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Histoires pour enfants

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Il était une fois... l'imagination

Par Serge Fortin (Montréal, Québec, Canada)

 

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Sur un petit astre aux confins de l'univers, la plus fabuleuse civilisation jamais vue florissait. C'était la planète Véga, la plus avancée technologiquement, et par le fait même, la plus riche de la Confédération intergalactique. L'alliance des galaxies regroupait tous les systèmes solaires évolués, à l'exception d'un, celui avec la Terre. La sphère terrestre était crainte par l'association à cause du chaos qui y régnait continuellement. Cette anarchie était provoquée par un groupe d'animaux, appelé humain, qui déclenchait de nombreuses guerres. Certains détruisaient l'environnement et d'autres s'enrichissaient sur le dos de leurs confrères. Les extraterrestres suivaient l'évolution perturbée de la géosphère terrestre avec beaucoup d'attention et d'angoisse, sans toutefois oser la visiter.

Dans cet univers de pointe, comme dans tous les mondes civilisés, il y avait une petite famille. Cette petite famille était composée de treize enfants. Et comme dans toutes les cellules familiales, il y avait un membre qui était différent des autres, c'était Alpha. Alpha était la treizième personne de la maison, par conséquent, la plus jeune. Tous les habitants du logis aimaient aller visiter régulièrement toutes les planètes de l'univers. Sauf, bien entendue, la Terre! Mais lui, il s'obstinait à passer tout son temps dans le pré à regarder la planète bleue avec son télescope extrêmement puissant. Toute la maisonnée et ses amis avaient beau l'inviter, mais il refusait toujours. Il préférait rêver de l'inexpliqué, des terriens.

À l'école, on lui avait appris, comme à tous les adolescents, à ne pas utiliser seulement ses connaissances, mais aussi son imagination. La créativité était la richesse et la clef de sa planète. Avec cette arme, ses compatriotes étaient toujours un pas devant les autres. Il y avait toujours quelqu'un qui créait quelque chose de nouveau. Ainsi, Alpha avait eu depuis sa tendre enfance, presque autant de cours pour développer sa perspicacité que de cours pour développer son savoir. On lui avait appris que dans chaque bidule que l'on voit, il y a des milliers d'atomes qui le forment que l'on ne voie pas, et peut-être que l'on ne verra jamais. Que dans chaque mécanisme qui semble unique, il y en a autant que l'on peut s'y imaginer qui l'influence. La physique n'est pas composée seulement d'une loi, mais de milliers de principes différents qui interagissent entre eux. Ces théories ne demandent qu'à être trouvées et à être conceptualisées.

Alpha, qui avait quinze ans, était un gamin imaginatif et obstiné. Ses connaissances scientifiques étaient très précoces comme chez tous ceux de son âge. À vrai dire, il était un peu inférieur aux autres écoliers, mais il avait une imagination encore plus débordante qu'eux. Les professeurs, malgré ses notes quelquefois faibles, avaient de grands espoirs en lui. Il était probablement le plus grand potentiel créateur de son établissement scolaire. Accompagné la plupart du temps de sa petite amie, Clara, il aimait regarder la Terre. Tous les deux essayaient de se figurer comment vivaient les habitants terrestres et pourquoi ils avaient choisit de vivre dans le désordre. Ils voyaient de loin leurs technologies spatiales arriérées, et souvent, ils en riaient, mais ils les trouvaient quand même tenaces. Comment des gens aussi prometteurs, même limités pour le moment, pouvaient-ils se comporter de cette manière?

