tout ce qui croît d'un côté peuvent se trouver de notre côté de la clôture. Nous ne pouvons contrôler le mode de pensée ou le comportement de l'environnement, mais nous pouvons enrayer les maladies mortelles sur la terre. Nous devons tous commencer à nous préoccuper de ce qui se passe dans le golfe Persique, que nous nous trouvions au Canada, en Angleterre ou dans un autre pays. Ma grand-mère disait : «Si on fait attention chez soi, on fait attention partout». Nous devons donc commencer à lutter contre nos maux chez nous.
Merci d'avoir pris le temps de lire ma lettre. Je lis tous les jours des nouvelles de votre gouvernement.
Source : Des expériences à partager, Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme, 1993, p. 98 à 202.
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