L'histoire commença dans le pré, lieu de prédilection des deux amis. La sonnette de l'école retentit pour indiquer que la récréation était finie. Clara, qui était étendue sur l'herbe près d'Alpha, se leva et lui fit remarqué calmement: "Alpha la mi-temps est terminée. Il n'y a plus assez de temps pour discuter des terriens. Viens avec moi Alpha!" Alpha resta allongé paresseusement et annonça à Clara: "Dans un moment, je me dirigerai vers mon destin, la Terre, pour aller prêcher le bien et chasser le malin. En bref, j'ai emprunté l'aéronef de mes parents, et je partirai après la récréation du midi d'une façon aussi fluide que rapide." Clara s'écria: "Tu n'es pas sérieux insoucieux! Ne sais-tu pas que les vilains terriens sont extrêmement déroutants, et j'en suis persuadée, ta promptitude te conduira à la solitude? Aussi, ton beau vaisseau improvisé ne sera qu'un aller, puisque là, tu ne trouveras pas assez d'énergie pour activer ton petit propulseur et alimenter ton moteur." Alpha répéta et répéta qu'il devait partir. Clara se mit à pleurer et lui affirma en tremblant: "Je ne désire pas te voir partir vers un destin sans espoir et si loin de moi. Tu dois m'accompagner et rester avec moi. Comment pourrai-je fonctionner sans toi, Alpha?". Alpha d'un ton froid lui répliqua; "Clara, depuis que je suis ici, je suis un perdant, et je crois que tu dois t'entourer et aimer un gagnant. Tous les étudiants sont plus intelligents que moi, et tous les gens sont bien plus intéressants que moi. Moi, qui suis-je si petit dans cette vie, et qui n'est intéressé et attiré que par l'inconnu et le défendu. Je suis certain que demain, mon absence sera une délivrance pour toi et que des tas de prétendants très attrayants seront à tes pieds pour te vénérer et t'apporter tout ce que je ne pourrai jamais te donner." Clara furieuse et toujours en pleur laissa partir sa colère: "Mon chéri, tu es aussi imbécile que volubile. Après ces années merveilleuses et chaleureuses à tes côtés, tu crois Alpha que je vais me diriger vers le premier venu pour te remplacer. Ne sais-tu pas arrogant pourquoi je suis constamment avec toi? Ne l'as-tu jamais réalisé, ni même imaginé? Ne suis-je donc rien pour toi? Toi, Alpha, qui es tout pour moi. Je croyais que j'étais tout pour toi." Elle s'écarta rapidement d'Alpha en laissant une mare de larmes à ses pieds.

 

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Alpha, un peu chagriné et surpris de la réaction de Clara, embarqua dans son aéronef. Un immense vacarme retentit et un puissant nuage de poussières se dégagea autour de l'engin aérodynamique. Clara, qui était une étudiante modèle, quitta à toute jambe sa classe. Elle courra et courra pour rejoindre Alpha. Ralentie par les milliers de gouttes dans ses yeux, qui l'empêchaient de voir, elle s'arrêta. Tout étourdie, elle tenta de regarder dans le ciel poussiéreux son bien-aimé s'exiler. Elle lui cria avec désespoir: "Ne me quitte pas! Ne me quitte pas! Je t'aime! Je t'aime! Je t'aime! Je t'aime! Je t'aime! Je t'aime!...". Remplie d'une immense tristesse, elle s'effondra, ses jambes ne pouvant plus la maintenir. L'amas de poussière cacha la scène à Alpha qui se dissocia de ses origines. La seule pensée qu'il avait était pour la Terre, ce lieu maudit de tous.

À la vitesse de la lumière, quelques heures plus tard, il vit de son hublot la petite planète bleue. Le vaisseau spatial entra dans l'atmosphère terrestre et des étincelles de feu s'échappèrent des parois externes. Le vaisseau s'enflamma complètement et explosa au-dessus d'une immense étendue boisée de conifères. Le feu du ciel se dissipa et un être fantomatique en parachute tomba du ciel. L'étranger fut accueilli par une foule de curieux, les habitants de la forêt, composés essentiellement de lièvres, mulots, souris.., et plus loin, d'un coyote, un demi-loup. Avant de toucher le sol, Alpha prit bien le temps d'analyser son nouvel environnement. Avec son traducteur instantané, qui contient des milliers d'idiomes, il s'adressa aux indigènes. Le son inaudible qui fut projeté provoqua un vent de peur. Son but était d'attirer leur attention et d'écouter leurs voix pour déchiffrer leurs langages. Aussitôt dit, il se retrouva seul, un peu désemparé. Fatigué, il s'étendit dans l'herbe verte en plein milieu d'une éclaircie dans la zone forestière. Ce lieu lui rappelait son petit pré. Avec l'obscurité, il s'endormit paisiblement.

 

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Durant le milieu de la nuit, un aboiement très inhabituel fit sursauter Alpha. La créature poilue, nommée coyote, qui l'avait épiée depuis son arrivée, s'était approchée de lui. Son traducteur ayant déchiffré la langue du coyote, il s'adressa à l'animal à fourrure fauve: "Cher citoyen de la Terre, j'ai quitté terres et mers de mon univers lointain pour vous apporter la lumière. Je suis ici terrien en ami pour vous apporter la paix et les souhaits des miens. J'ai l'intention de vous aider à entrer dans la Confédération des civilisations avancées et de chasser vos maux, fléau de votre chaos". La bête, surprise de voir un être extraordinaire lui parler d'une voix compréhensible, recula de quelques pas. À une distance sécuritaire, il lui demanda: "Qui es-tu? Ne sais-tu pas que l'on ne peut pas parler à un Coyote, à moins d'être de la même espèce? Par surcroît, tes mots font bien du vent, et si tu continues, je vais attraper un rhume. Atchoum! Atchoum! Hou! Hou! Vraisemblablement, tu me sembles être un animal très louche! Je ne peux donc pas t'approcher! N'étant pas dompté, je ne peux pas te faire confiance." "Comment compagnon puis-je te domestiquer pour que je puisse te poser des tas et des tas de questions m'intriguant?", s'exclama Alpha, d'un ton embêté. Le carnivore lui expliqua alors: "Demain, durant la nuit, lorsque tu dormiras, je te visiterai. Puis le surlendemain, je reviendrai, et ainsi de suite! À chaque jour, tu me confieras tes secrets, et par le fait même, je connaîtrai tes intentions. À chaque jour, je me rapprocherai un peu plus de toi. Finalement, tu pourras me toucher, et là, je serai apprivoisé." Alpha répliqua: "Pourquoi devrai-je gaspiller mon précieux temps à t'apprivoiser malheureux intriguant, puisque ma mission doit progresser et ma destination se préciser?" Avant de partir, l'animal à quatre pattes aboya: "Ne sais-tu pas étranger que la nature est très imprévisible et qu'elle cache souvent de multiples dangers? Si tu m'habitues à ta présence, tu seras très avantagé puisque tu auras une relation qui connaît les lieux. À mes yeux, le temps n'a pas d'importance, mais les amis sont ma vie."

Le visiteur de l'espace résigné décida de faire de ce lieu son campement principal. Durant la journée, il étudiera la faune et la flore l'environnant, puis dans les ténèbres, il conversera avec ce mammifère. Nuit après nuit, le canidé s'approcha un peu plus du cosmonaute. Alpha lui raconta tout, et même plus que le visiteur de la nuit en demandait. Il lui parla beaucoup de Clara, et comment elle lui manquait. Les semaines passèrent, et après plusieurs lunes, Alpha empoigna le coyote, qui avec un geste d'affection lui lécha la main. Une nouvelle amitié venait de naître. Alpha surnomma son copain terrien "Ombre de la nuit", car il pouvait se glisser près de lui sans qu'il puisse l'entendre.

 

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Par la suite, Alpha bombarda le coyote de questions pour trouver la race dominante: "Qui sont les dominateurs, meneurs de votre chère Terre? Quel sérieux danger peut me menacer?" L'animal affectueux, qui aimait se coller sur son nouvel allié, lui déclara: "je ne peux pas de dire grand-chose puisque je suis une créature ignorante. Le jour, je dors, et la nuit, je chasse. Voilà ma vie! Dormir, manger et me reproduire sont les raisons de mon existence. Je sais qu'il y a des êtres que l'on mange et d'autres que l'on doit craindre. Toi, je ne sais pas si je dois t'aimer ou de craindre puisque tu n'es pas familier. Quelquefois, des êtres très malicieux avec des armes à feu, qui tirent sur tout ce qui bouge, envahissent le bois. Parfois même, ils chassent ceux de leurs propres races. Vraiment, ils sont très déments!" "Comment pourrai-je les rencontrer et quand?" demanda Alpha. Le coyote mélancolique répliqua: "Ils habitent à deux pas d'ici, où le soleil se couche. Si je t'y amène, tu ne pourras pas retrouver ton chemin puisque je n'ai jamais vu qui que ce soit y revenir. Ne me demande pas de t'y conduire, car tu es mon seul ami. Avec tous les efforts déployés pour nous réunir, ne m'éloigne pas de ta vie, car maintenant, tu sais petit explorateur, je t'aime." Alpha insista, et avec un immense chagrin, Ombre de la nuit vit Alpha entrer dans la région tant crainte par ceux de sa race. Après avoir épié un peu l'avancée d'Alpha en territoire ennemie, le coyote domestiqué pleura pour la première fois. Désormais, sa vie était liée à cet inconnu.

Alpha, sous les regards dévoreurs des terriens à deux pattes, suivit la route de béton, puis se dirigea vers un lieu très habité. Au bout de quelques heures, il arriva dans une petite ville en ayant pris soin de mettre son traducteur simultané en fonction. Voyant un bonhomme descendre d'une voiture sous les huées de citadins furieux, il s'approcha discrètement de lui. Il demanda autour de lui, pourquoi on chahutait ce vieillard. On lui hurla: "Nous représentons les gens sans logements de la ville. Nous n'avons pas de lieux où dormir et nous n'avons rien à manger. Ce politicien, qui est le Premier ministre, est responsable de nos malheurs." Malgré les policiers entourant le personnage, Alpha lui demanda: "Monsieur! Monsieur! Je dois vous poser des questions importantes et vous expliquer la raison urgente de mon intervention." L'ancien d'un ton sarcastique lui verbalisa: "Mon pauvre petit garçon, ne sais-tu pas que l'on ne fait pas la causette ainsi à un Premier ministre? Je ne parle pas à des particuliers, mais seulement à des chefs d'état, des dirigeants d'entreprises, des célébrités, et quelquefois, je donne des entrevues à des journalistes pour que le bon peuple comprenne ce que je fais pour eux. Je ne discute surtout pas avec ceux qui m'injurient ou qui ne comprennent pas mes idées géniales. Tu sais, je me donne coeur et âme pour mes chers concitoyens! Je ne comprends vraiment pas pourquoi, ils agissent de cette façon. Tu sais, il n'y a pas de problèmes ici. Nous avons le meilleur système et le meilleur pays au monde. En passant, si tu as des demandes, tu dois t'adresser à mes sous-ministres ou si tu es chanceux, à mes ministres. Au revoir, et si tu veux m'approcher de nouveau, tu devras attendre lorsque je serai en campagne électorale. Je serai à ce moment-là plus disposé à donner des mains pour convaincre mon électorat et satisfaire mon bon peuple." Ne comprenant pas très bien ces paroles et ne sachant quoi dire, Alpha reprit sa route.

Après s'être informé auprès d'un agent de police au coin d'une rue, il se dirigea vers le bureau d'un sous-ministre. Tout le long de son parcours, il vit des quêteux. Chez lui, les mendiants n'existent pas. Pour lui, ces gens démunis, et certains, avec des pics poilus mauves sur la tête et des anneaux dans le nombril, étaient très curieux. Il entra dans le bureau du sous-ministre et entama sa formule préférée: "Cher citoyen de la Terre, j'ai quitté terres et mers de mon univers lointain pour vous apporter la lumière. Je suis ici terrien en ami pour vous apporter la paix et les souhaits des miens. J'ai l'intention de vous aider à entrer dans la Confédération des civilisations avancées et de chasser vos maux, fléau de votre chaos". La réceptionniste intriguée lui dévoila sa salade coutumière: "Mon cher monsieur, vous devez prendre d'abord un rendez-vous pour rencontrer le fonctionnaire responsable. S'il le juge pertinent, vous aurez une audience auprès du sous-ministre. Moi, je ne suis que sa secrétaire". Alpha insatisfait contacta le fonctionnaire en charge.

Après quelques secondes de discussion avec Alpha et sans qu'il est pris le temps d'écouter la fin de son message, l'employé de bureau évasif lui révéla: "Monsieur, je ne suis qu'un fonctionnaire et je ne comprends absolument rien de ce que vous me dites. Pour obtenir un rendez-vous avec le sous-ministre, vous devez me convaincre que vous avez un message important. Pour cela, vous devez vous procurer le formulaire 438E, indiquant la raison de votre rendez-vous. Ensuite, vous aurez besoin du formulaire 546B. Sur ce papier, vous devez résumer en moins de 50 mots pourquoi vous voulez rencontrer le sous-ministre. Si votre message a un rapport avec quelque chose de scientifique, il doit être recommandé et signé par un scientifique ou un professeur d'université. Finalement, vous devez remplir le formulaire 1034D indiquant votre lieu de naissance et votre adresse civique. Surtout et surtout, n'oubliez pas de signer tout ceci et d'écrire la date. Les preuves de votre citoyenneté sont absolument nécessaires, telles que le permis de conduire, la carte d'assurance sociale ou le passeport. Et lors de notre prochaine rencontre, je déciderai à nouveau si vous êtes un candidat intéressant pour rencontrer le sous-ministre. Vous savez, moi je ne suis qu'un simple fonctionnaire qui exécute les ordres à la lettre du sous-ministre." Alpha mécontent grogna: "Monsieur le sage, j'ai un message important et urgent qui peut changer la destinée de votre civilisation..." Le bureaucrate le coupa à nouveau en échappant son crayon par terre et réaffirma: "Monsieur, je vous le répète. Vous devez remplir ces questionnaires." Alpha très abasourdi alla pour ramasser le stylo par terre et le journalier d'un ton effronté éclata: "Monsieur, ne touchez pas à cette plume. Ici, nous sommes syndiqués. Ce travail, qui est pénible pour notre dos, doit être exécuté par un concierge." Alpha furieux quitta le bureau en entrevoyant le sous-ministre seul avec un téléphone en train de bavarder avec sa femme. Il entendit cet homme distant dire: "Ma dulcinée, tu as aussi besoin d'un céleri, et quoi d'autre, peut-être quelques navets..."

Très perturbé, Alpha se dirigea vers un haut lieu de connaissance, une université. Il entra dans une classe et il écouta un physicien en train d'expliquer des lois de la physique. "Mesdames et Messieurs, voici une série d'équations très importantes en physique. Celle-ci a d'abord été multipliée par la constante X, puis par la constante Y, et à la fin du compte, pour qu'elle soit exacte, elle a été retournée à l'envers. C'est-à-dire, le scientifique, d'une façon très perspicace, a pris la réponse qu'il désirait et l'a multiplié par la constante Z jusqu'à ce que ça marche. On lui a remis un prestigieux prix à la suite de son ingéniosité." Alpha, qui était pas pire en physique, décida de lui poser une question: "Monsieur! Monsieur! Vous vous trompez! Vous vous trompez! L'équation d'optique que vous avez utilisée est dépassée et non dynamique. Voulez-vous que je vous explique ce même phénomène, qui en passant, est contrôlé par de magnifiques dilemmes qui entraînent une dispersion et une réfraction sur le prisme? Vous savez..." Sans qu'il puisse terminer sa conversation, le professeur furieux prit la parole: "Jeune garçon! Que faites-vous dans ma classe? Quelles sont vos qualifications et dans quelle université avez-vous étudié? D'après votre âge, vous semblez être un rigolo. Je ne considère jamais un sous-gradué. Avant même de me contredire, vous devez détenir au moins un doctorat. D'après ce que je vois, vous devez encore attendre plusieurs années avant d'oser me contredire. Au revoir!"

Ne sachant où aller et qui rencontrer, il se dirigea vers une grande entreprise, une multinationale. Par chance, il rencontra un haut dirigeant de l'entreprise qui semblait triste. "Monsieur, vous semblez si soucieux et préoccupé!" Le chef d'entreprise leva lentement la tête et lui expliqua la raison de sa grande douleur: "Mon petit garçon, la vie est pénible. Snif! Snif! Aujourd'hui, je croyais que l'établissement avait accumulé un milliard de profits, mais non, nous n'avons obtenu que 950 millions, et sans calculer mon dix millions de commissions. Conséquemment, je devrai congédier plus de mille personnes pour absorber la perte. Sinon, si je n'ai pas ce mille millions de surplus, les actionnaires vont paniquer et ils vont retirer leurs actions. La firme perdra subséquemment tout ce qu'elle a gagné. Si la compagnie perd ses profits, je ne pourrai pas me donner une autre augmentation durant la prochaine année. Snif! Snif! Mon niveau de vie est tellement élevé! J'ai besoin d'au moins 2 millions de dollars par année pour survivre. Snif! Snif!" Dégoûté de ses propos et en pensant à tous les pauvres diables qu'il avait vus, sans compter le millier de gens qui allaient perdre leurs emplois, il partit sans demander son reste. "Tellement pour les puissants, si peu pour les miséreux" pensa-t-il.

 

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Voyant une luxueuse auto entourée de nombreux gardes du corps qui arrivait près d'un supermarché, il aborda avec empressement le passager fortuné: "Monsieur! Monsieur! Vous semblez très fébrile avec votre complet argenté et votre automobile dorée. Vous devez occuper une position vitale dans la société et posséder des idées géniales au fond de vous." Le gaillard méprisant répondit: "Qui es-tu misérable pour m'interpeller? Ne vois-tu pas que je suis un célèbre acteur de cinéma? Ne vois-tu pas comment je suis gracieux? Je viens de présenter mon dernier film où je joue le rôle d'un merveilleux scientifique qui a fait une innovation remarquable. Le réalisateur du film m'a donné un petit cachet de 5 millions de dollars." Alpha soupçonneux demanda: "Le magnifique savant dont vous parlez a probablement hérité d'une position unique sans précédent avec son invention magique?" L'acteur hocha la tête aussitôt: "Mais non, l'infortuné est mort très pauvre. Peu après sa découverte, il a trouvé des capitaux auprès de plusieurs sociétés. Quelques jours plus tard, le jugeant incompétent, les sociétaires l'ont remercié de ses services en gardant sa trouvaille. Le pauvre! C'est navrant que tu n'aies pas de feuilles pour que je te donne un autographe. Adieu!" "Que les chercheurs sont appréciés!" pensa Alpha.

Fatigué de voir des gens bien nantis, il décida de s'approcher de gens normaux représentant la majorité de la population. Il demanda donc à un jeune homme avec une crête de coq rouge et une double boucle d'oreille rose dans le nez: "Étrange hurluberlu avare, pourquoi déranges-tu les gens, et pourquoi demander du change aux passants et non pas des dollars?" Le mendiant gesticula: "Mm! Me! Me! Monsieur! C'est quoi ton problème! Tu vois pas que je travaille! J'ai encore deux heures à faire si je veux avoir au moins cinq dollars pour que je puisse m'acheter une grosse bière. Moi! Je déteste tout le monde. Surtout, ceux qui me donnent pas d'argent! La société m'a condamné, m'a isolé, et maintenant, c'est à elle de me payer. Ce soir, je vais aller visiter une maison non occupée avec ma gang pour aller faire la fête. Si tu veux venir avec nous, tu n'as qu'à me suivre, car tu as l'air branché avec ton aire d'extra-terrestre. Ha! Ha!" Alpha lui balança d'un ton désenchanté: "Désolé! Je suis venu! J'ai vu! Et j'ai été déçu! Plus loin, j'ai un terrien apprivoisé à retrouver. Adieu! Adieu! Adieu! Adieu! Adieu!...". La tête basse et le coeur brisé, il repartit amère en sanglotant.

Inondé d'amertume, il retourna vers son point de départ sans la moindre question au bout des lèvres. Il se coucha dans le pré et attendit son valeureux camarade, Ombre de la nuit. Après quelques jours, le coyote retraça la trace d'Alpha grâce à son odeur particulière. Le coyote répéta avec les larmes aux yeux: "Je suis heureux! Je suis heureux! Merci mon dieu! Tu es vivant! Reste avec moi et je vais te montrer comment chasser!" La joie de l'animal diminua lorsqu'il vit comment désemparé était Alpha. Alpha répétait et répétait: J'ai tout abandonné pour vous et vous ne m'avez pas écouté. J'ai tout abandonné pour vous et vous ne m'avez pas écouté. J'ai tout abandonné pour vous et vous ne m'avez pas écouté." Alpha versa des larmes si intensément qu'il attirât un petit nuage sombre au-dessus d'eux. Le nuage déversa un flot de pluie comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Alpha, qui se mourrait de chagrin, se disait comment il avait été aussi bête pour croire qu'on pouvait changer les Hommes. Il demanda peu de temps avant de s'endormir pour toujours avec un accent terrien: "Crois-tu que le rêve est éternel? S'il te plaît! Ne me dérange plus! Laisse-moi rêver de Clara." Plus tard, un dernier souffle, à peine perceptible pour l'oreille aguerrie d'un canidé, s'échappa de sa bouche disant: "J'espère qu'un jour, nous rêverons ensemble!". Le coyote brailla et brailla! Avant de partir, il lui souffla à l'oreille: "Je suis certain que tu retrouveras ta Clara dans ta nouvelle dimension, et que tous les trois, un jour, nous serons ensemble pour toujours". Le coyote partit, la larme à l'oeil et un petit creux à l'estomac. L'heure de la chasse était arrivée. La vie devait continuer après tout!

Soudain, un son sourd de peur retentit, le bruit des chasseurs. Le silence se fit, et le nuage se dissipa. Peu après l'averse, un arc-en-ciel enchanteur envahit le firmament. Par un phénomène inexplicable, le coyote en se retournant constata qu'Alpha c'était volatilisé! Il regarda le ciel, tout autour, même sous quelques rochers, et il ne le trouva pas. "Bizarre" se dit-il au fond de lui, et il continua sa course sans trop s'interroger. Le survenant était parti comme il était apparu, sans laisser la moindre signature. À part lui, personne n'avait eu conscience de sa venue. « Après tout, j'ai peut-être imaginé ce gentil gringo! Un coyote n'est pas un animal des plus futés. N'est-ce pas? » murmura Ombre de la nuit d'un air bête.

 

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Fin...

 

P.S: Cette histoire pourrait se passer au Québec, au Canada. J'espère qu'elle pourrait avoir une fin heureuse dans un autre pays.

"Certains, bien placés, n'ont comme fonction que de tuer l'imagination des rêveurs, des bâtisseurs de notre société civilisée."

Serge Fortin

 

Serge Fortin

26.10.2001

 

P.S.: Cette histoire est la propriété exclusive de Serge Fortin et son utilisation, malgré qu'elle soit sur internet, nécessite une autorisation de l'auteur qui est Serge Fortin. Les utilisateurs qui feraient une utilisation abusive de cette histoire pourraient être poursuivis en justice. Merci de votre compréhension.

 

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